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Je suis APLP parce que…

"Je suis artiste pour la paix parce que quand je me monte sur scene, j'ai l'impression de faire la paix avec mon âme et celle du public. Je me retrouve là, en lieu sûr, pour explorer les forces et les failles de nos coeurs, sans danger, sans jugement ni discrimination pour célébrer la beauté de l'humanité. Et si la vie était toujours ainsi ?"
Paule Tremblay, autrice-compositrice-interprete
"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
Camille Pelletier Antaya, membre des APLP
"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire
"Je suis artiste pour la paix... Sans la paix, pas d'avenir pour la planète. Contribuer à bâtir une culture de la paix me semble un devoir."
André Jacob, auteur et artiste-peintre, APLP honoraire
"Je suis artiste pour la paix parce que la paix justifie l'espoir ."
Denis Carrier, auteur

Aux armes, Canadiens !

Montréal, le 31 octobre 2007

Université de Montréal, 16h 15 – Simulation de conférence de presse du président des Artistes pour la paix devant les étudiants en journalisme du professeur Pierre Brisson

Aux armes, Canadiens !

Je vous annonce tout d’abord que j’ai décidé de désobéir à votre professeur en faisant porter ma présentation sur l’actualité du désarmement et non sur la guerre. Rassurez-vous, j’accepterai toutes vos questions se rapportant à la guerre en Afghanistan, puisque votre préparation s’y est appliquée et vous verrez combien la question du désarmement est liée à celle de la guerre, dans l’esprit des pacifistes. Je n’aborderai pas du tout la question des armes nucléaires, même si j’ai travaillé sur la traduction française du communiqué du Réseau pour l’abolition des armes nucléaires, section canadienne, que cet été j’ai donné un concert devant le maire de Hiroshima et devant le ministre Peter MacKay et que j’y étais présenté par le général Dallaire, auteur de deux discours exceptionnels au Sénat contre l’arme nucléaire et que l’actualité résonne de menaces de troisième guerre mondiale à l’encontre de l’Iran. Comme ma présentation est ancrée dans la politique canadienne des vingt dernières années, vous aurez un portrait des actions spécifiquement politiques des Artistes pour la Paix, un organisme qui fêtera à l’automne prochain son 25e anniversaire qui saura peut-être susciter votre curiosité à travers quelques questions

En un peu plus d’un an et demi de pouvoir, le gouvernement conservateur vient d’accorder 31 milliards de $ en dépenses militaires agressives, cette explosion de coûts étant en flagrante contradiction avec la politique recommandée par le groupe Canada 21. Créé il y a à peine une décennie par le gouvernement canadien pour le conseiller sur la politique de Défense du Canada en vue du 21e siècle, Canada 21 comprenait 21 experts, dont feu l’Honorable Gérard Pelletier, membre des Artistes pour la Paix, un groupe dont je suis président qui travaille pour la paix, le désarmement et la justice sociale. Pendant plus d’un an, les Artistes pour la Paix ont réclamé et finalement obtenu le limogeage du ministre conservateur de la Défense, M. Gordon O’Connor ; nous avions d’ailleurs protesté, dès sa nomination, contre la remise du poste de la Défense à cet ex-lobbyiste pour le compte d’une vingtaine de compagnies d’armement. Nous avons aussi maintes fois réclamé en vain la démission du général Rick Kill those scumbags Hillier, qui a renié les engagements traditionnels pour la paix du Canada qui s’effectuaient à travers les Casques Bleus de l’ONU : je pense particulièrement à un de ses prédécesseurs, le général de Chastelin, qui a contribué au désarmement et à la paix en Irlande ou au général Dallaire tragiquement trahi au Rwanda. De près de cinq mille Casques Bleus canadiens en 1996, il n’en reste qu’une cinquantaine, alors que 2500 soldats lourdement armés font des opérations militaires à Kandahar sous supervision de commandement américain contre une guérilla protégée par la population, ce qui entraîne nombre de morts civiles et des coûts considérables en pertes de vie, en tensions avec les Musulmans du monde entier et en acquisition ruineuse de matériel de guerre, sans amener aucun bénéfice pour la condition des femmes, l’histoire de Malalai Joya le démontre tristement.

