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Activités de nos membres

Je suis APLP parce que…

"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
Camille Pelletier Antaya, membre des APLP
"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"La paix est sacrée. C’est pour ça qu’on dit : Sacré-moi la paix !"
Yvon Deschamps, humoriste retraité
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
Dominique Boisvert, écrivain d'essais
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Trois César 2020 attribués à UNE OEUVRE de Polanski

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Avant la cérémonie des César, des manifestantEs s’approchent de la salle Pleyel à Paris, en criant « Enfermez Polanski ! » Photo Lucas Barioulet AFP

Polémique qui vomit les nuances

Les lecteurs de notre site web des Artistes pour la Paix, en particulier des trois dernières prises de position de notre vice-présidente Izabella Marengo avec qui je collabore, savent notre attachement au mouvement #MeToo et à l’affirmation féministe, sœur inséparable du mouvement pacifiste anticolonialiste : aux côtés de Greta Thunberg, du GIEC-ONU et des femmes autochtones d’Idle no More, nous sommes au premier rang de la contestation contre les agressions climatiques et les viols de territoires perpétrés par le machisme pétrolier-nucléaire-militaire, représenté par le boys’ club [1] des Trump, Erdogan, Netanyahou, Assad, Duterte, Orban, Berlusconi, Kim, Xi, Poutine et… Jason Kenney.

Une des toutes premières manifestations antimilitaristes à l’orée du XXe siècle, J’accuse…! d’Émile Zola, n’avait pas hésité à adresser des reproches publics au président de la République française. En s’appuyant sur des faits incontestables prouvant l’innocence de Dreyfus envoyé au bagne sous la fausse accusation de traîtrise au profit de l’Allemagne, l’écrivain engagé accusa avec raison les ministres de guerre et l’état-major d’avoir, pour protéger la réputation de l’armée, détruit celle d’une brebis juive expiatoire, afin de couvrir la vérité honteuse de la culpabilité d’un plus haut-gradé.

Ceux familiers avec nos écrits depuis 35 ans comprennent à quel point ce thème d’écrasement de minorités par les puissants nous tient à cœur ; The Ghostwriter de Polanski avait dénoncé avec courage les manœuvres scélérates d’un Premier ministre britannique protégé par la haute société et les services secrets, chez qui tout le monde a reconnu les traits détestables du pseudo travailliste et néo-libéral Tony Blair. Et son génial Chinatown avait dénoncé entre autres et avant les autres les crimes écologiques par les puissants.

Me voici donc dans l’obligation d’être conséquent et de marquer ma solidarité avec les artisans du film J’accuse : autant qu’on puisse en juger au Québec, le prix de la réalisation (NON PAS LE PRIX DU RÉALISATEUR !), ceux du scénario adapté (Robert Harris) et des costumes (Pascaline Chavanne) semblent mérités, si on se permet de passer outre l’interdiction radicale de Virginie Despentes en séparant l’œuvre du créateur; notons que cette séparation m’est personnellement interdite comme pianiste – comme aux acteurs et actrices -, car l’exercice de nos arts mineurs d’interprètes ne peut jamais dissocier le vécu de nos personnes de nos activités artistiques : au moindre péché, les spectateurs bouderaient les salles où on se produit ! Personne de sensé ne cherche à disculper Polanski en l’associant à la droiture de Dreyfus, ni même à celle marquée d’antisémitisme et de militarisme obtus, du lieutenant-colonel Marie-Georges Picquart.

Va-t-on s’empêcher d’écouter les madrigaux de Gesualdo parce qu’il a tué son épouse ? Va-t-on se mettre à démolir des ponts et des édifices sous prétexte que l’architecte ou l’ingénieur qui les a construits s’est rendu coupable de crimes odieux, une forme de fétichisme qui nous ramènerait à l’époque des sorcières ? Serai-je accusé de complicité avec un criminel (lui-même victime à l’âge de dix ans de l’occupation nazie du ghetto de Cracovie, sans compter le traumatisme de la mort horrible de son épouse Sharon Tate), si je lui accorde l’infime mérite de ne pas s’être rendu à la cérémonie des César, permettant ainsi la dissociation de son œuvre avec les viols allégués qu’il aurait perpétrés ? Les réseaux sociaux ont beau moquer sa peur du lynchage (qu’ils lui feraient volontiers subir), accordons plutôt notre confiance en LA JUSTICE, vu la ténacité, la compétence et l’objectivité de nouvelles avocates et juges ouvertes au féminisme qui émergent en France.

Tout en affirmant ma solidarité avec l’œuvre, je veux me dissocier complètement avec un sentiment de dégoût, du réalisateur pédophile et même d’Éric Zemmour, de Pascal Bruckner et de l’acteur Lambert Wilson, qui accusent bêtement de terrorisme politiquement correct alimenté par un cirque médiatique les femmes blessées. Me permettra-t-on en retour d’affirmer ma solidarité humaine avec l’actrice Adèle Haenel, nominée « meilleure actrice » dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, avec l’écrivaine Leïla Slimani et avec les associations Osez le féminisme et Fières qui ont émergé suite à la sordide affaire DSK ? Rachel Chagnon, de l’Institut de recherches et d’études féministes à l’UQAM, observe combien la société française est en retard par rapport à la nôtre qui a écarté de leurs fonctions Gilbert Rozon et Éric Salvail, alors que la France commence à peine à dénoncer les gestes machistes abuseurs (toute la panoplie depuis Luc Besson, en passant par le photographe David Hamilton jusqu’à Harry Weinstein) et à trouver les liens réconfortants de solidarité LGBTQ permettant l’évolution vers l’égalité des genres, que refusent encore l’immense majorité de conseils d’administrations d’entreprises économiques et associations, même d’artistes !

