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"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
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"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"La paix est sacrée. C’est pour ça qu’on dit : Sacré-moi la paix !"
Yvon Deschamps, humoriste retraité
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
Dominique Boisvert, écrivain d'essais
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Ce qu’il reste de nous

Les journaux nous apprennent que la grève étudiante – un mouvement social d’ampleur historique s’il en est – coûtera plus cher cette année que les revenus générés par la hausse des frais de scolarité. Voici qui confirme ce que mon collègue Maxime Ouellet et moi-même disions en octobre dans notre ouvrage Université Inc. : cette hausse n’a rien à voir avec un quelconque manque de ressources dans les universités, et tout à voir avec un projet politique qui vise à modifier en profondeur le rapport entre les individus, les institutions et le savoir. Voilà qui devrait inquiéter quiconque se préoccupe encore de la culture…

Nous parlons si souvent de débat de chiffres et d’argent que nous en sommes pratiquement arrivés à oublier le débat de fond. Même la question de « l’accès » à l’éducation, même l’instauration de la gratuité scolaire (une sapré bonne idée !) ne dispose pas de l’enjeu fondamental. Je veux parler de l’éducation et de son contenu : le savoir, la culture. C’est ce contenu qui est le plus menacé par les transformations actuelles. Pourtant, nous en parlons très peu.

Transmettre de manière critique le patrimoine des connaissances humaines : voilà ce que serait l’Université si l’on en croit son idéal, tel qu’il a été articulé par Wilhem von Humboldt. L’acte d’apprendre, nous dit-il, n’est pas un acte individuel, mais un acte collectif : chaque étudiant-e supplée aux faiblesses de l’autre, mais surtout, puisque chacun n’arrive qu’à incarner une petite part du tout de la connaissance, ce n’est que collectivement qu’ils arrivent à approcher l’universel. Universitas magistrorum et scolasticum : l’entente entre la corporation des maîtres et élèves pour la transmission du savoir, cette humanité logée hors de nous et que nous devons conquérir pour devenir de véritables sujets. Nous en sommes aujourd’hui bien loin.

Pour les gouvernements, l’école ne sert qu’à une chose : trouver des moyens inventifs de stimuler la relance de la croissance du capital. C’est pourquoi on ne forme plus les étudiant-e-s suivant un corpus commun. On cherche plutôt à développer chez le « capital humain » (on en est presque à dire : le bétail) des attitudes de flexibilité et d’adaptabilité aux impératifs des marchés que l’on a le culot d’appeler « créativité ». La polyvalence a l’emploi est, dans les faits, bien peu créative : elle signifie surtout une attitude de mobilisation de tous les instants, de docilité et d’impuissance devant les fluctuations des bourses. Former des têtes vides en concurrence, des gens sans attache qui ont le flair de se re-vendre à chaque instant au bon maître. « L’art de réduire des têtes », disait Dany-Robert Dufour…

Alors les universités ne sont guère plus que des gymnases où l’on s’entraîne avant d’entrer tête baissée dans la guerre économique, ou encore des boîtes à idées pour parfaire les machines et les procédés techniques qui servent l’accumulation de la valeur. Et les client-e-s font la file, socialisés qu’ils sont à ne désirer rien d’autre qu’une formation instrumentale en vue de faire un plus gros salaire plus tard, quitte à aliéner toute liberté en s’endettant à mort. Alors la boucle est bouclée, et plus personne, ni les étudiant-e-s, ni les profs, ni les employeurs ne désirent autre chose que cette vacuité. Et au passage, l’éducation, détruite comme fin en soi, détruite dans son contenu, est devenue un moyen, une forme vide, qui tire maintenant son contenu d’ailleurs : du système économique, lequel dévore du reste ce qu’il reste du « monde vécu ».

Si le système économique capitaliste dévore le monde, c’est qu’il interdit a priori de poser la question de la valeur intrinsèque des choses. Pour lui, tout ce qui se vend a une valeur, et tout se vaut du moment qu’on peut le vendre. Il ne tient donc pas compte de la valeur que les choses ont pour elles-mêmes (par exemple, le respect de la nature, de la vie, etc.) ; pire encore, il ne tient pas compte, sauf par opportunisme de marketing, de ce que telle ou telle culture a placé au sommet de sa hiérarchie de valeurs. MacDo sert des « shoguns » et des « samurai » burger en Asie, la belle affaire… Le plus petit dénominateur commun de la valeur d’échange ramène tout à lui, et expulse la valeur culturelle et naturelle des choses hors du débat. Cette corruption de la société se reflète dans l’université, à qui on ne demande plus que d’enseigner ce formalisme exsangue. Apprenez-nous à tout compter, mais ne nous apprenez rien de ce qui compte. Voilà la direction. Et voilà pourquoi les étudiant-e-s ont raison d’être intraitables contre la hausse des frais de scolarité : comme disait Lelièvre : « c’est maintenant qu’on joue ce qu’il reste de nous ».

Par Eric Martin
Professeur de philosophie
 

1 Commentaire

  1. Diane Letendre Diane Letendre
    25 mai 2012    

    Tout à fait juste et clair. Les chargé(e)s de cours et les profs aussi se font traiter comme du bétail dans ces boîtes du savoir pré-fabriqué. Les universités gèrent maintenant comme des vendeurs de diplômes. Efficacité et rentabilité!
    Et les étudiants sont appelés allègrement et sans nuance, « clients ». Avant, ça se disait, maintenant ça s’écrit. Triste, triste les universités. Seuls les administrateurs semblent y trouver leur compte ($$$)!
    Comme chargée de cours, je ne fais qu’essayer de survivre à cette situation qui s’est dégradée dans les dix dernières années.
    La société est à repenser. Et votre livre que je vais me procurer est un de ces points de départ nécessaire à une révolution de l’humain, espérons-le. Un grand philosophe comme Krishnamurti, refusé à l’université à son époque, écrivait souvent et disait dans ses conférences: « Dieu merci, je ne suis pas allé à l’université ». À la lecture de ses précieux livres dont le merveilleux « De l’éducation » publié en 1956, on peut apprécier l’intelligence profonde d’un homme resté lucide, humain, indigné et inquiet du monde dans lequel il a vécu. Les diplômes ne créent pas l’intelligence, parfois même ils la tuent.
    J’ai hâte de lire votre ouvrage pour me trouver quelques nouveaux alliés dans ce monde où la bêtise et la pensée utilitaire m’étouffent.
    Diane Letendre
    « L’enseignement véritable est celui qui éveille l’intelligence et préside à l’épanouissement d’une vie intégrée. C’est le seul qui puisse créer une nouvelle culture et un monde paisible. » Krishnamurti, De l’éducation, 1956.

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