D’attaques en erreurs, Trump s’autodétruit
Par Pierre Jasmin, de retour d’une semaine à Cuba, sur la splendide plage de Varadero, à applaudir le soir des musiciens libres et à regarder plus d’une heure par jour CNN.

Crédit image: Latuff 2026 | https://mintpressnews.es/so-it-goes/ Merci à Pressenza.com
Un enlèvement crapuleux et des menaces
L’enlèvement odieux de Nicolas Maduro et de sa femme et leur infâme détention séparément dans une prison sordide incitent CNN à répéter la statistique que près des deux tiers des Américains y sont opposés. CNN filme la dénonciation par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum de cet acte contraire aux règles de droit international, ainsi que sa courageuse solidarité avec Cuba (moins spectaculaires mais efficaces, les timorées objections par nos gouvernements et médias officiels contre les plans de Trump d’annexer le Groenland, vu notre proximité avec cette colonie du Danemark, membre de l’OTAN, ce qui justifie notre once de bravoure).
Un meurtre in cold blood, accuse la congressiste AOC
CNN a montré et remontré des centaines de fois l’assassinat de Renée Nicole Good dans Minneapolis par un policier vétéran de la guerre d’Iraq (celle de Blair et Bush que nos manifestations intenses de Montréal et le témoin suédois onusien, Hans Blix, nous avaient épargnée). Ce membre des policiers anti-immigrants ICE a tiré sur une innocente mère de trente-sept ans trois coups de feu illégaux et mortels, à bout portant. Une erreur tragique? Non, selon la réaction immédiate et totalement surréaliste du trio Trump, Vance et Kristi Noem, une action jugée conforme au manuel d’instructions à appliquer contre la gauche radicale irresponsable!
Mais les téléspectateurs réalisent que ce sont les agitateurs ICE qui ont causé cette mort, ainsi que plusieurs autres depuis trois mois. CNN dénonce efficacement l’interprétation haineuse de la clique Trump, en remontrant la scène, car l’image vaut mille mots, y compris ceux heureusement ajoutés par juristes, militaires et policiers retraités, journalistes des médias y compris ceux de la presse écrite, par de nombreux députés et sénateurs démocrates qui défendent la vérité évidente aux yeux des Américains d’une exécution injustifiée, en décalage total avec la rhétorique venimeuse et fantasmée du trio au pouvoir. Le sort de cette mère de trois enfants devenus orphelins car le père est mort deux ans auparavant émeut l’importante frange chrétienne MAGA qui se joint aux manifs quotidiennes, ce qui augure d’élections de mi-mandat hostiles à Trump.
Pourquoi nos médias ne trouvent ni les moyens ni la volonté d’aller interviewer le jeune maire et la nouvelle conjointe de madame Good qui ne mâche pas ses mots car elle a assisté en première ligne au meurtre sanglant? Merci à Radio-Canada et à Valérie Beaudoin de la Chaire Raoul-Dandurand qui au moins en ont parlé aujourd’hui. La base démocrate (dont Ocasio-Cortez) veut se débarrasser des congressistes de son camp trop peureux pour dénoncer ICE, alors que CNN repasse quotidiennement le discours rationnel du maire démocrate quadragénaire Jacob Frey de Minneapolis, qu’il conclut par l’étonnante et vigoureuse invitation à ICE de « Get the fuck out of our city! »!
Précédents ennemis du premier régime Trump

L’assassinat de Good a eu lieu à quelques dizaines de mètres de celui perpétré il y a cinq ans et demi, contre lequel les Artistes pour la Paix avaient protesté avec la photo et la caricature explicite ci-haut [i]. Black lives matter et We can’t breathe s’opposaient au LAW AND ORDER de la répression armée que le président américain Donald Trump déclenchait contre les voyous (« thugs ») manifestant dans toutes les grandes villes du pays, comme il le fait aujourd’hui en envoyant la garde nationale animée de son mépris de suprématiste machiste blanc, aussi complice il y a six ans du meurtre d’une manifestante pacifiste écrasée à Charlottesville par la voiture-bélier d’un fanatique du Ku-Klux-Klan. Ces meurtres ne sont pas restés impunis puisque Trump avait dû céder son pouvoir dictatorial aux élections survenues quelques mois après Minneapolis en 2020 …au faible et incompétent Biden.
