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"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
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"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Chute d’un infâme personnage

Avec Gaëtan Dostie

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Photo Eric Thomas/AFP via Getty Images

Des politiciens conservateurs défendent la statue de MacDonald

François Legault est catégorique: « on va la restaurer, et puis la remettre en place », a-t-il tranché lundi, appuyé par la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade. Le nouveau chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, s’est indigné : « Le Canada n’existerait pas sans Sir John A. Macdonald. Nous ne construirons pas un avenir meilleur en défigurant notre passé. Démolir les statues des fondateurs de notre démocratie ne sert qu’à manquer de respect à la mémoire de ceux qui ont construit notre grand pays. Il est temps pour les politiciens d’arrêter de plier devant les activistes radicaux et de se tenir debout pour le Canada. » Sans doute que s’ils étaient nés en Russie, les « conservateurs » auraient insisté pour qu’on « conserve » les statues de Staline…

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a renchéri : « Il est injuste de permettre à des bandes de voyous de vandaliser notre histoire en toute impunité ». Il s’est de plus déclaré volontaire pour endetter encore davantage sa province en important la statue : on parle pour la restaurer d’un estimé à 400 000$, sans compter les frais de déménagement! Le chef bloquiste Yves-François Blanchet s’est moqué de l’offre du premier ministre albertain, se disant prêt à lui fournir les plumes, en le laissant ajouter le goudron pour couvrir la statue du premier premier ministre du Canada !

On se souviendra aussi de la déclaration de la ministre néolibérale du Patrimoine, Mélanie Joly, peu après son arrivée en poste en 2016 [1] : « Alors que nous nous apprêtons à souligner le 150e anniversaire de la Confédération, penchons-nous sur l’immense influence qu’a exercée sir John A. Macdonald sur la fondation de notre pays. De concert avec Cartier, son leadership a contribué à forger le nouveau concept d’un pays et d’une nation qui sont nés le 1er juillet 1867. Je vous invite à en apprendre davantage sur sa vie et sa vision d’un pays qui valorisait la diversité (sic), la démocratie (re-sic !) et la liberté (rere-sic !!) »

Notre devoir de citoyens libres et démocratiques

Il est plutôt de notre devoir de citoyens libres et démocratiques de diverses origines de rejeter cette fable des « fondements démocratiques » d’un chef d’état qui a voulu déraciner la culture ancestrale autochtone en kidnappant ses enfants pour les mettre en prisons-pensions, en leur interdisant de parler leurs langues et en faisant pendre Louis Riel, pourtant élu à la tête des métis et Indiens du Manitoba. À Victoria en Colombie-Britannique, le monument à la mémoire de MacDonald devant l’hôtel de ville avait pourtant été retiré sous décision municipale il y a deux ans. Quel scandale d’avoir laissé s’édifier ici un tel monument sur le site d’un ancien cimetière, ce qui indigne Gaëtan Dostie :

« Le monument fut édifié sur le cimetière Saint-Antoine, le plus ancien de Montréal, inauguré en 1798 et fonctionnel jusqu’en 1854. Quelque 50,000 corps y furent déposés, en grande partie enfouis dans des fosses communes où furent jetés en particulier les corps de 11 des 12 Patriotes. La décision de transférer ces sépultures en 1855 ne fut que partiellement réalisée, car la pandémie de typhus en arrêta le processus. Or, on a fait de ce lieu une arène purement politique, édifiée volontairement sur un cimetière catholique canadien-français. En soit, voilà une injure qui ne peut pas éternellement durer. Ainsi ce lieu ne sera que controverse jusqu’à ce qu’il soit transformé, en respect de celles et ceux qui ont bâti Montréal, comme les Patriotes exécutés en 1838. Il faut enlever ce monument, le renvoyer à l’Histoire, permettre des fouilles archéologiques. La portion sud dénudée, sauf ce monument douteux, doit redevenir un lieu de quiétude, de paix. Pourquoi pas un jardin de mémoire, rendu à la nature, respectueux des cendres de nos ancêtres ? Redonner de la joie, de l’espoir à cet espace qui ne peut que nous interpeller, nous émouvoir. Ainsi, le mépris n’aura duré qu’un temps ! »

La mairesse Valérie Plante qui a rebaptisé la rue Amherst veut nommer un comité pour étudier une nouvelle possibilité à laquelle semble peu encline Radio-Canada, qui a invité à débattre lundi dernier un sociologue de la Saskatchewan et un timide prof d’histoire, alors que Gilles Laporte, enseignant au Cégep du Vieux-Montréal et à l’UQAM aurait été tout à fait indiqué de par sa spécialisation de l’histoire coloniale de la fin du XIXe siècle. À la mi-juin, notre article [2] avec photo de la statue de McDonald proposait des alternatives meilleures qui, écoutées, auraient empêché le risque que nos manifestants se blessent en la déboulonnant : nous proposions alors que « les dinosaures de l’histoire » soient exposés en nos musées avec des textes explicatifs ou même des vidéos historiques reconstituant leurs méfaits, apportant ainsi un enseignement vivant de l’histoire.