L’explosion des coûts militaires voulue par le militariste Stephen Harper va évidemment de pair avec un laisser-aller face aux exportations canadiennes d’armements et surtout de munitions. C’étaient les craintes que nous exprimions encore il y a trois semaines dans une lettre au Maire de Montréal, à savoir que notre ville adopte un discours de paix mais qu’elle abrite une exportation d’armes accrue (lettre en annexe). Ces craintes se trouvent hélas plus que confirmées par une enquête effectuée par la Canadian Broadcasting Corporation et divulguée avant-hier : on y apprend que l’exportation canadienne d’armes a triplé depuis 2001 et même septuplé lors des années qui ont vu l’avènement des gouvernements conservateurs de Paul Martin et Stephen Harper. Je parle de gouvernement conservateur à propos de Paul Martin, car son premier discours à son arrivée au pouvoir fut, à la grande joie de ses commanditaires liés aux industries d’armement ayant souffert des vaches maigres du régime Chrétien, de décréter la plus grosse augmentation de budget militaire depuis la Seconde Guerre mondiale (chiffres de l’Institut Polaris). Et maintenant, Stephen Harper, dans l’indifférence de nos éditorialistes, augmente encore la cadence, sans doute pour satisfaire au Partenariat Prospérité et Sécurité de ses acolytes des États-Unis et du Mexique. Tous les démocrates qui croient à un développement durable doivent travailler à contrer cette politique faite pour les pétrolières et les industries militaires, les plus importants lobbyistes pro-conservateurs et pro-guerre, avec les groupes religieux extrémistes, les industries du tabac et les pharmaceutiques.

Bref, le Canada recule à l’époque où nos compagnies d’armement exportaient allègrement et officiellement des armes à des dictatures. Les Artistes pour la Paix furent les premiers à dénoncer dès 1992 le DIPP (Defence Industrial Productivity Program) : le DIPP n’a-t-il pas subventionné la prospère SNC, dont la filiale de Le Gardeur, Terrebonne inc., exportait ses mines anti-personnel, grâce à l’argent d’impôts prélevés entre autres dans la caisse d’assurance chômage et dans les retenues effectuées auprès des jobs d’été étudiantes ? La politique du gouvernement conservateur des Brian Mulroney, Kim Campbell, Jean Charest et Lucien Bouchard (ce porte-parole d’un Québec lucide aux côtés de Guy St-Pierre, ex-pdg de SNC-Lavalin) consacrait trois fois plus d’argent des contribuables, c’est-à-dire 280 millions de $ annuels, à la promotion et à l’exportation d’armements canadiens, trois fois plus qu’à l’aide à la production artistique canadienne, aux tournées mondiales de tous nos orchestres symphoniques, troupes de ballet, de théâtre et d’opéra, aux expositions de musées, aux projets cinématographiques, aux bourses à la création artistique et littéraire, etc. financés par le Conseil des Arts du Canada.

Je rappelle que SNC, qui a joui de ces subventions, a exporté des mines anti-personnel amputant des centaines d’enfants iraniens que les Ayatollahs envoyaient au front, le Coran à la main, pour paver la voie aux soldats qui suivaient cette piste ensanglantée. Cette guerre Iran-Irak (on se souvient des photos de Donald Rumsfeld souriant à Saddam Hussein installé au pouvoir par la CIA) était arrosée des deux côtés par nos produits militaires canadiens : Marc Laviolette, qui dirige le SPQ aile gauche du Parti Québécois et qui était à l’époque dirigeant syndical à l’usine Expro de Valleyfield, avait avisé les Artistes pour la Paix que son usine fabriquante d’explosifs avait perdu deux cents emplois dès la première semaine qui avait suivi la fin des hostilités entre les deux pays. C’est aussi l’époque où une grande usine montréalaise qui fabriquait des museaux de sous-marins nucléaires tenta, devant la raréfaction des commandes, de se diversifier en fabrication d’éoliennes sous l’impulsion de son syndicat, un peu comme le syndicat d’Expro a été responsable, en diversifiant les produits de son usine en fabrication de coussins gonflables pour la sécurité des automobilistes. La réponse du gouvernement à l’autre syndicat fut non, que le DIPP ne servait qu’à financer des produits militaires, pas des éoliennes !

