Bruno Roy

Bruno Roy

Bruno, secrétaire des Artistes pour la Paix, écrivain engagé.
Cette oraison funèbre à Bruno Roy a été rédigée par Pierre Jasmin, alors président des Artistes pour la Paix et lue par Jacques Lussier vice-président des APLP lors de célébration de la parole célébrée le samedi 16 janvier 2010 à 13h à l’Église Saint-Pierre-Claver à Montréal.
Meurtri dans sa jeunesse par les institutions qui avaient trahi leurs principes, il eut été normal que Bruno fût amené à un état de révolte permanent; mais au contraire, animé d’un fervent patriotisme, Bruno était un être totalement pacifié, illuminé par l’amour de sa femme Luce et de ses filles Catherine et Isabelle. Sa révolte nourrissait sa lucidité; il en canalisait l’énergie en faveur des autres, suivant le principe de Gandhi : « Haïs le péché, pas le pécheur. »
Révolté par l’Église et son clergé, il préférait écrire sur cette religieuse qui l’avait tant aimé, orphelin étiqueté « arriéré mental », à qui elle avait prodigué son amour de « la bonne chanson ».
Révolté par l’injustice permanente faite aux autochtones, avant même de découvrir ses origines métissées algonquines, il appuyait et admirait Chloé Ste-Marie et sa démarche pour la culture innue.
À l’instar des auteures de Du pain et des roses, Marie-Claire Séguin et Hélène Pedneault, il s’était heurté à la froide intransigeance conservatrice, mais avait réussi par la suite à émouvoir Bernard Landry et Jean Charest en vue d’un règlement, certes à rabais, en faveur des Orphelins de Duplessis qu’il avait aimés comme ses frères et sœurs.
Révolté par l’inculture de nos dirigeants, il avait mené son patient combat pour doter le pays d’une Maison des écrivains québécois et pour protéger, avec l’éditrice Aline Côté, les droits des écrivains dans le dossier Copibec.
Révolté par les centaines de millions gaspillées par nos gouvernements provinciaux dans les centrales nucléaires de Pointe-Lepreau et de Gentilly ainsi que par leurs inquiétantes émissions de tritium, il se réfugiait chaque été avec sa famille dans la nature du lac Baker.
Révolté par l’Armée canadienne et les ministres de la Défense libéraux et conservateurs qui ont sacrifié 130 jeunes soldats et gaspillé 50 milliards de $  au profit d’une expédition militaire colonialiste en Afghanistan,  je suis sûr que Bruno aurait aujourd’hui applaudi l’effort des conservateurs et des militaires canadiens en faveur des victimes du tremblement de terre en Haïti.
Bruno était l’être le plus droit qu’il m’ait été donné de connaître, engagé dès le début dans l’aventure des Artistes pour la Paix, évidemment par ses activités d’écrivain, puis par sa présence si appréciée au conseil d’administration depuis 2007 et enfin à titre de secrétaire. Son mémoire de vingt-et-une pages aux Audiences populaires pour le retrait des troupes canadiennes d’Afghanistan avait été lu en 2008 devant les commissaires du collectif Échec à la Guerre, deux Artistes pour la Paix, François Avard et notre coprésidente d’honneur, Antonine Maillet.
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Voici pour terminer quelques témoignages de nos membres.
Le départ subit et prématuré de Bruno Roy est une grande perte pour le Québec et pour les Artistes pour la Paix.  Nul ne pourra le remplacer, mais chacun devra en faire un peu plus pour combler l’immense place que sa mort laisse inoccupée.
Gilles Marsolais
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Ce fut un honneur pour les Artistes pour la Paix de pouvoir compter sur l’intelligence, la détermination — toujours empreinte de gentillesse —, la sensibilité et l’honnêteté de notre ami, notre collègue bien-aimé.
Robert Dupuy
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Quel bonheur, pour le jeune prof que j’étais, de compter parmi ses premiers étudiants cet être plein d’ardeur et d’énergie, animé d’une bonne humeur indéfectible. Ce n’est que plus tard, ayant appris l’histoire de son enfance catastrophique, que j’ai pu interpréter ses choix comme un désir – et une formidable volonté – d’échapper aux aliénations et de se construire comme personne. Arriver à maîtriser la langue  par la bouche, par la voix, par le corps, telle avait été son arme choisie contre le sort injuste.
Jean Fisette, son directeur de maîtrise à l’Université du Québec à Montréal
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Faute de temps au cours de l’oraison funèbre, les témoignages suivants n’ont pas été prononcés:
Bruno était Vrai.
 Un être de Lumière.
— A écrit la plus jeune de nos membres du conseil d’administration, Valéry
Ta voix, Bruno, restera à jamais gravée dans nos gestes, dans notre volonté de changement.
— A écrit le plus jeune, Symon
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Bruno Roy, quelle grande et belle Personne qui nous a fait espérer en l’humanité.
Suzanne
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La vie est tout aussi fragile que la paix !  
Andréanne
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Son combat pour la dignité des enfants de Duplessis en fait assurément un combattant pour la paix et la réconciliation.  
Jean-Daniel Lafond
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Je pleure cet ami
Écrivain de profession
Mais surtout humain
Qui regardait vers demain
Un homme de cœur et de raison.
Partir si vite, trop vite,
Toi qui regardais vers l’infini…
Daniel Gingras
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Bruno nous aura marqués par son humanisme et son sourire conscient devant la vie. Il a choisi la dignité pour lui et pour ses frères, en prenant les mots plutôt que les armes. Bruno, tu nous laisses en héritage ton intégrité et ta justesse. 
— Geneviève
Bruno Roy était un être si chaleureux, si présent, que je sens encore sa main sur mon épaule.
— Louise Warren
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Tu t’es endormi dans l’espérance
d’un Québec souverain
habité par l’ardeur
d’une société meilleure
non sans avoir inconditionnellement
donné cœur et souffle
Quelque part
un monde existe
que tu continues de façonner
pour en bannir les injustices
Tu demeures présent pour nous
pour tout le Québec
on ne t’oubliera jamais
— Claudine Bertrand