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Je suis APLP parce que…

"En cette époque de repli sur soi, de violence et de conflits incessants, plutôt que de publier mes états d’âmes sur les réseaux sociaux et de me cantonner dans un rôle de spectateur impuissant, je choisis de militer au sein d’Artistes pour la Paix, un regroupement qui me semble plus pertinent et nécessaire que jamais."
Sébastien Dhavernas, comédien, metteur en scène et producteur, v-p des APLP
"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
Camille Pelletier Antaya, membre du CA des APLP
"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"La paix est sacrée. C’est pour ça qu’on dit : Sacré-moi la paix !"
Yvon Deschamps, humoriste retraité
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
Dominique Boisvert, écrivain d'essais
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Kusturica sur l’Ukraine

Cinéaste, écrivain et guitariste au sein du No smoking Orchestra, groupe de rock balkanique, Kusturica fourmille de projets pour relancer la culture dans une région dévastée par la guerre et la pauvreté. Photo : Flavio Lo Scalzo/Corbis et Éric Gaillard/Reuters.

Cinéaste, écrivain et guitariste au sein du No smoking Orchestra, groupe de rock balkanique, Kusturica fourmille de projets pour relancer la culture dans une région dévastée par la guerre et la pauvreté. Photo : Flavio Lo Scalzo/Corbis et Éric Gaillard/Reuters.

Cet immense artiste multidisciplinaire vient de publier « Étranger dans le mariage »,  un roman aux Éditions JC Lattès. J’avais vu son entraînant concert  (chorégraphié, avec son groupe rock!) à Montréal au Métropolis à l’été 2013 et trois de ses extraordinaires films dont deux primés par le Festival de Cannes, en particulier le fabuleusement ludique et subversif Underground (BHL avait crié au meurtre!). Nous reproduisons plus loin ses pensées livrées dans un entretien au Magazine L’Humanité Dimanche (du 5 au 11 février 2015, pages 56 à 58).

Je n’endosse pas tous ses propos, d’autant moins que j’ai participé à la Flottille de Paix IDRIART en Croatie-Slovénie en pleine guerre civile yougoslave (reportage du Point de Radio-Canada à l’Action de Grâces 1994). La Bosnie avec laquelle nous exprimions notre solidarité entière était alors agressée par des tireurs serbo-bosniaques perchés sur les hauteurs de Sarajevo : les Artistes pour la Paix avaient alors fait une conférence de presse avec Marie-Hélène Falcon et Louisette Dussault pour endosser l’indignation salvatrice des artisans du Festival d’Avignon et pour relayer le signal d’alarme d’Ariane Mnouchkine  suite  au  massacre de Srebrenica. Hélas, Kusturica, loin de condamner ces violences racistes, les attribue rétrospectivement et commodément à un complot possible des méchants impérialistes.

À la fin des années 90, j’ai organisé au Centre Pierre-Péladeau deux récitals de mon ami pianiste Ivo Pogorelich, de mère serbe et de père croate (ses huit derniers enregistrements sur UniversalClassics/Deutsche Grammophon contiennent mes commentaires musicologiques). Il avait alors donné son cachet entier de cent mille dollars à la reconstruction d’un hôpital de maternité musulman bosniaque. C’était un pied de nez à la fois contre les militaires serbes, qui l’avaient détruit, et contre ses propres amis nationalistes croates, furieux de le voir donner son argent à une cause en dehors de son propre pays. Bref, sa générosité d’artiste pour la paix a certes contribué à sa baisse importante de popularité.