Frustration médiatique puérile de Québécois

« Il ne faut pas accorder aux extrémistes de gauche le pouvoir d’imposer un débat public » écrit Mathieu Bock-Côté le 2 septembre, sans doute vexé que ce soient d’autres que des Montréalais francophones qui aient pris l’initiative du déboulonnage. Les ennemis de nos ennemis ne devraient-ils pas être nos amis ? Pas quand ils sont d’une autre race, semble opiner le chantre de Duplessis. Dans un échange candide, Richard Martineau et Gilles Proulx expriment une frustration semblable et pourtant, comme le souligne Gaëtan Dostie, le fait que les manifestants n’aient pas été des Canadiens français nous a épargné le flot d’invectives que le Canada anglais aurait déversé sur nous dans une telle éventualité! Proulx relate aussi : « Il a bien beau être le père de la Confédération, c’était un Écossais arrogant et méprisant à l’égard des nôtres», en mentionnant que McDonald avait été notamment responsable de la construction du chemin de fer qui a relié l’Est canadien et l’Ouest, déterminant ainsi bien des accaparements illégaux de territoires autochtones. Pour l’anecdote, voici un petit héritage antisyndical ignoré : pendant trois ans, pour donner mes cours hebdomadaires à l’Université Queen’s à Kingston (où se trouve la maison de McDonald qui en dit long sur l’horreur du personnage, aussi très misogyne), je m’amusais, à chaque voyage en train, de faire mine de ne pas comprendre la demande unilingue anglaise de présenter mon billet de la part d’employés ferroviaires qui devenaient furieux, tous écossais et orangistes, traditions perpétuées sans aucune justification autre que raciste !

Peut-on hisser notre regard face à cette situation locale ?

Un article américain [3] relate le nouveau combat de la sénatrice américaine Elizabeth Warren: un Noir très subalterne – dont on ne peut révéler le nom – a eu le courage de s’en prendre à une opinion exprimée dans son instance juridique par un juge très sénior, Laurence Silberman. Nommé par Reagan, ce dernier s’est opposé à « la folie d’un amendement proposé par la Sénatrice Elizabeth Warren » au National Defense Authorization Act qui autoriserait le déplacement de monuments honorant des Confédérés. Contre l’ire patriotique du juge qui n’hésite pas à parler en faveur d’un oncle confédéré, ce Noir loue habilement l’opinion de 2005 du même juge en faveur de retirer le nom J. Edgar Hoover de l’édifice du FBI à Washington (où il est toujours) mais doit lui rappeler l’évidence (niée par le juge !) que les Confédérés luttaient contre l’abolition de l’esclavage en faveur du suprémacisme blanc. L’amendement Warren a fait du chemin, puisqu’une commission se penche sur la possibilité de renommer dix bases militaires affublées de noms de Confédérés, y compris Fort Pickett, baptisé en l’honneur de la charge confédérée qui a occasionné à Gettysburg le plus grand nombre de morts dans quelque conflit que ce soit de toute l’histoire nord-américaine. On s’attend donc sans trop de drame à y déboulonner bon nombre de statues. Parfois, le Canada est même en arrière de Trump !!!


Gaëtan Dostie est poète, éditeur, vidéaste, collectionneur et producteur. Collaborateur d’Hubert Aquin et directeur du secteur poésie aux Éditions La Presse, il a aussi dirigé les Éditions PARTI PRIS de 1976 à 1984, après son emprisonnement lors de la promulgation de la loi des « Mesures de guerre » par le gouvernement Trudeau en octobre 1970. Il a participé à l’organisation de plusieurs événements littéraires et artistiques dont le célèbre Solstice de la poésie québécoise. Depuis 1956, il collectionne les imprimés littéraires, manuscrits et autres artefacts des francophones d’Amérique du Nord. Il a fondé la Médiathèque littéraire en avril 2008.


[1] https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/nouvelles/2016/01/declaration-de-la-ministre-joly-a-l-occasion-de-la-journee-sir-john-a-macdonald.html

[2] http://lautjournal.info/20200615/pourquoi-sattaquer-des-statues

[3] https://theintercept.com/2020/06/15/dc-circuit-confederate-bases-federal-judge/?utm_medium=email&utm_source=The%20Intercept%20Newsletter

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