FEMMES ARTISTES ANTIFASCISTES
Par Pierre Jasmin et Izabella Marengo, 3 mars 2026

Affiche multi stellaire du film pacifiste Amsterdam tourné en 2022 par David O’Russell
L’art filmique antifasciste
Simone de Beauvoir écrit dans la force de l’âge, le tome deux de son autobiographie :
La force de l’âge est pleinement atteinte quand la guerre éclate en 1939, mettant fin
brutalement à dix années de vie merveilleusement libre. Sur le plan international, le mouvement antifasciste français réalisa bientôt son union avec le grand mouvement pacifiste d’Amsterdam.
Si cet écrit dénote à nos yeux l’ignorance par les intellectuels parisiens du grand mouvement pacifiste groupé autour de Jean Giono cher à Frédéric Back, il a néanmoins le courageux mérite d’alerter ses lecteurs à l’importance historique, occultée par nos historiens de guerre, du mouvement antifasciste d’Amsterdam.
Cette importance n’a pas échappé aux conservateurs d’Hollywood qui ont saboté la carrière du film antifasciste de 2022 par David O. Russell Amsterdam aux acteurs inoubliables John David Washington qu’on avait aimé dans Malcolm X et BlacKkKlansman (pourquoi nos télévisions ne les ont pas remontrés lors du mois des Noirs?), Christian Bale, Margot Robbie, Zoe Saldana, Taylor Swift, Rami Malek etc, avec surtout Robert de Niro en héros militaire antimilitariste qui sauve la vie de Roosevelt : Jeffrey Sachs de l’Université Columbia et proche d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations-Unies, dit qu’il est le dernier président américain de grande valeur intellectuelle. Il déplore qu’en 2026, on soit à l’inverse de 1933, avec un président américain guerrier fasciste, appuyé par le PM canadien!
La carrière d’Amsterdam, film trop vrai, fut torpillée de façon capitaliste efficace par les réactionnaires américains hollywoodiens, par les chaînes télévisuelles qui refusèrent de le montrer et marginalement par les critiques mitigées du Devoir et de La Presse.
On ne peut que regretter la disparition du cinéma de Roland Smith, le Verdi antifasciste malgré son nom opératique, qui montrait et remontrait ce genre de films essentiels pour la compréhension de notre histoire, telle la version de 264 minutes de la Hora de los Hornos de l’argentin Fernando Solanas en 1968.
Nous devons continuer à assiéger le public par nos manifs, nos écrits et œuvres d’art. On attend dimanche prochain la consécration (ou non?) du film-vérité Une bataille après l’autre qui a raflé six prix aux British Film Awards, dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur (Sean Penn), alors qu’on y attendait plutôt la consécration du très beau film Hamnet de l’Américaine Chloé Zhao qui s’est consolée du prix de la meilleure actrice, l’émouvante Jessie Buckley.
On verra les Gémeaux de septembre prochain animé par Jason Roy-Léveillée qui, dans la série DUMAS écrite par Luc Dionne et produite par Aetios de Fabienne Larouche honorée par les AplP en 2017 [i], s’illustre grâce au talent des actrices Isabel Richer, Marie-Lyne Joncas, Jade Charbonneau, Catherine-Anne Toupin et Lili Francke Robitaille sans oublier Gildor Roy. Leur jury a-t-il été rajeuni aussi, avec l’audace de récompenser le film noir Anna Kiri dont le scénario reflète le climat antiartistique du Québec d’aujourd’hui, avec la mise en scène par Francis Bordeleau de l’extraordinaire Catherine Brunet, jouant l’autrice piégée par des intellectuels soumis au Conseil des Arts et aux forces maléfiques de l’argent !
Dans un monde équilibré, on y verrait en lice des films comme Soundtrack to a coup d’État [ii] et Les 54 premières années – Manuel abrégé d’occupation militaire d’Avi Mograbi qui « montre la population palestinienne en territoire occupé constamment tabassée, intimidée et maintenue dans la peur par les occupants. Il témoigne de son expérience dans la Bande de Gaza en 1987. » Aujourd’hui, le fasciste Nétanyahou réduit Gaza en ruines en participant à l’absurde Conseil de Paix de Trump après avoir causé au moins 60 000 morts de femmes et enfants à Gaza et récidive au Liban sans réaction de notre ministre des Affaires étrangères canadienne qui défend l’alignement fasciste de notre Premier ministre…
Femmes artistes antifascistes
Dans AVANT D’EN ARRIVER LÀ essai choral sur le péril fasciste, les pensées des Maïka Sondarjee, Judith Trudeau, Martine Delvaux, Ruba Ghazal, Anaïs Barbeau-Lavalette (APLP2012!) et Dalie Giroux expriment une intense solidarité féministe qui les a alertées, bien avant leurs confrères masculins, contre le fascisme machiste exposé il y a quatre ans par le film de Guylaine Maroist et Léa Clermont-Dion Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique.