Car pour les Artistes pour la Paix, il n’y a pas de bons et de méchants : les militaristes, qu’ils soient russes, chinois, nord-coréens, canadiens ou américains sont à dénoncer. Par exemple, et nous rejoignons ici les idées de Kusturica, lorsque l’OTAN a « utilisé » des déplacements de personnes au Kosovo comme prétextes à des bombardements intensifs sur des cibles civiles de la Serbie, provoquant ainsi la séparation du Kosovo, les Artistes pour la Paix avaient protesté contre ce militarisme soutenu par une propagande médiatique intense : la désinformation des militaires de l’OTAN, relayée complaisamment par nos médias, avait alors évoqué jusqu’à cinq cent mille morts kosovars! La triste réalité est que les morts (autour de mille?) ont peut-être été supérieurs en nombre APRÈS L’AUTONOMIE DU KOSOVO lors des exactions contre les civils serbes par des gangs albanais violents (lire Noam Chomsky).

De toute façon, les prises de position des APLP, qui ne sont pas d’abord politiques, tentent d’orienter vers la paix, par exemple notre spectacle-encan de 1998 au Café-Campus de la rue Prince-Arthur, avec Isabelle Hébert, Geneviève Paris, Marie Eykel et des œuvres généreusement données par notamment Armand Vaillancourt et feue Marcelle Ferron. C’était au profit d’un organisme bosniaque d’art-thérapie au bénéfice de femmes et enfants victimes de viols (serbes et croates).

Dans le conflit ukrainien, nous avons pris position CONTRE l’implication sans aucune justification démocratique de John Baird, notre EX-MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, dans une manifestation violente à Maïdan contre le gouvernement élu ukrainien, tout en reconnaissant la corruption de ce dernier. Nous vous avons alors informés avec toutes ses nuances d’une prise de position par le syndicaliste juif et professeur à l’UQAM, Mark-David Mandel, qui passait ses étés à aider les syndicats ukrainiens : voir http://artistespourlapaix.org/?p=5667. Et on pourra lire aussi nos articles précédents sur l’Ukraine, dont Ukrainiens 1, Poutine-Harper 0, en p=4985 et en p=5250. Voici donc l’entrevue par Humanité-Dimanche de Kusturica, relayée par un membre de notre C.A., André Cloutier.

Émir Kusturica : « L’Ukraine, un remake de la Yougoslavie » Entretien réalisé par Vadim Kamenka et Michaël Mélinard. Rencontrer le cinéaste franco-serbe, c’est l’assurance d’un entretien nourri par l’actualité, les questions de géopolitique internationale et les méfaits de la mondialisation capitaliste.(…) D’ordinaire, Emir Kusturica exploite sa fibre artistique dans la musique et le cinéma : le guitariste du No Smoking Orchestra est aussi le lauréat de deux palmes d’or pour «Papa est en voyage d’affaires» et «Underground».

L’Humanité Dimanche. Pourquoi avez-vous choisi de vous exprimer par le biais de la littérature ?

EMIR KUSTURICA. J’ai compris que je pouvais être créatif en réalisant mon film «Guernica» pendant mes études à l’école de cinéma de Prague. Depuis, ma créativité n’a jamais cessé. J’ai eu la chance de me trouver. Je peux mettre en place ma vie en rapport avec mes différents projets. Depuis mes premiers films, j’ai une bonne relation avec le public. C’est probablement parce que je ne cherchais pas à communiquer mais à faire mes films. J’explore au plus profond mon histoire familiale. J’essaie d’aller vers l’obscurité. Mais cela tient d’abord à un désir. L’art est certes l’aboutissement d’une communication mais l’artiste ne communique pas avec le public mais avec son propre besoin de créer.

HD. Pour quelles raisons vos histoires sont-elles si personnelles ?

