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Je suis APLP parce que…

"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
Camille Pelletier Antaya, membre des APLP
"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
Dominique Boisvert, écrivain d'essais
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Que ce soit loi ! – Femmes d’Argentine

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L’énergie fantastique et souriante des manifestantes « pro-choix » argentines .

Partageant l’enthousiasme si bien communiqué par Pascale Camirand sur le film Femme(s) de Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikova, j’ai apprécié sa première impression qui dénonçait non seulement ceux qui chipotent sur le féminisme comme son intellectuel, mais aussi ceux qui coupent les cheveux en quatre en stériles analyses, se privant ainsi de l’appréciation de synthèses artistiques, comme nous offre ce chef d’œuvre aussi complimenté par Josée Blanchette du Devoir.

C’est par la lutte de toute sa vie (pas seulement à la Cour Suprême) que nous devons à Ruth Bader Ginsburg tant d’avancées pour le droit des femmes, non seulement aux États-Unis, mais par ricochet au Canada et en bien d’autres pays. La maison du cinéma à Sherbrooke a été inspirée de présenter en septembre ces deux films essentiels pour comprendre les menaces patriarcales à l’émancipation de la femme, que nous devons défendre jour après jour contre les assauts patriarcaux guerriers.

Car il existe aussi un autre film qui présente une réalité de ce qu’on appelait autrefois le tiers-monde, avec des femmes très loin d’être à égalité, quoique plurielles, pourtant filmées en 2018 !

¡Que sea ley! : un film aussi intitulé Femmes d’Argentine

film_argentine_ivgCe film de Juan et Victoria Solanas documente le courage de centaines de milliers de femmes mobilisées puis massées dans les rues pour suivre sur des écrans géants les débats au Sénat remettant en question le vote des députés argentins en faveur de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Si le verdict négatif du patriarcat sénatorial est tombé à trois heures du matin le 9 août 2018 sous une pluie froide, l’énergie extraordinaire des femmes populaires n’est jamais retombée : « Aujourd’hui n’est pas une défaite, c’est un triomphe monumental » a déclaré sans se tromper le sénateur pro-choix, père du cinéaste, celui qui nous avait donné la hora de los hornos, un film qui a déterminé en grande partie l’orientation politique de gauche de ma génération.

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Une marée humaine arborant les foulards verts populaires en faveur de l’IVG en Argentine.

Car l’énergie des femmes s’est reportée sur l’élection d’un nouveau président, Alberto Fernandes, qui quoique péroniste a déclaré le 1er mars 2020 lors de la rentrée parlementaire : « Je présenterai dans les dix jours un projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse, qui autorisera l’avortement dans les premiers mois». Lors de la Journée internationale des femmes du 8 mars, les partisanes de l’IVG ont donc à nouveau envahi les rues, exhibant le foulard vert qui les identifie, avec comme mots d’ordre :

« Éducation sexuelle pour décider,
contraceptifs pour ne pas avorter,
avortement légal pour ne pas mourir
»

et « Ni una menos » contre les féminicides en Argentine, un par jour en 2020, probablement pires au Brésil, au Chili et au Mexique.

Le film documente la réalité des femmes misérables du sud qui meurent – plus de trois mille d’entre elles en trente ans selon les chiffres officiels minimisés, vu l’illégalité des avortements clandestins. La police va jusqu’à interroger les femmes se vidant de leur sang sur leur lit d’hôpital pour leur faire avouer qui les a aidées, avant de laisser les rares médecins volontaires intervenir, quand la douleur aiguë des infections et l’odeur pestilentielle d’une septicémie annonçant la mort les laissent sans voix. Mais la mort survient, celle en 2007 à 19 ans d’Ana Maria Acevedo d’un cancer, après le refus d’un hôpital de faire une chimiothérapie – et une IVG – pour préserver, en priorité sur sa propre vie, son fœtus ; et celle de Liliana Herrera, mère d’autres enfants, trop pauvre pour augmenter la famille, que les médecins ont laissée agoniser toute la nuit sans intervenir pour la punir d’avoir avorté.

L’Argentine devient le troisième pays d’Amérique latine après Cuba et l’Uruguay à donner aux femmes le droit de décider, contre l’hypocrisie des évangélistes et de l’Église catholique (même si le cinéaste filme des prêtres ouvriers dissidents). Le pays revient de loin, alors que pendant la dictature militaire de 1976 à 1983, après leur accouchement en prison, on embarquait des militantes de gauche dans des avions d’où elles étaient précipitées dans l’océan, leur bébé offert en adoption aux couples infertiles de militaires. Seules quelques grand-mères militantes avaient le courage exceptionnel alors de manifester sur la place de mai.

Notre passé à ne pas oublier

bruno_roy_journal)deriveSi nous sommes au Québec éloignés de cette réalité sordide, ma mère, qui a accouché de moi en 1949 à l’Hôpital de la Miséricorde, m’a raconté avoir été témoin de la violence des religieuses québécoises aggravant les souffrances des filles-mères métis qui leur étaient confiées, en les culpabilisant en outre de leur péché (peu importe si elles avaient été violées), pour kidnapper ensuite leurs bébés dans les institutions d’«orphelins de Duplessis». Le regretté Bruno Roy, à la fois secrétaire des Artistes pour la Paix, fondateur de la Maison des Écrivains (UNEQ) et président métis des orphelins de Duplessis au moment de sa mort, a écrit sur ces institutions des pages immortelles car vécues, survécues devrais-je écrire, transcrites en une poignante série télévisée [1] ; et sa bonté naturelle retenait surtout celle d’une religieuse qui avait nourri en secret chez ce « débile » – son statut décidé ainsi par Duplessis et les autorités religieuses de l’époque afin d’obtenir des subventions fédérales expertes en pensionnats -, son immense amour de la chanson.

Et la métis Marie-Claire Séguin, Artiste pour la Paix 1995, créa sur des paroles d’Hélène Pedneault, notre première APLP posthume, la célèbre chanson Du pain et des roses qui anima de son idéal d’équité sociale la grande marche des femmes organisée par Françoise David. Qui sait, si elle avait été accueillie par un autre sentiment que le mépris patriarcal du Premier ministre Lucien Bouchard proche des évêques et si Bernard Landry qui a suivi avec des mesures sociales avait présenté les excuses de son parti, Jean-François Lisée aurait peut-être réussi sa politique de main tendue avec Québec Solidaire…


[1] Les Orphelins de Duplessis est une mini-série historique, réalisée par Johanne Prégent et scénarisée par Jacques Savoie, d’abord diffusée les 16 et 23 mars 1997 sur Radio-Canada et rediffusée récemment à la chaîne culturelle ARTV.

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