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Symbole de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

Dès 1983, à l’origine des Artistes pour la paix, le but primordial de notre organisme fut de travailler à la réconciliation ; à notre trentième anniversaire, on l’avait rappelé avec Florent Vollant, Chloé Sainte-Marie, Élisapie Isaac et Richard Séguin. « Je m’interroge sur la pertinence de limiter la stratégie de reconnaissance de la mémoire à des monuments», avait écrit André Jacob dans un article intitulé Pour des musées de la mémoire pour les Premières Nations : il faisait ainsi la distinction entre monuments et musées vivants. Avec grand plaisir certes, on a entendu Élisapie Isaac chanter en Inuktitut lors de l’intronisation de la gouverneure générale Mary May Simon et on l’a retrouvée hier comme animatrice de la toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation à Radio-Canada.

Mais outre des émissions soigneusement formatées pour ne blesser aucune oreille sensible blanche, quand a-t-on écouté les autochtones nous parler de leurs vérités, de ce qui les blesse, étape obligée avant de passer à l’étape de réconciliation? Il y a à peine trois mois, nous expliquions l’origine du chandail orange, et hier, ô surprise agréable, en allant faire un tour à l’Université Bishop’s, à l’invitation de INDIGENOUS CULTURAL ALLIANCE, on apercevait des centaines d’étudiantEs portant fièrement ce chandail! La jeunesse vous presse d’agir, messieurs les chefs de gouvernement conservateurs, et cela vous inclut hélas, M. Legault, à cause de votre refus obstiné de ne pas reconnaître le racisme systémique !

Indispensable Infoman

Le 30 septembre, à l’occasion de la toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, l’équipe d’Infoman a concocté une émission spéciale, débutant avec la dénonciation de notre minable traitement des autochtones (sans eau potable pour encore certaines nations, leurs enfants pensionnaires enterrés, Joyce Echaquan meurtrie etc.). L’émission a ensuite pris un tournant ludique avec MC Gilles explorant l’appropriation culturelle dans les chansons québécoises en compagnie de la doctorante en sociologie et fondatrice de la COOP Nitaskinan Karine Awashish. Ils ont ri de nous les artistes, telle Madeleine fille de Michel et Simonne Monet-Chartrand, chantant Ani Kuni, un chant funèbre de tonalité mineure, avec une danse guillerette et parée de plumes multicolores, ouch! Madeleine a probablement ri autant que nous des poncifs accumulés avec maladresse en 1973, alors que sa louable intention était de réhabiliter le folklore indien, comme on l’appelait alors !

A suivi un florilège d’émissions consternantes tirées des archives de Radio-Canada, telle celle montrant des soldats de l’armée canadienne ovationnant en 1945 une scène de massacres d’Indiens ayant attaqué une diligence, dans la pure tradition hollywoodienne. Ont suivi des téléromans comme D’Iberville et autres, montrant des images dégradantes d’Indiens soumis acceptant de se prosterner devant le crucifix d’un missionnaire, à côté d’Indiennes disponibles et affriolantes sexuellement, quand leur peau n’était pas trop foncée et leurs yeux pas trop bridés, précisait Mélissa Mollen Dupuis (animatrice de l’excellente émission hebdomadaire à Radio-Canada Kuei Kwe) qui avait pris le bon parti d’en rire avec Chantal Lamarre, même si on les sentait choquées à bon droit.

Jean-René Dufort a eu la délicatesse indispensable de partager toute la première partie de l’émission avec le comédien et metteur en scène wendat Charles Bender [1], puis avec l’avocat en droit autochtone Nadir André pour montrer les multiples obstacles à la renégociation de la « fameuse » et honteuse Loi colonialiste sur les Indiens ou Acte sur les Sauvages, toujours en vigueur comme nous l’explique André Binette dans l’Aut’Journal.


[1] Le festival international Présence autochtone grandit, au cinéma Impérial le 3 août dernier avec notre témoignage http://www.artistespourlapaix.org/?p=20633