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Je suis APLP parce que…

"Je suis artiste pour la paix parce que quand je me monte sur scene, j'ai l'impression de faire la paix avec mon âme et celle du public. Je me retrouve là, en lieu sûr, pour explorer les forces et les failles de nos coeurs, sans danger, sans jugement ni discrimination pour célébrer la beauté de l'humanité. Et si la vie était toujours ainsi ?"
Paule Tremblay, autrice-compositrice-interprete
"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
Camille Pelletier Antaya, membre des APLP
"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire
"Je suis artiste pour la paix... Sans la paix, pas d'avenir pour la planète. Contribuer à bâtir une culture de la paix me semble un devoir."
André Jacob, auteur et artiste-peintre, APLP honoraire
"Je suis artiste pour la paix parce que la paix justifie l'espoir ."
Denis Carrier, auteur

L’Humanité : « Ce n’est pas la culture russe qui est dans les chars de Poutine »

Revue de presse

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L’Humanité – Entretien, le 22 mars 2022

André Markowicz : « Ce n’est pas la culture russe qui est dans les chars de Poutine »

Par Sophie Joubert

Écrivain et poète, traducteur des œuvres complètes de Dostoïevski et du théâtre de Tchekhov, André Markowicz revient sur la guerre, le nationalisme et toutes les attaques contre la culture russe. Créateur en 2019, avec Françoise Morvan, des éditions Mesures, il tient sur sa page Facebook un journal en ligne consacré, depuis le 24 février, à la guerre en Ukraine. Pour l’écrivain, Vladimir Poutine ira jusqu’au bout du conflit. Il dénonce également le massacre de la culture par le pouvoir russe.

 

L’Humanité Comment réagissez-vous à l’actualité, notamment au bombardement de civils dans le théâtre de Marioupol ?

André Markowicz Le mot « enfants » était écrit partout en grosses lettres, on ne pouvait pas ignorer qu’il n’y avait là que des civils. Il y a, d’un côté, une incapacité à prendre la ville militairement, un rouleau compresseur qui n’arrive pas à gagner du terrain, et, de l’autre, la vengeance et les bombes pour faire un maximum de morts en frappant les femmes et les enfants. C’est absolument délibéré. En termes de crime de guerre, on est au niveau de la Tchétchénie et de la Bosnie.

Vous qui avez consacré votre vie à transmettre la culture et la littérature russes, quel a été votre sentiment au moment de l’invasion ?

J’ai eu honte. Je voyais depuis des années une rhétorique militariste et belliciste, mais j’ai été surpris que Poutine passe à l’action. L’Ukraine et la Russie font partie de la même civilisation, d’autant que les villes bombardées, celles où ont lieu les combats les plus durs, sont russophones. Ensuite, j’ai vu à l’œuvre une espèce de malédiction de l’histoire russe, une opposition entre le pouvoir et la vie des gens.

Vous parlez dans votre journal d’une attaque menée contre la culture russe…

Ce qui compte d’abord, ce sont les morts. Ensuite et seulement ensuite, du point de vue même de la Russie, c’est un crime contre la culture, la suite d’une destruction systématique. Gogol et Boulgakov, comme beaucoup d’autres artistes ou poètes, sont nés en Ukraine et écrivaient en russe. C’est comme si l’armée russe leur tirait dessus.

Comment analysez-vous le nationalisme russe ?

La référence de Poutine, c’est l’Empire russe, pas l’Union soviétique. Depuis des années, je dis qu’il dirige le pays selon la triade d’Ouvarov, le ministre de l’Intérieur de l’empereur Nicolas Ier : autocratie, orthodoxie, principe national. C’est la base de la doctrine, s’il y en a une. Poutine utilise en plus le vieux fond selon lequel la Russie doit dominer le monde slave. Ce courant panrusse et panslave, qui remonte au XIXe siècle, est très présent chez Alexandre Douguine, un proche de Poutine. Je m’élève avec la même force contre le nationalisme russe et contre le nationalisme ukrainien. Il se trouve que l’Ukraine est sous les bombes. L’évolution démocratique avait fait perdre de l’importance aux nationalistes ukrainiens qui représentent entre 3 et 5 % des électeurs. L’agression de Poutine leur redonne une légitimité. À Marioupol, parmi ceux qui résistent aux assassins de Kadyrov (les miliciens tchétchènes mobilisés par Poutine – NDLR) et aux bombes russes, il y a le régiment Azov qui compte dans ses rangs des néonazis. Ce régiment marginalisé grâce à l’action du président Zelensky se retrouve, à cause de Poutine, à l’avant-garde de la lutte. C’est une des autres horreurs de cette guerre. Poutine se bat contre toute évolution démocratique des pays limitrophes. Son ennemi, c’est la démocratie dans le monde. Le bombardement du théâtre de Marioupol est le signe qu’il va aller jusqu’au bout.

