Max Windisch m’a écrit : « Je viens de finir la lecture de Sur la route des grandes sagesses. Je repensais à Gandhi… Saurait-on reproduire ce genre de miracle?… Il existe une réalité hors du monde… l’unique intermédiaire par lequel le bien puisse descendre de chez elle au milieu des hommes, ce sont ceux qui ont leur attention et leur amour tournés vers elle. »

Pourquoi le seul moyen d’éradiquer la guerre est-il de produire la paix ?

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Michel Casavant

En physique, il existe une grande loi qu’on appelle la « thermodynamique ». On peut la traduire ainsi : construire une ville demande de la conscience, de l’attention, de l’intelligence, du travail; cessez ce travail et la ville tombe en ruines. Après avoir fait quelque chose, si on ne fait rien pour l’entretenir, cette chose se dégrade par le seul passage du temps. Tous les jours, on remarque que faire du ménage est un effort, une série d’actes, alors que le désordre semble se faire tout seul.

Lorsqu’on voit la ville de Marioupol en Ukraine avant la guerre et après la guerre, on remarque que la guerre n’a fait qu’accélérer cette loi de la thermodynamique que l’on nomme « entropie ». Ce qui aurait pris deux siècles d’inaction s’est fait en quelques jours. La guerre n’est pas un acte de la conscience, ni de l’attention, c’est un laisser-aller face aux forces inconscientes, c’est de la dégradation mentale, du ressentiment qu’on a laissé accumuler, puis laissé exploser.

La paix au contraire est un acte qu’il faut refaire comme le ménage, ou l’entretien d’une ville, un travail de tous les jours contre la dégradation. Tout le monde a expérimenté que produire une solution constructive est un travail, alors que blâmer, dénigrer, partager des ouï-dire n’est qu’un laisser-aller. On a tous découvert un jour qu’entretenir la joie dans sa famille est un effort, un travail qui demande beaucoup d’attention, alors que si on laisse tomber, la tristesse, les idées sombres et l’agressivité reviennent. Le bonheur est une œuvre d’art à recommencer chaque jour. Quel amoureux ne sait pas que l’amour exige des actions, sinon, il se dégrade. Une dépression vient de ce que l’énergie pour entretenir l’amour, la joie, le bonheur est tombée. Il faut recharger nos batteries solaires, faire l’effort minimum pour exposer notre conscience à la lumière, par exemple : lire du Félix Leclerc assis sur un banc de neige face au soleil.

Ce qui est surprenant, ce n’est pas la guerre : la haine n’est qu’une explosion entropique. On peut détruire le monde par simple soumission aux conditionnements de la pensée. La pollution, le réchauffement climatique sont de simples abandons à de tels conditionnements. Non! ce qui me surprend, c’est le fait d’honorer les victimes de l’inconscience collective, plus précisément, ceux qui sont le miroir entre leur dérèglement traumatique et ceux de leur population. Ils n’ont pas besoin d’admiration, mais de soins psychiatriques en milieu fermé.

Pour avancer calmement dans la paix, la sérénité et l’amour, sans arme, en direction d’un fusil ou d’un tortionnaire afin que soit vu un moment ce que serait le monde si une partie significative de sa population vivait activement en paix, oui! pour marcher ainsi en paix, il faut une vie consacrée à l’exercice de la conscience dans toutes ses dimensions. J’honore les femmes et les hommes qui travaillent en ce moment à faire la paix. Je tourne vers eux mon attention. Un jour, chaque ébranlement de la folie trouvera devant lui une procession de gens de paix.