Evénements du mois

Activités de nos membres

Je suis APLP parce que…

"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
Camille Pelletier Antaya, membre des APLP
"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
Dominique Boisvert, écrivain d'essais
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Anne Sylvestre, 86 ans toutes ses dents, n’est plus

sylvestre_anneTémoignages français

« Anne Sylvestre nous quitte quelques semaines après Juliette Gréco et nous voici une fois de plus envahis de tristesse. Écrivant ses propres chansons avec talent et sensibilité, elle a investi des thèmes laissés dans l’ombre, posant le féminisme en textes et en chansons, affrontant les préjugés et la bêtise. A la manière de Prévert, elle sut chanter l’enfance sans jamais infantiliser. Elle fut aussi parmi les premières indépendantes du disque, mettant son travail à l’abri des pressions d’un marché peu soucieux de sa singularité. Anne Sylvestre nous laisse une œuvre monumentale par son volume et la profondeur du propos. Elle était devenue une conscience, un abri pour une génération de jeunes chanteurs et chanteuses auxquels elle prodiguait conseils et affection. Puissent sa hauteur de vue et son impertinence irriguer pour longtemps notre chanson francophone. »

Pierre Dharréville, Responsable de la commission Culture au Parti Communiste Français, député des Bouches-du-Rhône, Paris, le 1er décembre 2020.

Et pourtant, plus que les communistes, ce sont les anarchistes qui avec les artistes de tous genres (Léo Ferré, Guy Béart, Boby Lapointe, Serge Gainsbourg, Brigitte Fontaine etc.) ont vanté Anne Sylvestre, sans évidemment en faire un porte-étendard, puisqu’elle-même rejetait tous les drapeaux en pacifiste convaincue qu’elle était. Mais en cette journée des DROITS DE L’HOMME (10 décembre – ONU), accordons-lui sans contredit une place au premier rang des défenseurs du droit des femmes. Le monde apparaît bien fade après sa mort.

Véronique Mortaigne, dans Le Monde, écrit : « Sa préférence allait à « ceux qui doutent, ceux qui paniquent », en écrivant « “Là où j’ai peur, j’irai !”, cette devise m’a guidée ». Elle aimait « les dubitatifs professionnels, tous ceux qui « font voguer les incertitudes sur des flottilles de papier ». Elle aimait les adolescentes casse-pieds qui se mettent en anorak sur la plage, les nanas qui ratent les mayonnaises, ou leur maquillage. Elle aimait ceux dont la tête ressemble à des épiceries de village, avec, « sur leurs rayons, du fil, des harengs, des poires, des cornichons, des histoires, des tue-mouches, des crayons, même pas en rang d’oignons ». Anne Sylvestre, plébiscitée par son public, reçoit des récompenses, notamment, le Grand Prix international du disque de l’Académie Charles-Cros. Mais voici qu’arrive la déferlante yéyé et ses teenagers qui inventent les twists et les covers de tubes américains. Gréco et Barbara résistent, tout comme «la Brassens en jupons » – l’appellation amusait Brassens qui aimait sa poésie et la sobriété de son interprétation – fuit le procès en sorcellerie alors intenté au style rive gauche. Son nez, jugé imposant, ne fut pas refait. « Coquatrix [le patron de l’Olympia], avouait-elle dans un entretien au Monde de la musique, en 1978, me disait : “N’entrez pas sur le côté, on vous verrait de profil.” Un homme, ça a le droit d’avoir de grandes oreilles et de dire merde, et on me reproche encore de mettre de vilains mots dans mes chansons. »

En 1971, Le Nouvel Observateur publie le manifeste des 343 Françaises célèbres reconnaissant avoir avorté. En 1973, 331 médecins déclarent publiquement avoir pratiqué des avortements, crime que la loi punit sévèrement. Anne Sylvestre en écrit la chronique : « Non, tu n’as pas de nom », hymne non pas à l’avortement, mais au libre choix des femmes.