La thèse d’un Maduro dictateur au pouvoir illégitime
Il serait facile pour nos médias de discréditer Trump en torpillant le mythe d’un Maduro dictatorial détesté par son peuple, mais ils y tiennent mordicus. Nous avons sur notre site reproduit la réponse non agressive de Pérez Esquivel (Prix Nobel 1980) à celle qui a usurpé le prix Nobel de la Paix 2025, ainsi que le reportage de quinze pages avec photos d’un proche de Maduro, Ignacio Ramonet [ii].
Opinions trop marginales à votre goût? Alors regardez l’entrevue d’une heure et demie d’informations exactes et nuancées par un autre journaliste du Monde Diplomatique, Maurice Lemoine, qui a séjourné plusieurs fois au Venezuela, mais que les médias officiels CENSURENT, à part certains qui n’en extraient que quelques bribes dans la mesure où elles fragilisent Trump au profit de l’OTAN. M. Lemoine a intitulé son entrevue USA-Venezuela : une opération mafieuse saluée par les « collabos » [iii], désignant par ce vocable issu de la Seconde guerre mondiale en France ses collègues journalistes. Maduro fut démocratiquement élu en son premier mandat à 51%, ainsi qu’en son 2e mandat, 52% des voix en 2024. La solidité de son mandat actuel est entachée par sa non-révélation du décompte officiel comté par comté (pour employer une image compréhensible aux lecteurs du Québec) des dernières élections législatives 2025: ses adversaires prennent prétexte alors de le déclarer minoritaire, sans aucune preuve réelle pour ce faire.
Deux discours de professeurs américains intègres d’universités
Professeur émérite d’économie au Massachussets Amherst University, le discours rationnel d’un Richard Wolff [iv] évite les termes marxisants de trop de contre-discours, tout en étant dans la lignée de ce que j’ai écrit à propos du BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghaï si modérés dans leurs analyses mondiales. On doutera sans doute comme moi du portrait de fin stratège qu’il dresse de Poutine.
Bravo au Premier ministre Carney de partir demain en Chine, précédé par Jean Chrétien, quérir les lumières de Xi Jinping : acceptera-t-il un monde multipolaire, plutôt qu’appuyer les guerres de l’OTAN et de Trump?
L’autre professeur familier à notre site est Jeffrey Sachs, de l’Université Columbia et proche du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres qui l’a invité la semaine dernière à s’adresser au Conseil général de Sécurité, sachant l’immense crédit dont il jouit notamment en Allemagne et en Russie (ce n’est pas une mince affaire d’être apprécié par ces deux pays hostiles). Je donne en [v] la référence de son discours original en anglais, car la traduction française souffre d’hésitations incohérentes, alors que le discours dénonce sans détour les multiples agressions impérialistes américaines au cours du dernier demi-siècle qui endommagent le droit international.
D’autres mises au point ignorées par nos médias
1- L’Aut’Journal, le 5 janvier, publie la directe déclaration de l’Organisation québécoise de solidarité internationale pour les droits humains.
« Nous dénonçons avec la plus vive intensité l’agression des États-Unis contre le Venezuela indépendant. Cela constitue une mesure rétrograde contre la souveraineté du pays pour s’emparer du pétrole vénézuélien et soumettre le président Maduro à un procès tout à fait illégitime en territoire américain.
Il est inconcevable que le président élu d’un pays souverain soit ainsi humilié par la super puissance américaine. Les accusations sont sans fondement et sont, à bien des égards, des mensonges fabriqués pour justifier l’agression militaire contre un pays indépendant.
Nous dénonçons comme une agression illégitime cet acte de guerre contre le Venezuela et son président et supportons toute riposte du peuple vénézuélien comme légitime.
