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"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
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"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
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"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
Dominique Boisvert, écrivain d'essais
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Antigone, fière hors-la-loi

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Nahéma Ricci-Sahabi est Antigone

Immortel Sophocle et ses adaptations

Dans la pièce originale de Sophocle, face aux implacables lois royales, se dresse une jeune fille qui justifie son opposition au roi par son amour fraternel : « je ne suis pas faite pour vivre avec ta haine, mais pour être avec ceux que j’aime », y compris avec son frère délinquant Polynice, décrété ennemi de la cité. Comme les vendeurs de pétrole à l’égard de Laure Waridel [i], de Greta Thunberg et de futures adeptes de la désobéissance civile face aux gouvernements qui agressent notre planète, le roi disqualifie Antigone : « ce n’est pas une femme qui fera la loi ». Première manifestation occidentale de féminisme il y a deux mille cinq cents, la pièce deviendra un mythe et le rôle d’Antigone sera porté à l’écran par de dramatiques actrices telles notre fabuleuse Geneviève Bujold et l’héroïne grecque de tant de films – dont Z de Costa-Gavras-, la grande Irène Pappas.

La toute jeune Nahéma Ricci s’illustre par une candeur correspondant aux vœux de Bertold Brecht qui cherchait à mettre en scène au théâtre « non pas une héroïne au courage extraordinaire, mais une femme ordinaire que les circonstances et le milieu vont pousser à résister, malheureusement trop tard et vainement, au pouvoir. » La version de Brecht date de 1948, l’année charnière qui décidera l’auteur à rejoindre l’Allemagne de l’Est, par solidarité avec le mouvement ouvrier…

Le film québécois surgit avec une formidable résonnance contemporaine, au lendemain d’un mouvement collectif qui a solidarisé la société québécoise avec de jeunes immigrés en pleurs, meurtris par les lois arbitraires du ministre Jolin-Barrette. En invoquant « les raisons du cœur », ces malheureux aux conditions socio-économiques précaires ont réussi à annuler les lois de l’état en suscitant une mobilisation sans précédent : elle a uni cette semaine des acteurs aussi dissemblables que Québec Solidaire, le Parti Libéral, le Conseil du Patronat et le Parti Québécois dont le chef intérimaire a bien résumé l’enjeu : « la mobilisation a permis de faire changer d’idée le gouvernement et de suspendre le programme controversé, pour le bien de l’avenir des Cégeps et universités, du monde du travail et de la vitalité des régions ».

Antigone à Montréal-Nord et… à Los Angeles ?

Le brillant scénario de Sophie Deraspe repose en outre sur le rappel des épreuves de la famille Villanueva à Montréal-Nord : Fredy fut tué et son frère Dany menacé d’extradition, en dépit des pleurs de sa mère et de sa sœur désespérées. Le passé délinquant de Dany a rendu plus difficile la mobilisation menée par les courageux artistes Will Prosper (Montréal-Nord Républik) et Ricardo Lamour, membre du collectif de soutien à la famille Villanueva; ce dernier avait en 2018 interpellé les autorités municipales hésitant à saluer le dixième anniversaire du triste événement : « On tente d’effacer la mémoire de Fredy Villanueva, d’effacer la charge de ce souvenir, d’occulter le fait que la mort du jeune Villanueva a généré des retombées multiples et significatives sur la société québécoise, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui », et il a fourni en preuves le rapport du coroner André Perreault, la création du Bureau des enquêtes indépendantes, les consultations publiques sur le profilage racial, etc. Notons qu’au moment de cette sortie peu médiatisée, on n’avait pas encore pris connaissance des récentes statistiques effarantes, révélant au sein des forces policières de tenaces préjugés racistes envers « peaux rouges » et autres non-blancs.

Mais le film expose avec clarté, sans excès d’effets racoleurs pathétiques ni de militantisme vertueux, la logique vengeresse judiciaire et policière, souvent dénuée d’humanité et d’émotion; y contribuent une prestation maîtrisée de l’acteur de la série télévisée l’Heure bleue, Benoît Gouin et le doux contre-emploi de l’actrice d’Unité 9, Kathleen Fortin.

C’est avec 91 autres longs métrages que le film québécois se retrouve en compétition pour l’obtention de l’Oscar du meilleur film étranger à Los Angeles. On critique suffisamment l’élitisme de comités non élus, pour ne pas dire bravo pour ce choix effectué par un comité pancanadien composé de vingt-six personnes représentant les principaux organismes gouvernementaux et associations de l’industrie cinématographique nationale : Antigone a été à bon droit sélectionné parmi 16 films canadiens. L’obtention du prix du meilleur film canadien au 44e Festival International du Film de Toronto ne lui avait certes pas nui.

Un chef d’œuvre cinématographique

Deux raisons principales pour parler de chef d’œuvre : le travail unitaire de la réalisatrice Sophie Deraspe, avec pour sa fonction de scénariste, une relecture de l’écrivaine Monique Proulx. Deraspe est de plus responsable du montage serré qui enchaîne les faits locaux et les rares tournages à l’étranger (dans un pays qui pourrait être le Maghreb, le Liban ou la Syrie). Sa rigueur force notre attention soutenue, grâce à sa maîtrise des flashbacks : le film Incendies, d’après le roman de Wajdi Mouawad inspiré des tragédies grecques, lui a sans doute tracé la voie. Enfin, son choix d’acteurs fut impeccable, par exemple Antoine Desrochers en jeune amoureux d’abord auto-exclus de l’intensité familiale si bien représentée par la grand-mère plus vraie que nature, Rachida Oussaada.

La deuxième raison tient à l’actrice principale d’origine franco-tunisienne Nahéma Ricci-Sahabi. On manque de qualificatifs pour dire notre admiration d’une performance qui allie tour à tour la fluidité de sa démarche gracieuse (car la comédienne a aussi étudié la danse à Berlin), sa retenue immobile, bouche bée, sa rage désespérée, lorsqu’elle s’impose, par des cris aigus et le déchaînement gestuel désordonné de sa révolte. La panoplie impressionnante de ses états d’âme exigée par le scénario, allant de fervente amoureuse à digne rempart solidaire rationnel contre l’injustice chez les codétenues, rencontre toujours chez Nahéma une souveraine justesse d’interprétation, telle qu’on ne peut que l’identifier pleinement à son personnage, aussi grand soit-il : mon fils de dix-neuf ans en a été naturellement bouleversé (ou était-ce de voir pleurer son père au long de la projection) ?

Enfin, rendons grâce au génie créatif de Sophie Deraspe, si ouverte et connectée à la jeunesse, qu’elle a assimilé le mythique chœur grec à la hargne des réseaux sociaux et à la solidarité de manifestants épousant la cause de la rebelle.

Il est aisé de prédire que cette œuvre deviendra un film-culte pour la jeunesse !


[i] Laure a lancé mercredi devant plus de trois cents personnes au Centre Phi son dernier opus la transition, c’est maintenant (soustitré choisir aujourd’hui ce que sera demain) en 375 pages chez Écosociété.

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