Je l’ai fait écouter chaque année à toutes mes étudiantes du cours Musique, idées et société à l’UQAM et elles en étaient émues aux larmes, tout comme moi qui dénonçais la fausse étiquette « pro-vie », puisque je n’ai jamais vu aucun militant de ce groupe en des manifestations contre les guerres ou contre les exécutions de l’Injustice américaine, multipliées présentement sous la bénédiction de Trump en fin de règne aux États-Unis…

Les Fabulettes pour enfants

« On a dit : quand Anne Sylvestre a eu moins de succès, elle s’est reclassée dans la chanson pour enfants. Faux. Ce sont deux répertoires distincts, deux activités parallèles. J’ai commencé à chanter en 1957 et, dès 1961, je me suis mise à écrire des chansons pour les enfants, par plaisir et pour ma fille. Parce que je voulais retarder la crétinisation En 1963, pour me faire plaisir, Philips avait accepté d’enregistrer un 45-tours où il y avait Veux-tu monter sur mon bateau, Hérisson. Je savais ce qui est au centre des préoccupations quotidiennes des enfants, le rôle du vélo, des nouilles… Avec les Fabulettes, j’ai pu les structurer, leur donner le goût de la liberté, du plaisir de chanter. » Les Fabulettes, c’est dix-huit volumes de chansons pour enfants, soutenues par toutes les écoles de France, dont les ventes se comptent en millions. Les Fabulettes devinrent un drame artistique personnel. Non pas qu’elle les reniait, elle les aimait, mais l’autrice-compositrice-interprète a détesté y être exclusivement identifiée, alors qu’elle avait écrit près de quatre cents chansons « adultes », dont des chefs-d’œuvre tels que Lazare et Cécile, Les Gens qui doutent, Maryvonne… Vingt-quatre albums originaux, plus de 3 000 spectacles, le tout étouffé par Chanson pour sauter à la corde

Le Québec féministe l’adorait

« Féministe, oui. C’est la seule étiquette que je ne décolle pas », affirmait-elle. Marie-Claire Séguin a beaucoup chanté Sylvestre et nul doute que la compositrice de l’hymne Du pain et des roses qui a inspiré la marche pour la justice sociale et l’égalité des femmes de 1995 menée par Françoise David, s’en est inspirée. Nous aimions Anne Sylvestre à qui Monique Giroux a rendu un bel hommage plus tôt cette semaine à Radio-Canada, en évoquant ses 600 chansons. À souligner, au moment où Lynda Lemay met en chantier onze enregistrements de onze chansons où la poésie coule doucement au gré des thèmes abordés.

Féministe, Hélène Pedneault (Artiste pour la Paix posthume 2010) s’est battue toute sa vie contre l’injustice et pour les grands combats de son temps, avec ses Chroniques délinquantes (1982-1987) dans le magazine La vie en rose. Sa lutte pour l’indépendance du Québec, marquante, fait que La Société Saint-Jean-Baptiste décerne même chaque année un prix portant son nom. Hélène Pedneault épouse aussi la cause de l’environnement, notamment en cofondant la coalition Eau Secours en 1997. Pourquoi parler d’Hélène Pedneault ? C’est qu’Anne Sylvestre écrit à sa mort prématurée le témoignage suivant aux Éditions du remue-ménage (Qui est Hélène Pedneault ? – Sylvie Dupont) :

Quand je rencontrai Hélène à Paris, grâce à Pauline, la grande Simone venait d’accorder une entrevue dont elle était encore tout illuminée. Quelques jours plus tard, elle m’interrogea pour La vie en rose et immédiatement nous tombâmes en amitié. Hélène me combla d’amies, de rencontres, de belles idées, de projets, de rires… et de téléphones. Sitôt le matin, je la trouvais sur son canapé, entourée de chats et de cafés à demi bus, sans oublier les paquets de clopes qui lui servaient d’agendas, recouverts de post-it. Hélène, chère Hélène, la découverte de Saint-Zénon, sa maison de contes de fée, sa maison de magicienne au bord du lac Saint- Sébastien, ce lac dans toutes ses saisons, dans tous ses états. (…) Lorsque qu’après avoir emprunté à Hélène les confidences de son lac et en avoir fait, avec son accord, une chanson, je lui fis parvenir en priorité l’enregistrement tout chaud. Elle me téléphona pour me dire : « Toi, ma maudite, tu as tout fait tenir en trois minutes. J’ai mon voyage. » C’était facile, Hélène, le lac et toi vous aviez fait tout le travail !

Souhaitons bon anniversaire à Martine Delvaux qui vient de gagner, avec son Le Boys’ Club, que j’avais qualifié de l’ouvrage majeur politique des dix dernières années, le Grand Prix de la Ville de Montréal. En entend-on parler ? Trop peu.

Pour finir, écoutez la version d’Anne Sylvestre d’Une sorcière comme les autres, avec Pauline Julien; y a-t-il chanson au contenu plus dense, plus intense ?

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