Anaïs Barbeau-Lavalette promeut la désobéissance civile à Rouyn-Noranda contre la cancérigène Fonderie Horne et en d’autres combats inspirés par Martin Luther King et Dalie Giroux dénonce une gauche qui « peine à avoir un discours solide et cohérent pour expliquer pourquoi notre mode de vie est en péril et ce qu’il faudrait faire pour le protéger. »
Judith Trudeau dénonce Mark Carney, « le banquier qui est allé rassurer le monarque Trump, de la vaseline pour que les États-Unis fassent ce qu’ils ont à faire, et pour le show on mettra un condom ». Anita Anand n’a même pas réussi à le faire hier en Inde : son honneur réclamerait qu’elle démissionne comme avant elle, Steven Guilbeault et les ministres des Premières Nations Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott opposées à l’affaire honteuse nucléaire SNC-Lavalin. Anita avait aujourd’hui un prétexte idéal, avec les 2.6 milliards de $ d’uranium canadien offerts à un pays contrevenant au faible Traité de Non-Prolifération Nucléaire, les AplP adhérant plutôt au TIAN que les 32 pays de l’OTAN ont refusé.
Maïka Sondarjee, qui jouit du privilège d’une tribune régulière dans le Devoir et s’en sert aussi bien qu’Émilie Nicolas, enchaîne sur « la mort de l’empathie, un effritement important de notre relation à l’autre influencée par la pensée néo-libérale, par l’individualisme ambiant et [déchirée] par la désinformation, les appels à la haine et à la cruauté, difficiles à contrer par des discours rationnels. »
Martine Delvaux reproche aux mononcles de faire porter l’odieux de l’avenir aux jeunes qui souffrent : lire son livre déterminant le Boys club aux éditions du Remue-Ménage qui devrait devenir lecture obligatoire en secondaire 1 de nos écoles, y compris privées religieuses !
Ruba Ghazal revient sur la pandémie où des conspirationnistes reprochaient à Québec solidaire d’être « soumis » aux masques et aux vaccins pourtant essentiels au bon fonctionnement de la société, tandis que Stéphan Bureau, qui fait campagne aujourd’hui pour l’éditorialiste de droite Christian Rioux, protégeait alors le fumiste Raoult [iii] et que le Journal de Montréal lançait une offensive antiwoke [iv], reprise par les médias de droite.
Toutes les femmes engagées se souviennent de l’exemplaire Lorraine Guay « Qui sommes-nous pour être découragées? » aux éditions ÉCOSOCIÉTÉ sur ses luttes (Clinique Pointe-Saint-Charles, Palestine, souveraineté, féminisme) racontées à Pascale Dufour, une œuvre-antidote au découragement, qui souligne le devoir moral de poursuivre les luttes sociales, comme le faisait Simonne Monet-Chartrand AplP 1992.
Éric Martin revient sur l’importance de Murray Bookchin cher à Roussopoulos, tandis que les AplP échangent sur l’économie avec le professeur Derek Paul auteur d’Un bond vers une économie écologique. Nous faisons souvent référence à John Maynard Keynes (1883-1946) si bien défendu par notre ami décédé Gilles Dostaler, professeur à l’UQAM et son collègue Bernard Maris trucidé lors du massacre islamiste terroriste contre Charlie Hebdo.
Enfin, même si nous ne sommes pas rancuniers, rappelons que Le Devoir a illustré cinq pages de son édition du samedi 21 février par des photos et un article de fond sur « la révolutionnaire Dominique Fils-Aimé », sans jamais rappeler qu’elle était notre AplP2021. Notre organisme l’avait désignée avec en exergue la mention suivante :
Artistes engagés depuis plus de quarante-trois ans dans l’espoir de sauver notre planète, nous appuyons l’ONU – UNIDIR, OMS, UNHCR, UNICEF, UNESCO et Office de secours et travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient – UNRWA, non-violente et anti-génocidaire.
Avec tous les organismes favorables au bien commun, nous luttons
contre les menaces à la santé par les Big Pharmas et par les pollutions principalement pétrolières et
pour la paix menacée par neuf pays + l’Organisation du Traité d’Atlantique-Nord armés de bombes nucléaires et essaimant dans le monde, comme les 750 quelques bases militaires des États-Unis.
Notre enracinement en un Québec français, vert et laïque vise une paix durable, obtenue pacifiquement grâce à
– l’éducation, la justice sociale (accès au logement), l’équité des femmes et l’Art, vecteur de Paix ;
– la solidarité avec les Premières Nations qui nous enseignent le respect de la nature ;
– l’appui aux immigréEs, en favorisant leur francisation et ouverture aux réalités féministes et LGBTQ.
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