Pendant cette guerre Iran-Irak, nos ingénieurs québécois, bons pères de famille de Le Gardeur, étaient à l’œuvre à calculer savamment la dose explosive des mines anti-personnel nécessaire pour arracher des pieds et des testicules, mais insuffisantes pour faire mourir le blessé qui en hurlant de douleur, démoralisait ainsi ses camarades et démobilisait au moins deux hommes pour ramener l’amputé du front vers l’arrière. Les statistiques furent vite connues que ces mines installées pendant les guerres provoquaient finalement plus de 80% de victimes civiles, surtout des enfants trop turbulents qui ignorent les pancartes Danger zone minée à la fin des conflits. À la suite des pressions des groupes pacifistes et à la suite de nombreux films documentaires entre autres à l’Office national du Film, relayées récemment par une production Tutti frutti diffusée en fin de semaine à Télé-Québec, le gouvernement libéral s’est fait champion du Traité international contre les mines anti-personnel, grâce au travail de lobby de l’américaine Jody Williams, prix Nobel de la Paix, tout aussi désolée que nous que le traité signé par 130 pays environ ait été ignoré par les Etats-Unis et la Chine.

Je rappelle qu’un certain discours d’économistes et politiciens conservateurs autoproclamés Lucides (Lucien Bouchard, Guy St-Pierre) justifie hausses de frais étudiants, gel des salaires syndiqués et privatisation de la médecine par le prétexte « qu’il faut bien créer la richesse avant de la distribuer ». Eh bien, messieurs les subventionnaires et subventionnés à coup de centaines de millions de dollars pour la production d’armements (ces subventions continuent, versées directement aux entreprises au lieu de transiter par le DIPP), voici tel que révélé avant-hier par la CBC malgré les cachettes du gouvernement à cet égard puisque depuis 2002, il n’y a plus de rapport gouvernemental sur les exportations candaiennes d’armements, voici au moins trois milliards et demi de $ d’armes exportées à de futurs ennemis (Irak, Arabie Saoudite, diverses dictatures rejointes en faisant transiter 2 milliards de $ d’armements par les Etats-Unis). Et comme il faudra bien un jour combattre ces futurs ennemis, voici en plus 31 milliards de $ de richesse créée au Canada consacrée à des dépenses militaires extraordinaires au cours des derniers vingt mois, 31 milliards qui viennent d’être gaspillés par le gouvernement conservateur à transformer l’armée canadienne réputée mondialement pour ses Casques Bleus, en instrument de guerre à Kandahar avec deux mille cinq cents soldats en armes, contre six personnes qui « soi-disant travaillent » pour l’ACDI.

C’est cette disproportion entre efforts de guerre et de paix que nos élus devraient méditer, alors que les objectifs des programmes de tous les partis, désormais unanimement axés (en paroles !) sur la justice sociale, le développement durable et la lutte au réchauffement climatique de la planète, viennent de se voir amputer de 31 milliards, triste preuve que les idéaux vertueux de nos représentants démocratiques et les programmes universitaires axés sur la coopération internationale ne se concrétisent par aucun budget conséquent, alors que nos armes légères et nos munitions exportées en Afrique via Rotterdam ou Copenhagen viennent grossir celles d’autres pays riches qui y tuent près d’un millier de personnes par jour, surtout au Congo. Voyez aussi le film terrible le Cauchemar de Darwin.