E. K. Je suis très lié au langage cinématographique du début des années 1970. Ce sont des années dorées pour le cinéma et l’art en général. Les États-Unis, qui façonnent le monde militairement et artistiquement, étaient dans les années 1970 beaucoup plus libres qu’aujourd’hui. Après le Vietnam, il y a eu beaucoup de films sur la guerre perdue des Américains. Depuis, l’expression libre est devenue une expression contrôlée. Aujourd’hui, la NSA (Agence nationale de sécurité) met sous écoute tous les citoyens américains. C’est effrayant. Dans les années 70, l’Amérique parlait du fascisme, du nazisme. Souvenez-vous de «Cabaret», le film de Bob Fosse, de «Midnight Cowboy», de «Five easy pieces». Il y avait presque une philosophie existentialiste, parlant librement de la vie, de la défaite au Vietnam, écrivant des livres. Et puis patatras, au cinéma, George Lucas a commencé à recréer l’univers, Spielberg a fait ses «ET». La conception de Ronald Reagan de divertir l’esprit, en particulier des Américains pour les éloigner d’une position critique, et de transformer les films en pur divertissement l’a emporté. Les gens qui ont continué à faire ce qu’ils voulaient ont été marginalisés, leurs films peu ou mal diffusés. Aujourd’hui, nous en subissons toujours les conséquences. En Europe, le cinéma est davantage tourné vers le cinéma d’auteur. Mais la pression économique rend les auteurs de plus en plus politiquement corrects.

HD. Que vous inspirent les événements en Ukraine ? «L’UKRAINE MARQUE UN TOURNANT. LA RUSSIE N’ACCEPTE PLUS SON ENCERCLEMENT AVEC L’ÉLARGISSEMENT CONTINU DE L’OTAN.»

E. K. La guerre humanitaire est en fait une légalisation de la guerre. Wall Street dépend de la guerre. La valeur psychologique d’une action dépend de la manière dont vous êtes agressif dans certaines parties du monde. Plusieurs guerres, de tailles réduites, se déroulent un peu partout à travers la planète. Désormais, l’option des conflits de basse intensité apparaît épuisée. Et l’Ukraine marque un tournant. La Russie n’accepte plus son encerclement avec l’élargissement continu de l’OTAN. L’idéologue américain Zbigniew Brzezinski a largement écrit sur «l’enjeu eurasien», capital à ses yeux, à savoir la maîtrise et la colonisation de la Russie et de l’espace ex-soviétique. L’Ukraine est donc une première étape vers ce démantèlement imaginé par Brzezinski.

HD. Ne vous rappelle-t-il pas ce qui s’est produit en ex-Yougoslavie ?

E. K. À Kiev, l’histoire des snipers qui ont ouvert le feu sur la place Maïdan ressemble de manière troublante aux événements de Sarajevo en 1992. Durant le siège de la ville, des tireurs isolés ont terrorisé les habitants et personne à Sarajevo ne savait d’où venaient ces snipers. Exactement comme à Kiev. On ne sait toujours pas qui a ouvert le feu sur les manifestants et les forces de l’ordre (1). Aujourd’hui, une autre vérité que celle imposée par les médias apparaît. C’est ce que tentait de décrire mon film «Underground» : une autre réalité. Il a été réalisé en 1995. La vérité sur ces deux événements, les dirigeants la connaissent. Ils en sont même parties prenantes et essaient de nous abuser en feignant d’être des imbéciles. Les grandes puissances jouent sur un échiquier où l’Ukraine et l’ex-Yougoslavie apparaissent comme des pions. Il s’agit d’une répétition d’un scénario qui s’est produit en Yougoslavie et a mené à son éclatement pour des enjeux similaires : l’extension de l’OTAN et de l’UE. La construction de l’UE est responsable des deux drames. Afin de s’agrandir et accroître son influence, elle divise les États pour imposer sa loi à de petits territoires. Pour moi, ce qui est inacceptable, c’est que les gens s’en accommodent. Heureusement, il y a des instants d’espoir. «Les États-unis et le camp atlantiste imposent leur vérité et se comportent en vainqueurs de la guerre froide.» L’arrivée au pouvoir des communistes en Grèce en fait partie. Leur victoire est historique et peut, comme en Amérique latine, porter un véritable élan. Ce phénomène se répétera dans les années qui viennent. La montée de l’extrême droite et des partis fascistes, voire nazis comme en Ukraine où ils sont au pouvoir, créera en face une résistance. Le clash est inévitable.

HD. L’hystérie de la presse à l’égard de la Russie et de Poutine vous rappelle le traitement médiatique à l’égard des Serbes durant la guerre de Yougoslavie ?

