Contre les militaires fascistes, les Artistes pour la Paix persévèrent
Pierre Jasmin et Nadia Alexan, artistes pour la paix
Le Devoir du 9 mars nous offre la rare faveur de nous souvenir de Pierre Beaudet. Professeur associé en sciences sociales de l’UQO et rédacteur aux Cahiers du Socialisme, Pierre a œuvré plus de 25 ans dans le développement international à titre de chercheur et administrateur de divers programmes en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ainsi qu’à titre de consultant auprès de l’ACDI, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de plusieurs ONG canadiennes et internationales : il est hélas décédé il y a quatre ans un 8 mars.
Le chroniqueur Nadeau, sans qui le Devoir pro-paix n’existerait plus que par Émilie Nicolas, dilue un article dans sa préférence du thé, pour le terminer avec vigueur :
« À L’Isle-aux-Coudres, le chantier où l’on a construit, durant plus d’un siècle, des goélettes de bois se voit transformé grâce à l’essor de l’industrie militaire. Avec l’expansion des commandes de l’armée, espère-t-on, on y fabriquera désormais plus de navires militaires. De quoi faire entrer de l’argent « pour acheter des cafés » dans la région, expliquait au Devoir un cadre du chantier maritime. Je me demande ce qu’aurait dit Pierre Perrault en entendant la nouvelle de ces fabrications militaires à L’Isle-aux-Coudres. Le cinéaste-écrivain savait bien que le temps des « voitures d’eau », comme on appelait les goélettes, était révolu. Le réalisateur de Pour la suite du monde rappelait qu’il ne s’agissait pas de conserver les vieux gestes à tout prix, ni de refuser les techniques nouvelles, mais de ne pas se laisser remplacer par d’autres, la tête baissée. Autrement dit, de ne pas devenir les employés d’un monde conçu dans un horizon où nous ne serions toujours que des pions. Le problème, disait-il en substance, consistait à « se rendre compte qu’on valait nous-mêmes la peine d’être vécu » autrement que pour se payer quelques tasses de café importé.
Autrefois, on disait que l’argent investi dans l’armement rapportait peu à la collectivité. Aujourd’hui, cette vérité est de nouveau maquillée pour mieux nous tromper. En avril 1953, le président américain Dwight D. Eisenhower mettait en garde ceux qui croyaient que l’industrie militaire apporterait la prospérité en se suppléant à la production des instruments de la vie. « Chaque canon fabriqué, disait-il, chaque navire de guerre lancé, chaque fusée tirée signifie, en fin de compte, un vol commis envers ceux qui ont faim et ne sont pas nourris, ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus. Ce monde en armes ne dépense pas seulement de l’argent. Il dépense la sueur de ses travailleurs, le génie de ses scientifiques, les espoirs de ses enfants. » Un président des États-Unis qui tient un discours pareil ? On peine à l’imaginer aujourd’hui. Autrefois, on buvait de la chicorée faute de café. On fera désormais des navires de guerre faute d’avoir su quoi faire de notre fleuve. Les époques aussi ont leurs succédanés. Et, comme pour toutes les choses auxquelles on s’habitue, on finit même par en défendre le goût. Pensez : j’adore la chicorée… Reste que nous vivons dans un monde trop fort de café. »
Trois commentaires reproduits dans le quotidien
Pierre Jasmin – Abonné 9 mars 2026 06 h 51
Titre : un article aussi fade qu’un thé du matin (commentaire d’un mondialiste buveur de café fort…).