Dans son tout dernier discours en fonction (de 1953 à 1961), le président américain Dwight Eisenhower prophétisait le kidnapping de la démocratie par ce qu’il a été le premier à appeler le complexe militaro-industriel (plus d’1 million de $ de dépenses militaires chaque minute de chaque jour de l’année 2005 par le Pentagone de George W. Bush, qui consacre des dizaines de milliards de $ à tenter de concevoir des boucliers anti-missiles inefficaces, alors que la Californie, riche en contrats militaires, n’a semble-t-il même pas les moyens d’installer d’efficaces boucliers anti-feux de broussaille : non, il faut pour la guerre en Irak des milliers d’hélicoptères Chinook d’attaque et il est certain que la dizaine d’hélicoptères équipés pour la lutte aux feux de forêt coûte trop cher, n’est-ce pas ?). Eisenhower, ancien général donc plutôt bien informé sur le militaro-industriel, en dénonçait le projet de « guerres perpétuelles, profits perpétuels. Chaque fusil fabriqué, chaque navire de guerre lancé, chaque missile déclenché signifie en fin de compte un vol perpétré à l’encontre de ceux qui ont faim sans qu’on les nourrisse, de ceux qui ont froid sans qu’on les vête.

Les dépenses militaires dans le monde, sous la poussée de l’influence des Républicains de George Bush, viennent de rattraper les sommets de la fin de la guerre froide : plus de mille milliards de dollars par année. On consacre 184$ par année pour l’armement de chaque individu de la planète, alors qu’il suffirait de 4$ par individu au Tiers-Monde pour assurer à chacun l’alphabétisation, la nourriture, l’eau potable, les soins contre la malaria et le palubisme. On pourrait en prime donner des prothèses aux victimes de mines anti-personnel au Cambodge, en Angola, en Afghanistan, au Congo et au Mozambique.

Les Artistes pour la Paix, dont la mission première est de conscientiser le monde aux bienfaits du désarmement, constatent en outre les faits troublants suivants, communiqués avant-hier par la CBC : en 2001, nous exportions 140 millions de $ en armes et munitions ; en 2003 et 2004, autour de 900 millions. Les Artistes pour la Paix dénonçaient que Chrétien, dès 2002, devant le désastre de ses programmes de commandites et devant la montée de Paul Martin, avait relevé ses achats militaires, car il est connu que l’industrie militaire très secrète est généreuse pour les politiciens. Si j’ai le temps, je vous conterai une anecdote concernant Kim Campbell et le Secrétaire général de l’OTAN. L’exportation de munitions, de 20 millions de $ en 2001, est passée à des sommes de 120 à 140 millions dans les années 2004 à 2006. En 2006, le Canada est devenu 4e exportateur mondial de munitions et 6e d’armements en général, arrivant même à devancer des pays traditionnellement plus en avant, si j’ose dire, tel que la France, dont le rang avait toujours été dans le peloton de tête où on trouvait année après année, paradoxalement, les quatre autres membres du Conseil de Sécurité (sic !) de l’ONU, les plus importants vendeurs d’armes de la planète. Cette fois, nous voilà devancés par l’Allemagne (ayons une pensée pour Karlheinz Schreiber, fabricant d’armes bavarois, dont l’action décisive avait installé M. Mulroney au pouvoir en 1984, en l’aidant à défaire Joe Clark à la présidence du parti : les premiers mots de Mulroney victorieux à la convention furent « Now, Canada is in business », on voit de quelle business il s’agissait). Le Canada est désormais fier de devancer les Pays-Bas, la Suède et même Israël, sans doute trop occupé par la guerre au Liban pour accoter en 2006 ses quotas de ventes d’armes passées. Et rappelons en plus que les chiffres de la CBC ne sont pas définitifs, vu qu’ils proviennent de la Canada Border Services Agency, dont les chiffres sont inférieurs à ceux en possession du Ministère des Affaires étrangères, et que tous deux ignorent évidemment toutes les exportations de contrebande faites par certaines compagnies.

