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"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
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"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

La mission d’Ennio Morricone – 2e partie

Dans le cadre de la Semaine Laudato si’ qui marque le 5e anniversaire de publication de l’encyclique sur l’écologie intégrale du pape François, les Artistes pour la Paix sont heureux de contribuer par deux textes de Pierre Jasmin sur le compositeur italien Ennio Morricone.

novecento

Une mission d’inspiration communiste

Le film Novecento (1976) de Bernardo Bertolucci [1], d’une durée de 5 heures 16 minutes, débute par une recréation saisissante de la fresque exposée au Museo del Novecento de Milan, Il Quarto Stato de Giuseppe Pellizza da Volpedo. Ce Quart État [2] réalisé en 1901, aussi intitulé Les opprimés en marche, est décrit ainsi par l’Institut d’art italien de Paris :

« Un chef-d’œuvre de la peinture italienne moderne, devenu une véritable icône de     la représentation d’un peuple en marche contre l’oppression. Le titre, faisant écho à   l’expression « tiers état», désigne la classe ouvrière, la révolte collective des   travailleurs, des exploités. Impressionnante par sa taille, l’œuvre est l’aboutissement d’une longue recherche stylistique commencée en 1892 à travers plusieurs dessins préparatoires dont les titres témoignent du cheminement de l’artiste : Les Ambassadeurs de la faim, La Grève, Le Fleuve en crue, Le Chemin des travailleurs. Encore aujourd’hui, à la vue de l’œuvre, tout spectateur est frappé et ébloui par la force qu’elle dégage. »

Dans sa musique, Ennio Morricone a cherché à reproduire la progression de la marche, outil de toute protestation soit pour la paix, soit pour le progrès de la révolution communiste ouvrière, en la débutant réalistement et paradoxalement par l’individualisme d’un solo de cor anglais, auquel se joignent peu à peu divers instruments, jusqu’à ce que tout un orchestre symphonique et un chœur expriment la force du peuple solidaire en marche.

La foi chrétienne forgée de sacrifices censés être récompensés par la vie éternelle du paradis fait place à une mission communiste misant sur la marche de l’histoire. Mais elle se heurte au fascisme violent personnifié dans 1900 par Donald Sutherland [3] qui jouera un rôle similaire dans la série de films américains Hunger Games [4].

Une question se pose

Quelle est la voie empruntée par Ennio Morricone dans les films suivants ?

1- Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri 1970 offre une musique parodique explorant, avec une justesse psychologique hallucinante, l’âme noire d’un chef de brigade criminelle (joué par Gian Maria Volonté) qui, après avoir tué sa maîtresse qui le trompe avec un jeune étudiant anarchiste, laisse de grossiers indices pouvant l’accuser et conduit une enquête biaisée où aucun policier ne veut voir la vérité.

2- Il était une fois la révolution de 1972 (date de la mort de Hoover !) montre une révolution portée par une amitié improbable entre un révolutionnaire irlandais éduqué et un père de famille mexicain illettré au grand cœur, triomphants au prix de leurs vies d’un fascisme militaire dévastateur : ce film de Leone fut avili aux USA par le titre Duck you sucker.

3- Comme l’orchestration du film Mission 1986 fut plus réussie que celle de Novecento, est-ce un indice seulement de maturation ou d’un attachement plus amoureux à son sujet ?

4- Les incorruptibles (1987) de Brian de Palma montre une solidarité agissante autour d’Elliott Ness avec un policier personnifié par Sean Connery (qui recevra un Oscar) face à Al Capone (Robert de Niro); la musique rythmique commente les actions des méchants.

5- Il était une fois en Amérique de 1990, toute dernière collaboration Leone/Morricone, montre l’amitié entre deux prolétaires, détruite par la jalousie et la trahison de l’argent (de même, la trilogie du Parrain de Coppola 1972, 1974 et 1990 montre la famille Corleone détruite par la recherche ambitieuse de la puissance d’argent).

N’est-ce pas la raison pour laquelle Morricone déteste le matérialisme des États-Unis dont il s’est toujours tenu éloigné, à l’exception de l’Oscar reçu pour l’ensemble de son œuvre en 2007 et celui finalement obtenu à sa sixième ( !) nomination à l’âge de 87 ans pour une de ses plus médiocres créations, les huit salopards de Quentin Tarentino ?