Les César

Parlons de ces dernières. Qu’en est-il de la démocratie quand un mois après le rachat des Cahiers du cinéma par de riches producteurs de films et hommes d’affaires, l’ensemble de la rédaction a démissionné collectivement de la revue ? Quand l’organisation des César, dirigée jusqu’à vendredi dernier par un macho dictatorial, voit son équipe sabordée ? A-t-on vraiment tourné la page à une aire aux relents délétères, telle que l’a pourfendue la brillante animatrice de la soirée, l’humoriste Florence Foresti, selon le compte-rendu qu’en a fait le 29 février François Lévesque du DEVOIR ? En voici de juteux extraits :

Bonsoir Mesdemoiselles, Mesdames. Et Messieurs, s’il en reste. Ils ont peut-être un bracelet électronique ?

Il paraît qu’il y a de gros prédateurs… non, producteurs, dans la salle. Pour la photo finale, faites-la de face et de profil : ça peut toujours servir.

On a les films Grâce à Dieu, sur la pédophilie dans l’Église, et J’accuse, sur la        pédophilie dans les années 1970.

Bon, qu’est-ce qu’on fait au sujet de Atchoum [un des sept nains de Blanche-Neige, l’animatrice s’interdisant de nommer Polanski, aussi de petite taille ; elle a évidemment épargné la toute petite et néanmoins si grande Agnès Varda qui a reçu un touchant hommage posthume] ? Parce qu’y a douze moments où on va avoir un souci [J’accuse a reçu 12 nominations]. Faites pas comme lui, faites pas les innocents. Moi, j’ai décidé qu’Atchoum n’était pas assez grand pour faire de l’ombre au cinéma français.

La belle époque, c’est l’histoire d’un homme qui retourne inlassablement dans le passé revivre sa rencontre avec sa femme. Lui, il reste à l’âge qu’il a, mais sa femme – c’est pas la vraie – c’est une qui a trente ans de moins.

Tout à fait d’accord avec ces saillies d’esprit vif, y compris celle aiguisée à l’encontre du dernier film à la réputation surfaite, je tiens à féliciter Foresti (à qui on a reproché son cachet : l’aurait-on fait pour un homme ?) et l’équipe des César pour ses douze nominations pour J’accuse, ainsi que pour les judicieuses récompenses accordées :

– à « la meilleure actrice » Anaïs Demoustier dont la subtilité de jeu est mise en valeur par le toujours excellent Fabrice Luchini dans Alice et le maire. Son réalisateur Nicolas Pariser nous a fait grâce de ne pas avoir foulé les pas mille fois parcourus dans les films français d’une relation équivoque entre le monsieur sexagénaire et la moins que trentenaire ;

– au très fort Grâce à Dieu de François Ozon, qui a poursuivi efficacement la démolition de la bourgeoisie conservatrice de Lyon du film précédent, en dénonçant ses compromissions avec la pédophilie. Swan Arlaud, sacré meilleur acteur pour son second rôle, a dit : « On a essayé deux fois d’empêcher la sortie de ce film. Si le cinéma a encore ce pouvoir-là de faire trembler, alors on peut être fiers. » Avertissement aux rapaces (l’expression est de René Derouin !) : l’art engagé ne les lâchera plus ;

– à l’étourdissant, voire traumatisant film Les Misérables de Ladj Ly ayant remporté les prix du meilleur long métrage et du public, et s’étant distingué dans les catégories du montage (Flora Volpelière) et du meilleur espoir masculin (Alexis Manenti). Ému, le réalisateur Ladj Ly a déclaré : « Nous vivons dans un pays blessé, il est temps de s’unir. Le seul ennemi, ce n’est pas l’autre, c’est la misère. » Le réalisateur au passé pénal de ce film d’hommes semble aussi conscient de la misère sexuelle masculine, des pouvoirs policiers comme des plèbes violentes. Pardonnez cette explication freudienne simpliste des maux de nos sociétés, certes aggravés par le racisme, sujet incontournable du film.

– enfin, au « meilleur premier film » pour Papicha de Monia Médour avec son actrice sacrée meilleur espoir féminin, Lyna Khoudri. Comme je l’ai écrit, voici un « conte autobiographique » à message, qui tout au long crie pour l’égalité des femmes dans une culture mortifère héritée du passé colonial et encombrée de tabous religieux islamiques.

Laissons à la présidente des César, l’actrice Sandrine Kiberlain, sa sage conclusion en dernier mot : « C’est la dernière cérémonie d’une époque et la première du début d’une autre. Je crois aux vertus de la crise. J’ai confiance. »

P.S. Un collègue progressiste de l’UQAM, André Breton, m’écrit : nous avons vu le film, fin novembre à Bordeaux : excellent, et surtout, très important film sur le racisme social et politique ! Je suis désolé qu’on prive les Québécoises et les Québécois d’un morceau d’histoire française… universelle.

NDLR  Sauf erreur, il semble qu’au Québec, seul un distributeur de films ait décidé de ne pas acheter J’accuse, mais aussi que certains propriétaires de salles de répertoire aient l’intension de projeter le film s’il est disponible. La polémique semble relever plus de l’acharnement médiatique que de l’opprobe propulaire…


[1] À lire, cette enquête minutieuse sur la forteresse des hommes blancs puissants, par Martine Delvaux, professeure à l’UQAM, paru à l’automne aux éditions du Remue-Ménage.

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25 novembre 2019 : Lettre à l'Honorable F.-P. Champagne.
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