Le discours des Artistes pour la Paix n’est pas cynique, il se veut lucide. Je suis sans doute un peu trop dur envers Brian Mulroney qui peut devenir éventuellement votre employeur, vu le rôle qu’il joue au Conseil d’administration de Quebecor (j’avais d’ailleurs vertement engueulé Pierre Péladeau, lorsqu’il m’avait demandé mon avis sur sa nouvelle recrue). Et pourtant, Antonine Maillet, ma présidente aux Artistes pour la Paix en 1989 avait réussi à convaincre Mulroney de ne pas acheter les sous-marins nucléaires projetés. J’avais rendez-vous avec cinq autres pacifistes dans les bureaux du ministre de la Défense au lendemain du discours du budget, car le ministre conservateur Bill McKnight voulait nous convaincre du bien-fondé de son achat envisagé, au lieu de quoi, surpris par le budget, il m’avait pointé du doigt de façon hystérique en déclarant que je serais responsable d’une future invasion du Canada par l’Union Soviétique : on était alors à six mois de la chute du mur de Berlin et je revenais du tournage d’un film artistique pour l’Office National du Film à Moscou.

Je suis sans doute un peu trop dur envers Brian Mulroney. Nous savons qu’il fut l’un des artisans de la chute du gouvernement raciste d’Apartheid en Afrique du Sud et j’apprenais récemment, en lisant Noam Chomsky que j’ai rencontré grâce à son éditeur Dimitri Roussopoulos (qui fut longtemps vice-président des Artistes pour la Paix), que Mulroney avait été convaincu par ses arguments de ne plus vendre d’armes à l’Indonésie, vu la sauvage répression génocidaire de son armée contre le Timor oriental Mais l’arrivée au pouvoir de Chrétien ramena les ventes d’armes à l’Indonésie, car le lobbying pacifiste est toujours à refaire et la vision globale des gouvernements n’est pas articulée à une vision écologique ni à une vision de paix. Donc, ce n’est pas tant les hommes politiques que je blâme que le manque de mécanismes qui permettent aux fonctionnaires de changer la mentalité guerrière séculaire.

Les Artistes pour la Paix saluent l’initiative annoncée avant-hier par Guy Laliberté du Cirque du Soleil de consacrer 100 millions de $ à l’opération « One drop » qui cible justement l’état alarmant des réserves d’eau potable dans le monde. Bravo à ce projet, même si d’après nous, le beau monde des affaires doit plutôt être confronté et dénoncé par tous les citoyens quant à l’exportation d’armes comme fléau numéro 1 de notre planète. Tant que les démocrates des pays riches n’auront pas réussi à convaincre les gouvernements de réduire les budgets militaires et d’infléchir l’accumulation de ventes d’armes, le progrès effectué par charité ne sera que minime, car les puits creusés ou les travaux d’irrigation pour les populations démunies seront détruits par de nouvelles guerres alimentées par les pays riches qui voudront s’accaparer les richesses pétrolières ou minières des pays pauvres, l’histoire sanglante de l’Afrique et de l’Afghanistan est hélas éloquente à cet égard.

Mais de plus en plus, et je conclurai avec espoir là-dessus, des liens essentiels de politisation sont faits, ne serait-ce que parce que les pays qui se sont procuré nos armes n’ont plus les moyens de se procurer notre blé ou nos projets éducatifs. Ces liens sont courageusement faits par Alternatives, Greenpeace, Équiterre, Oxfam, Care Canada, Développement et Paix, Project Ploughshares, l’institut Rideau, le Centre de Ressources sur la non-violence. Le combat n’est pas perdu sur le plan international, je pense au courage de la Commission de gouvernance globale, présidée par Gro Brundtland de Norvège et par Nelson Mandela d’Afrique du Sud, qui avait émis plusieurs pistes pour éliminer les frères siamois terroristes et mafiosi capitalistes sauvages, deux en particulier :

  1. Abroger le secret bancaire, les abris fiscaux des multinationales, les blanchiments d’argent
  2. Surveiller le trafic international d’armements

 