E. K. Cela a été le point de départ. En 1992, les divers acteurs ont mis en avant certains aspects pour créer une atmosphère favorisant un conflit. Ils ont ensuite légalisé une intervention au nom de l’aide humanitaire (2). Toute possibilité de paix a été écartée et la Yougoslavie a été démembrée à leur guise, laissant Slobodan Milosevic pour seul responsable. Le Kosovo est un bel exemple de leur mensonge et de leur justice aléatoire. Ils ont soutenu la séparation de cette région au nom du droit des peuples mais la refusent à la Crimée ! Les États-Unis et le camp atlantiste imposent leur vérité car ils se comportent en vainqueurs de la guerre froide. Ils estiment avoir triomphé du marxisme et tué le communisme. Tous les événements qui ont suivi la chute du mur de Berlin révèlent les fausses promesses faites à Mikhaïl Gorbatchev sur la non-extension de l’OTAN. Cela résume leur conception de la diplomatie pour assurer leur suprématie. L’extension de l’orbite euro-atlantique est impérative. Le siècle qui vient pour les États-Unis sera un tournant. L’accroissement de leur richesse et de leur influence dépend de leur domination du modèle libéral. Ce modèle qu’ils ont imposé au reste de la planète à travers la mondialisation est fondé sur la compétition, l’exploitation et les inégalités. Cette compétition, les États-Unis ne pourront plus la remporter indéfiniment avec la montée de puissances émergentes. Devant cette phase de déclin, ils trichent. Mais ils n’avaient pas prévu que l’Eurasie se dresserait contre la domination de l’euro-atlantisme. La proximité géographique compte et la Russie et la Chine finiront par coopérer.

HD. Vous critiquez beaucoup le capitalisme, pourquoi alors avoir participé à une fête à Davos ?

E. K. J’étais à Davos pour une banque russe. J’avais besoin d’argent pour payer les musiciens de mon festival de Kunstendorf. On m’a donné beaucoup d’argent, avec lequel j’ai pu financer ce festival.


(1) Le 20 février, des tireurs ouvrent le feu et tuent 30 manifestants à Kiev. Plusieurs enquêtes dévoilent que les tirs provenaient de l’hôtel Ukraina, QG de l’opposition. (2) «Intervention humanitaire», ou «droit d’ingérence humanitaire», rappelant les expéditions «civilisatrices» du XIXe, est un concept repris et développé aux États-Unis par les néoconservateurs et médiatisé en France par BHL, B. Kouchner


 

Kusturica en cinq films

1985. Papa est en voyage d’affaires. Pour son deuxième long métrage, le réalisateur, alors yougoslave, décroche sa première palme d’or, à seulement 31 ans.

1989. Le temps des gitans. Il reçoit le prix de la mise en scène à Cannes.

1993. Arizona Dream. Pour sa première expérience américaine, Emir Kusturica s’offre un casting de rêve (Johnny Depp, Jerry Lewis, Faye Dunaway) et fait voler des poissons sur une chanson d’Iggy Pop. Il est récompensé par un ours d’argent à Berlin.

1995. Underground. Il obtient sa deuxième palme d’or avec cette fresque historico- familiale de la Yougoslavie sur 50 ans, des années 1940 jusqu’à son éclatement dans les années 1990. Le film déclenche une polémique autour du caractère supposé proserbe de l’œuvre.

1998. Chat noir, chat blanc. Après avoir un temps songé à arrêter de tourner, Kusturica revient à la réalisation avec un film apaisé et décroche le lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise.

2 Commentaires

  1. Pascale Camirand Pascale Camirand
    8 février 2015    

    Me voilà qui prend encore la parole suite à la lecture d’un texte de votre blogueur favori. Vraiment merci de nous faire connaître l’opinion de ce cinéaste qui m’avait tant éblouie avec son Underground. Enfin une lecture critique de la désinformation qui envahie nos écrans, nos journaux, notre toile. Je préfère de beaucoup cette analyse.