Nous dénonçons la mascarade de procès qui sera intentée contre le président Maduro sous les fausses accusations de trafic de drogue et de terrorisme. Ces accusations sont fabriquées de toutes pièces et ne laissent place à aucune défense légitime, puisqu’elles sont issues du cerveau malade et paranoïaque de Donald Trump, lui-même, qui manipule la justice à son gré.
Nous dénonçons vivement l’attitude servile du Canada, qui n’a pas condamné l’agression américaine comme il se doit quand le droit international est attaqué de la sorte. Il se fait ainsi le chien de poche de Washington comme c’est son habitude.
Le monde entier a condamné l’agression selon les principes de la justice internationale et appelé à la libération immédiate de Maduro et son retour au pays. »
2- Avec son appui sans critique d’Israël, Trump s’aliène les populations arabes et tous les peuples sensibles aux injustices accablant la Palestine et Gaza.
3- Heikki Patomäki décrit le 9 janvier la piraterie contre les cargos pétroliers, le kidnapping du président Maduro et de sa femme Cilia Adela Flores comme des violations de lois, celles de la Charte des Nations-Unies, la loi internationale des mers (UNCLOS), la convention de 1988 sur le trafic des drogues, sans compter que ses actions illégales bafouent le propre système américain légal et politique.
4– Le Chairman de la Federal reserve, Jerome Powell, se fait entendre sur youtube pour dénoncer les attaques incessantes et sans précédents de Donald Trump contre l’indépendance dont doit jouir son institution pour déterminer les taux à adopter selon les circonstances économiques et non en obéissant aux pressions politiques.
5- Eunice Wong lit le dernier rapport de Chris Hedges qui résume bien la situation :
« L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse confirme le rôle des États-Unis comme État mafieux. La violence n’engendre pas la paix, elle engendre la violence. Le mépris du droit international et humanitaire, comme l’ont fait les États-Unis et Israël à Gaza et comme ce fut le cas à Caracas, crée un monde sans lois, un monde d’États faillis, de seigneurs de guerre, de puissances impérialistes voyous et de violence et de chaos perpétuels. S’il y a une leçon à tirer de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie et de la Libye, c’est que les changements de régime engendrent des monstres que nous avons nous-mêmes créés. Les forces armées et de sécurité vénézuéliennes n’accepteront pas plus l’enlèvement de leur président et la domination américaine – perpétrés comme en Irak pour s’emparer de vastes réserves pétrolières – que les forces de sécurité et l’armée irakiennes ou les talibans. Cela ne présage rien de bon pour personne, y compris pour les États-Unis.
The kidnapping of Venezuelan president Nicolas Maduro and his wife solidifies America’s role as a gangster state. Violence does not generate peace. It generates violence. The immolation of international and humanitarian law, as the U.S. and Israel have done in Gaza, and as took place in Caracas, generates a world without laws, a world of failed states, warlords, rogue imperial powers and perpetual violence and chaos. If there is one lesson we should have learned in Afghanistan, Iraq, Syria and Libya, it is that regime change spawns Frankensteinian monsters of our own creation. The Venezuelan military and security forces will no more accept the kidnapping of their president and U.S. domination – done as in Iraq to seize vast oil reserves — than the Iraqi security forces and military or the Taliban. This will not go well for anyone, including the U.S.”
6- Les Artistes pour la Paix croient fermement que Trump et son désir de puissance sans fin s’achemine lentement vers sa propre autodestruction souhaitée par de plus en plus de monde. Ses attaques tarifaires auraient même convaincu des pays africains, sud-américains et un pays asiatique de se joindre au BRICS!! Bravo, moron.
ii[] https://www.artistespourlapaix.org/le-venezuela-repond-a-trump-et-a-la-prix-nobel-de-la-paix-2025/
iii[] https://www.youtube.com/watch?v=cv3HLXHV798 sur média élucid.
Abonnez-vous à l’Aut’Journal qui a reproduit notre article:
https://www.lautjournal.info/20260113/dattaques-en-erreurs-trump-sautodetruit