Avez-vous des contacts en Russie ?

Les gens avec qui je suis en contact sont tous indignés, atterrés, abattus par ce qu’il se passe. Mais ils font partie de « l’élite intellectuelle » qui peut avoir accès à d’autres informations. Mais, dans les émissions de propagande, l’unique son de cloche, c’est que les Ukrainiens sont des nazis qui massacrent des populations russophones. Ces émissions se basent sur cette fiction monstrueuse qu’est la « russophobie », l’idée que dès qu’on met en cause le régime de Poutine, on hait la Russie. La crise économique qui s’installe va faire changer l’opinion de façon radicale. On va se retrouver dans une situation bien pire que celle des années 1990.

Que pensez-vous des sanctions vis-à-vis des artistes russes et du boycott de la culture russe en Europe ?

Je trouve cela lâche, criminel, idiot que certaines institutions occidentales hésitent à parler de la culture russe. Cela profite à Poutine. Je suis favorable aux sanctions envers les artistes qui, comme le chef d’orchestre Valery Gergiev, ont fait allégeance à Poutine. Ils doivent être sanctionnés en tant que complices de crimes. Ce n’est pas la culture russe qui est dans les chars de Poutine. Ce ne sont ni Dostoïevski, ni Pouchkine, ni Tolstoï, ni Boulgakov qui tirent sur les enfants ukrainiens. On se rend compte aussi qu’en Occident, personne ne connaît la culture ukrainienne. Les éditions Seghers me demandent une préface pour un « Poètes d’aujourd’hui » consacré à Taras Chevtchenko, le poète national ukrainien. Depuis 1964, personne ne l’a traduit en France. Ce n’est pas la faute de Poutine.

Comment ce conflit résonne-t-il avec votre histoire personnelle ?

Mal. Toute ma vie, toute mon éducation, tout mon travail s’est tourné vers cette culture russe massacrée par le pouvoir. Les poètes que nous avons publiés aux éditions Mesures ont été étouffés ou tués par la dictature : Daniil Harms, Alexandre Blok ou Kari Unksova, poétesse et militante féministe assassinée par le KGB en 1983. L’Ukraine et tous ces pays sont marqués par l’Holocauste. C’est pourquoi je reste très réservé sur la doctrine officielle ukrainienne et sur les lois mémorielles qui interdisent de remettre en cause le fait que les nationalistes ukrainiens pendant la Seconde Guerre mondiale étaient des patriotes. S’ils étaient des patriotes, qu’en est-il des partisans juifs persécutés ? Ces lois mémorielles, malgré l’agression monstrueuse de Poutine, restent un problème. Il est pour l’instant au second plan, mais je ne peux pas être indifférent à un nationalisme qui érige des statues à Roman Choukhevytch, qui était un officier SS. Je voudrais que les forces démocratiques d’Ukraine restent majoritaires comme elles l’étaient avant la guerre. Et que les Ukrainiens ne se détournent pas de la culture russe.

Les APLP suggèrent…

Voici deux organisations humanitaires qui sont actives en Ukraine et dans les pays où les Ukrainiens se réfugient, sans être contrôlées ni par le gouvernement ukrainien ni bien sûr par la Russie.
Note : ces liens mènent directement aux sites web des organismes. Les dons ne transitent pas par les APLP.

Nos actions récentes

5 avril 2022 : Les APLP endossent la lettre du Canada Peace Network contre les dépenses militaires.
27 mars 2022 : Lettre à l'ambassadeur des États-Unis à Ottawa.
26 mars 2022 : Manifestation avec Échec à la guerre contre la guerre en Ukraine et au Yémen.
23 mars 2022 : Lettre à l'ambassadeur de Russie à Ottawa.
23 février 2022 : Lettre à la ministre Joly sur l'Ukraine.
15 février 2022 : 33e cérémonie des Prix APLP.
21 décembre 2021 : Nos souhaits de paix 2022, lettre aux ministres fédéraux.
13 décembre 2021 : Lettre au premier ministre sur l'exportation d'armes vers l'Arabie Saoudite.
21 novembre 2021 : Deuxième lettre au ministre Miller.
27-28-29 octobre 2021 : Lettres aux nouveaux ministres fédéraux Joly, Guilbeault, Anand et Miller.
19 février 2021 : Lettre ouverte au PM concernant Haïti.

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