Amour et anarchie

Dans un premier article, j’ai relaté avoir vu les deux premiers films de Leone/Morricone (il ne faut jamais parler de westerns-spaghetti à Morricone que l’expression met en colère) dans le cinéma défraîchi le Verdi, sans mentionner que ce cinéma populaire, animé par Roland Smith, avait été le seul à Montréal à oser présenter La hora de los hornos [5] de Fernando Solanas, ouvrant nos yeux nord-américains sur la férocité des luttes révolutionnaires en Amérique du Sud écrasées par des militaires sans foi ni loi.

morricone_3Morricone va trouver ses mélodies les plus accrocheuses lorsqu’inspiré par l’idéal nostalgique du Cinéma Paradiso 1988 du sicilien Giuseppe Tornatore ou par Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l’Ouest ou enfin par l’idéal anarchiste de Sacco et Vanzetti 1971 ; il est l’auteur de sa bande sonore incluant la chanson immortalisée par Joan Baez [6] Here’s to you, inspirée par la conscience missionnaire de Bartolomeo Vanzetti s’adressant au juge Thayer avant de mourir sur l’échafaud pour un crime qu’il n’a pas commis :

« Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »

Encore une question

Les succès des Coppola, Leone, Morricone et Sutherland les ont-ils éloignés de l’idéal socialiste ? La désunion de la gauche, la violence des révolutions ou la corruption des partis démocrates par la mafia les ont-ils rebutés ? Chacun répondra à cette question que personne n’a songé à leur poser sans hélas avoir en tête une réponse préconçue orientant les réponses. L’artiste connaît-il vraiment les motivations politiques profondes à l’origine de son œuvre, surtout quand cette œuvre est aussi complexe et réussie que celle d’Ennio Morricone ?


[1] Cet immense cinéaste à la production foisonnante (néanmoins objet de critique dans la première partie) était un des artisans du scénario du chef d’œuvre de Leone, Il était une fois dans l’Ouest.

[2] Cette appellation faisant allusion au Tiers-état de la Révolution française, j’aime la relier à l’organisme appelé Aide à toute détresse Quart-Monde, créé en 1957 par le père Joseph Wresinski pour venir en aide aux plus pauvres d’entre les pauvres, où j’ai rencontré pour la première fois le pianiste argentin Miguel Angel Estrella, sublime créateur de Musique-Espérance.

[3] Habitant Georgeville à 6 kms de chez moi, M. Sutherland, qui m’a avoué son admiration pour le co-fondateur des Artistes pour la Paix Jean-Louis Roux, avait épousé en secondes noces Shirley Douglas, fille de Tommy Douglas, premier ministre socialiste de la province de Saskatchewan et père de la première assurance-santé universelle d’Amérique. Shirley vient de mourir en avril; elle a tourné avec des réalisateurs comme Stanley Kubrick et David Cronenberg et milité pour diverses causes, telles que la défense du système de santé public canadien, le mouvement des droits civiques et les Black Panthers aux États-Unis, dont elle réfutait le caractère violent par l’argument que leur possession d’armes à feu se justifiait en défense des agressions injustes subies aux mains du FBI du raciste J. Edgar Hoover : mais qui manie l’épée périt par l’épée…

[4] Trilogie livresque de Suzanne Collins adaptée au cinéma en quatre films car son troisième livre intitulé la révolte fut scindé en deux films appelés mockingjay. Le but, à mon avis, était d’atténuer chez les fans (parmi lesquels ma fille) le désir de révolte devenu trop grand en Amérique, suite à la si convaincante interprétation de Katniss Everdeen par Jennifer Lawrence.

[5] Film argentin intitulé en français L’heure des brasiers dont la première eut lieu en 1968 au Venezuela : on y voit pendant de longues minutes insoutenables le cadavre étendu sur une table de Che Guevara, Solanas contribuant ainsi au mythe christique d’un martyre pour la liberté des peuples.

[6] Le père de Joan Baez a obtenu son doctorat de physique à l’Université de Stanford. Co-inventeur du microscope à rayons X, auteur d’un manuel de physique utilisé aux États-Unis, il refusa de travailler au « projet Manhattan » pour construire la bombe atomique à Los Alamos (voir Pugwash et Rotblat sur lesquels j’ai beaucoup écrit). Il refusera également tout travail dans l’industrie de la Défense pendant la guerre froide et ces décisions auront une influence profonde sur l’antimilitarisme de sa fille Joan, en particulier pendant la guerre américaine au Vietnam.

 

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