Tant qu’à reproduire la pensée immortelle du président Eisenhower, complétez-la, M. Nadeau, comme je l’avais fait dans la publication de feu Pierre Beaudet Enjeux et défis du développement international (Presses de l’Université d’Ottawa, août 2019, 681 pages) dans mon chapitre militarisme et antimilitarisme, reproduit aussi par Pressenza.com et j’en donne l’extrait suivant [puisque jamais Le Devoir ne m’allouerait l’espace pour citer davantage] :” Nous devons prendre garde à l’acquisition d’une influence illégitime, sollicitée ou non, par le complexe militaro-industriel. Le risque d’un développement désastreux d’un pouvoir usurpé existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. (…) La révolution technologique [engendre] une recherche plus formalisée, plus complexe, et coûteuse. Une part toujours croissante en est conduite pour, par ou sous la direction du Gouvernement fédéral. (…) L’université libre, historiquement source d’idées et de découvertes scientifiques nées dans la liberté, a vécu une révolution dans la conduite de la recherche : obtenir un contrat avec le gouvernement devient quasiment un substitut à la curiosité intellectuelle. Depuis 1961, les conglomérats militaro-industriels ont avalé les médias dits influents, justifiant la nouvelle appellation Military-Industrial-Media-Academic-Complex, utilisée depuis 1986 en Suède. En exposant les augmentations des budgets militaires, américain et chinois, en hausse de 423 % depuis l’an 2000, tandis que le budget russe a été réduit à une soixantaine de milliards, les statistiques 2019 de l’Institut international de recherche sur la paix (SIPRI) minent la crédibilité de la propagande de l’OTAN, reprise ad nauseam par la presse et la filmographie occidentales, sur une menace extrême russe. ”
Et on censure la dangerosité de l’extrême-droite ukrainienne exposée par les AplP et notre ami de l’Association Ukrainiens-Unis du Canada, Glenn Michalchuk [voir aussi https://www.artistespourlapaix.org/babi-yar-lviv-zelensky-et-le-massacre-nazi-a-bondi/ ]
Nadia Alexan – Abonnée 9 mars 2026 10 h 44
Bonjour monsieur Jasmin:
Il me semble que l’avertissement du président Eisenhower concernant les dangers du complexe militaro-industriel qui génère d’importants retours sur investissement pour les fabricants d’armes, transparaît implicitement dans l’excellent article de M. Nadeau paru ce matin.
Le problème réside dans notre système capitaliste, qui délaisse le pouvoir décisionnel sur ce qu’il faut produire et pour quoi à une poignée de magnats, dont le seul intérêt, est la maximisation des profits, au détriment des besoins des citoyens ordinaires. De toute évidence, il est plus lucratif pour les marchands de la mort de produire des armes que de fournir de quoi nourrir et loger le plus grand nombre de citoyens et citoyennes.
Et nos gouvernements se plient docilement à leur cupidité en investissant notre argent durement gagné dans leur piège mortel sous le prétexte fallacieux de « la création d’emplois ». Une telle logique perverse est le fruit de l’« Homo economicus » plutôt que de l’Homo sapiens ! Tant que les citoyens ordinaires seront exclus des décisions économiques, notre démocratie restera une mascarade, une démocratie au service des riches, par les riches.
On dirait que le seul but de notre existence est «le profit » !
Marino Tremblay – Abonné 9 mars 2026 07 h 02
Affronter la journée, la solitude, l’anxiété un café à la main.
Sur mon trottoir le matin, je croise souvent des humains un café à la main le regard fuyant mon regard vers le sol, leur bonjour fuyant mon bonjour et mon souhait d’une bonne journée. Le reste de la journée, je croise ces mêmes gens un écran à la main, les empêchant de croiser mon regard, une cigarette à la bouche les empêchant de répondre, un chien en laisse fuyant la solitude et l’autre humain que je suis en parlant souvent avec l’animal nommé souvent « papou ». Et si le café du matin était devenu la fuite de l’humain en nous que nous avons perdu et dont la recherche nous angoisse par la peur de ne pas le retrouver de notre vivant? Dans le pays que j’aime et qui ne sera plus un pays au dire d’un quelqu’un, le café cubain se boit sec et court, gratuit souvent pour donner l’occasion de parler avec un autre humain qui nous l’offre et de saluer sans exception les autres humains que l’on rencontre et de s’informer de l’état de leur famille. Le café du matin nous fait-il aussi oublier la mort de 165 jeunes écolières sous une bombe américaine en Iran, le génocide à Gaza et les horreurs de l’affaire Epstein et d’autres guerres en cours?
Voici le café qu’on aime.
En voulant mettre ses gros sabots en Iran, les Etats-Unis viennent de s’autopelurdebananisés. Une relecture des Habits du Roi devrait être obligatoire dans toutes les écoles de “l’empire américain”.