Ceci est le compte-rendu de la conférence Pourquoi s’engager? : réflexion sur la nécessité d’une transformation sociale et le pouvoir d’agir des citoyens présentée à l’Agora du pavillon Cœur des Sciences de l’UQAM, le 21 janvier. Notre collaboratrice Izabella Marengo y a assisté.

Les participants étaient Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki, Mélissa Mollen-Dupuis du mouvement Idle No More, Lucie Sauvé de l’UQAM et Laure Waridel, directrice générale du Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable (CIRROD) de l’École polytechnique de Montréal. La modération était assurée par René Audet de l’Institut des Sciences de l’environnement.

Écocitoyenneté et crise socio-écologique

Selon Laure Waridel, l’éco-consommateur et l’éco-citoyen sont une même personne. Il lui faut agir concrètement pour apporter le changement. Mélissa Mollen-Dupuis remarque le rapprochement entre les écologistes et les autochtones. Ces derniers ont l’écoute des médias. Une alliance est nécessaire entre autochtones et écologistes. Lucie Sauvé ajoute que sur la question du gaz de schiste, les citoyens ont inspiré les scientifiques qui à leur tour ont appuyé les citoyens par des informations fondées et crédibles. Cette question est bienvenue dans le milieu académique. Karel Mayrand livre un message militant : par l’engagement il est possible de changer les choses, c’est dans l’action que les portes s’ouvrent. Le rassemblement est une force, mais c’est le seul moyen de se faire entendre.

L’engagement citoyen

Mélissa Mollen-Dupuis : les conditions de vie dépendent de la qualité environnementale, de l’engagement social; tout ça va ensemble. Les autochtones ont les outils juridiques mais pas l’énergie pour se défendre. Laure Waridel insiste sur la nécéssité de créer des liens entre nous et entre les écosystèmes. Il faut s’engager par amour pour nos proches et notre lieux de vie. Pour Lucie Sauvé, les lobbys dirigent les gouvernements dont les ministères ne font qu’appliquer les règlements sans les remettre en question. L’auto-défense revient aux citoyens, la balle est dans leur camp, c’est à eux de proposer l’alternative, ils ont appris à travailler ensemble. Selon Karel Mayrand, la démocratie, c’est long à construire et c’est fragile, il faut maintenir une vigilance constante. Il faut prendre un positionnement moral (par exemple, inaction, fermer les yeux, risquer sa vie). L’engagement nous amène l’appartenance à un groupe, cela rajoute du « nous » dans le « je ».

L’engagement mène-t-il à autre chose ?

Lucie Sauvé souligne la notion d’identité territoriale et écologique : Je suis un être vivant parmi les vivants. Pour Mélissa Mollen-Dupuis, les autochtones sont à part; un territoire appartient à un groupe. L’identité éco-citoyenne est difficile à porter, il faut pouvoir accepter certains défauts car nous sommes tous éco-citoyens à différents niveaux. Karel Mayrand mentionne que rien n’est parfait et qu’il ne faut pas essayer de dire quoi faire ou comment vivre. Il s’agit de co-créer le monde par nos choix personnels et nos actions. Laure Waridel : l’intégrité n’est pas l’intégrisme. Notre identité ne se résume pas à nos possessions et notre consommation matérielle. Les petites actions réalisées un peu partout amènent des changements plus profonds. Nous avons besoin des autres.

Question du public : le capitalisme, le progrès, nos droits et devoirs, les nouveaux arrivants

Selon Karel Mayrand, ça prend une révolution ou une réforme pour changer le système économique. Il faudra co-créer des valeurs avec les nouveaux arrivants. Mélissa Mollen-Dupuis propose de questionner nos mythes fondateurs : la Terre nous appartient vs. nous appartenons à la Terre; le Monde arrivant à une finalité vs. le Monde cyclique; le bien et le mal. Il faut revoir nos dogmes et évoluer vers une spiritualité d’ensemble. Par ailleurs, les outils et les techniques permettent d’être davantage acteur que consommateur. Laure Waridel parle de construction sociale. On doit renverser le schéma : ce devrait être l’économie entourée par la société entourée par l’environnement. Nous devons repenser l’organisation sociale et la notion de progrès. Lucie Sauvé plaide en faveur de multiples petites révolutions. Nous devons nous joindre à des groupes existants.

Conclusion

Lucie Sauvé : la Constitution nationale de la Bolivie peut nous inspirer, ce pourrait être un beau projet politique. Mélissa Mollen-Dupuis rappelle que les petites victoires donnent de grands impacts. Laure Waridel souigne qu’ensemble nous avons beaucoup de pouvoir. Karel Mayrand conclue ainsi : nous ne sommes pas uniquement des consommateurs, nous sommes des citoyens qui nous engageons avec des valeurs. Malgré les deuils, il ne faut pas abandonner.