Un Québec désarmant versus le Canada conservateur
2026/01/19 | par Les Artistes pour la paix (l’Aut’journal a choisi une autre photo)
https://www.lautjournal.info/20260119/un-quebec-desarmant-versus-le-canada-conservateur
Si Ottawa espère récupérer 152 000 armes à feu prohibées par l’opération du Programme canadien de rachat d’armes d’assaut annoncé par le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, il ne peut compter que sur le Québec, représenté à Ottawa par la secrétaire d’État à la Nature, Nathalie Provost, une survivante du féminicide à l’École polytechnique de Montréal de 1989, et notre alliée depuis lors au sein de PolySeSouvient.
Si les villes de Winnipeg, d’Halifax et du Cap-Breton ont signé des ententes avec Ottawa, il est à remarquer que des provinces comme l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba refusent catégoriquement de participer au programme de rachat. En Ontario, la Police provinciale (PPO) n’y participera pas, tandis que le député conservateur Pierre Paul-Hus veut annuler ce programme, selon lui, « un gaspillage d’argent ».
La Gendarmerie royale du Canada (GRC) déploiera des unités mobiles de collecte afin de permettre aux citoyens qui le souhaitent de se départir de leurs armes prohibées qui deviendront illégales et passibles de poursuite à l’automne, à moins de les faire désactiver par un armurier agréé.
Pour aider à résoudre le problème soulevé par le NPD des autochtones désirant conserver leur liberté de chasse (même si cela ne devrait pas concerner des armes d’assaut : on ne chasse pas avec des mitraillettes!), soulignons l’engagement appréciable d’Ian Lafrenière, Ministre de la Sécurité publique et Ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit. Il a engagé la Sûreté du Québec (SQ) pour coordonner les opérations à l’échelle provinciale, avec la possibilité de déléguer certaines responsabilités à des corps de police locaux, comme les services de police de Montréal (SPVM) ou de Québec (SPVQ).
Le Québec est donc encore une fois une société distincte, seule province canadienne à souscrire à ce programme fédéral de rachat d’armes d’assaut, les autres provinces ne s’étant pas manifestées ou refusant carrément de participer au rachat national d’armes prohibées. Ottawa espère malgré tout le succès d’une opération qui pourrait lui coûter jusqu’à $742 millions, dont $248 millions versés en compensation aux propriétaires qui se départiront de leurs armes interdites. Ottawa verserait jusqu’à $12 millions au gouvernement du Québec pour couvrir ses dépenses liées à l’organisation et à la coordination du programme de rachat.
Notre amie coordonnatrice de PolySeSouvient, Heidi Rathjen, estime que le programme d’Ottawa est voué à l’échec si le gouvernement ne déclare pas illégales les ventes d’une nouvelle arme d’assaut semi-automatique, le SKS. Sinon, l’argent que des propriétaires maniaques obtiendraient en retournant leurs armes prohibées pourrait être utilisé pour acheter ce modèle plus récent et hélas encore légal.
Dans un article du 3 avril 2009, L’Aut’Journal rappelait l’existence de la Fondation le Silence des armes initiée par un de nos membres, le peintre et sculpteur Alex Magrini (alors directeur du programme en arts plastiques à l’UQAC, maintenant en Toscane) et présidée par Marie-Claire Séguin, tous deux nommés Artistes pour la Paix de l’année en 1994 et 95 à cause de leur engagement désintéressé dans ce dossier alors piloté par le président Paul Klopstock.
Ils avaient pu compter sur la collaboration des polices de Montréal, Chicoutimi et Québec, sans compter des retombées fort médiatisées en Belgique et aux Pays-Bas. Grâce à la Fondation, des artistes tels que Michel Goulet offrirent de leurs œuvres en échange de la remise par des individus d’armes ensuite rendues inopérantes par la police. Certaines de ces armes devinrent des œuvres d’art – on se souvient du Piano pour la paix offert par Alex Magrini au président Aristide, qui en fit un symbole de la désintégration de l’armée haïtienne, principalement occupée au trafic de cocaïne via les États-Unis et la Colombie.
Dans les années 90, feu la vice-rectrice de l’Université de Montréal McNicoll invitaient les AplP Pierre Jasmin, Richard et Marie-Claire Séguin AplP91 et 96 qu’elle connaissait vu son travail antérieur à l’UQAM, à commémorer un « féminicide » que la société bien-pensante n’avait pas encore baptisé de la sorte; on était peu nombreux car la société a longtemps eu honte de rappeler l’événement, comme la société japonaise ostracisait les Hibakushas réhabilités d’abord par le film de 1984 de l’AplP93 Martin Duckworth.
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