Je pense aussi aux Conférences sur la science et les problèmes internationaux Pugwash : à propos de ce dernier organisme, je rencontrais deux de ses membres la semaine dernière, les professeurs Jean-Jacques Salomon et Louise Vandelac, vous savez celle qui a créé Eau Secours ici au Québec. Le professeur Salomon, qui faisait la première page du Devoir et était invité à Christiane Charrette il y a une semaine, est pessimiste et dénonce les scientifiques alléchés par l’appât du gain. D’après lui, il faudrait leur inculquer de l’humanisme et de la compassion. Mais devant sa propre définition de la vanité du savant qui tient à explorer jusqu’au bout une hypothèse par satisfaction personnelle, dût-il s’agir de bombe atomique ou de mine anti-personnel en plastique indétectable, je lui ai soumis qu’il faudrait sans doute plutôt s’adresser à leur orgueil, en leur prouvant que leur activité scientifique a erré, en n’allant pas chercher assez loin en d’autres disciplines scientifiques, les preuves flagrantes de leur manque de rigueur, en n’adhérant pas, par exemple, à la notion de « bien commun » que Françoise David et Amir Khadir de Québec Solidaire évoquent constamment. J’ai rappelé au professeur français Salomon que Antonine Maillet, présidente d’honneur de notre organisme, le seul prix Goncourt obtenu par un Canadien à ce jour, cite volontiers Rabelais, sujet de sa thèse de doctorat : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Étudiants universitaires, vous êtes donc des savants et en bon professeur titulaire paternaliste, je vous prierai en conclusion d’aller chercher non seulement les clefs disciplinaires d’un bon exercice de votre profession, mais de vous procurer par des recherches exhaustives et par une curiosité entre autres artistique, une conscience. Si vous êtes à la radio ou à la télévision, vous deviendrez membres de l’Union des Artistes et, pourquoi pas, des Artistes pour la Paix ; sinon, adhérez à Pugwash ou à Science for Peace.

À ce dernier propos, ai-je le temps de vous raconter une anecdote canadienne, relatée dans le « roman » de John Le Carré transformé en film, la constance du jardinier ? Il s’agit de madame Olivieri, ex-présidente de Science for Peace Canada et professeure à l’Université de Toronto. Employée comme chercheure par une pharmaceutique, elle s’était aperçue que la santé des patients-cobayes était ébranlée, jusqu’à la mort de certains d’entre eux. Elle alerta la compagnie qui refusa d’interrompre ses recherches sur ce médicament qu’elle escomptait spectaculaire. Madame Olivieri ébruita donc ses craintes fondées dans les journaux. Comme elle avait signé une déclaration de garder secrète sa collaboration avec la pharmaceutique, elle fut accusée de briser ce pacte secret et l’Université de Toronto la renvoya. On apprit plus tard que l’université avait dans ses plans la construction d’un immeuble imposant subventionné par ladite pharmaceutique. Madame Olivieri reçut même des menaces de mort de ses collègues qu’elle identifia grâce à leur ADN recueilli sur les timbres des lettres reçues. Finalement, ces collègues plaidèrent le stress et restèrent en place, comme le président de l’université, même s’ils durent réintégrer la chercheure Olivieri qui n’a jamais retrouvé un sain climat de travail. Il vous faut connaître de telles anecdotes pour mieux asseoir vos valeurs de protection de la vie, assise solide qui est à la base des actions pacifistes. Je vous remercie de votre attention.

Pierre Jasmin
Président
Les Artistes pour la Paix

Citation d’Eisenhower : A military-industrial complex [that seeks] perpetual wars, perpetual profits. Every gun that is made, any warship launched, every rocket fired, signifies in the final sense a theft from those who hunger and are not fed, those who are cold and are not clothed.

Rappelons que les trois plus grosses industries d’armement au monde sont américaines : Lockheed Martin, Boeing et Northrop Grumman.

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Note : ces liens mènent directement aux sites web des organismes. Les dons ne transitent pas par les APLP.

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