    Quel bonheur de pouvoir lire des textes qui nous instruisent véritablement.

    Pascale Camirand

  2. Dujka Smoje Dujka Smoje
    7 avril 2015    

    Tout à fait d’accord avec la position des Artistes pour la paix.

    Quant aux propos de Kusturica,je suis très réservée et sur mes gardes. Il est plus facile de rejeter le blâme sur les influences externes pour les conflits, aussi bien en ex-Yougoslavie qu’en Ukraine, que de regarder en face ce qui a provoqué ces désastres.
    En ce qui concerne les Balkans, le virus couvait depuis longtemps au cœur du pays même; il était porté par les dirigeants politiques assoiffés de pouvoir qui ont manipulé la masse, touché aux cordes nationalistes sensibles et allumé la violence interne. L’Utopie de la Grande Serbie… Avant cela, les gens de différentes confessions et appartenances ethniques vivaient ensemble sans problème. J’en suis témoin, ainsi que ma famille, qui a vécu à Sarajevo jusqu’en 1992.

    Les implications de l’OTAN et les visées américaines ne sont que marginales et postérieures à l’éclatement de la guerre. A mon avis, leur intervention est la conséquence de l’impuissance et de l’incompréhension de la communauté internationale face à cette guerre. Incapable d’arrêter le conflit, ne saisissant pas ses origines véritables, la réaction était celle de la peur de le voir se propager bien au-delà des frontières balkaniques. Le souvenir de Sarajevo 1914 toujours vivant….

    Il est révélateur d’observer ce qui se passe actuellement à Sarajevo et sans doute à travers la Bosnie: la présence du capital, non pas occidental, mais celui des pays aux richesses pétrolières. Les mosquées couvertes d’or pullulent à travers la ville. Mais c’est un autre sujet.

    Quant à l’Ukraine, le raisonnement de Kusturica est analogue à celui concernant les Balkans. Pour y voir plus clair, cherchez à qui le conflit profite…. Qui cherche le pouvoir? Qui a la nostalgie de l’URSS et de ses satellites? Qui veut mettre la patte sur les anciennes républiques soviétiques ?

    Il est vrai que l’OTAN, l’UE et USA ont des raisons de s’inquiéter, tenant compte du passé. Rien ne dit que Moscou, après Crimée, après Ukraine, n’aurait pas des visées sur d’autres pays voisins, avec des justifications semblables. Demandez à la Lituanie, à l’Estonie comment se sentent-elles. De part et d’autre c’est la peur qui règne.

    Quant aux opinions de Kusturica, ce sont les convictions justifiant le conflit au nom de la Grande Serbie (et la nostalgie historique de Kosovo). Nombre de Serbes sont convaincus qu’on ne les comprend pas, que tous ont été contre eux. Kusturica témoigne de son expérience, de sa vision des choses, colorée par l’intense besoin d’identité nationale, d’appartenance à un pays fier de ses origines – ce qui est tout à fait légitime.
    Mais la guerre de 1992-95 a écorché cette fierté dans les yeux du monde.

    Le regard de Kusturica sur les implications internationales dans les deux cas détourne l’attention du nœud des conflits, cherchant la responsabilité ailleurs. A mon avis, il ne souhaite voir l’ensemble du paysage international qui pourrait troubler ses convictions.

    Je voudrais souligner qu’il est important de séparer les réalisations artistiques de Kusturica, admirables, de ses opinions politiques. La qualité de l’œuvre d’art ne garantit pas la lucidité politique.

    PS.
    Quant à l’expérience de Ivo Pogorelic, et de sa générosité, sans distinction de nation ou de pays, c’est la conséquence des tensions internes toujours vives sur le sol de l’ex-Yougoslavie. Pour être bien vu, il est impératif de se déclarer pour l’une ou l’autre appartenance, sinon on est considéré comme renégat. One ne peut ignorer le partage politique, être simplement yougoslave, sous peine de perdre amis, cousins, famille…

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