Les livres, fenêtres sur le monde « pas touche » dit Mohamed Lotfi

Par les Artistes pour la Paix

Mohamed Lotfi, Prix du Québec 2020

Comment ne pas penser à notre ami Mohamed Lotfi qui part au Maroc demain, lorsqu’on lit une des innombrables conséquences de l’augmentation insensée des budgets militaires par le PM Carney : le fédéral va couper vingt bibliothécaires dans ses prisons, compromettant ainsi la paix des prisonniers privés des lectures qui les poussent à la réflexion.

Et les statistiques montrent aussi que l’achat de livres est pour la première fois en régression en Amérique du Nord, pas étonnant vu les incultes Trump et Musk au pouvoir, pour qui les bitcoins ont plus de valeur que les livres.

Et que dire de la France, où le richissime extrémiste de droite Vincent Bolloré met la main sur Grasset où Dany Laferrière publiait, provoquant son retrait et celui de plus de deux centaines de collègues qui n’acceptent pas sa mainmise financière et surtout éditoriale.

Voici deux vidéos éloquentes sur le pouvoir rayonnant des livres en prison, que nous a fait parvenir Mohamed, d’abord un ballet de trois minutes par les souverains anonymes avec leur respect des livres :

https://www.youtube.com/watch?v=rklbfo7-4vc

et avec le père de Pénélope, Winston McQuade et son épouse violoniste Sylvie Harvey, en une minute 48 secondes :

Des livres et des Souverains 4 – 26 sept 2024 – YouTube

Mais comme on croit davantage à la lecture qu’à la télévision, voici un texte écrit en 2019 par Jean Charbonneau, ex-détenu et souverain anonyme (selon l’appellation lumineuse adoptée) sur Mohamed, qui s’est attelé à un travail fabuleux de plus d’un tiers de siècle en la prison de Bordeaux pour mettre en valeur ses amis prisonniers, salué par Alexandre Belliard auteur-compositeur-interprète québécois créateur du projet Légendes d’un peuple.

« Pour Mohamed Lotfi, l’art semble être un jeu d’enfant espiègle dont la mécanique s’active tantôt sous la pulsion de la défense et de l’instinct de survie, tantôt sous celle du désir et de la passion. Marocain d’origine, Québécois d’adoption, ancien danseur de ballet, à la fois peintre, cinéaste, journaliste, comédien, réalisateur, animateur à la radio, cajoleur-né, cet acrobate de l’art passe d’un tremplin à l’autre, sans cesse projeté par les ressorts de sa créativité dans le grand cirque de la vie.

En 1989, il dirigeait cette fois sa perche radiophonique pour franchir le mur de la prison de Bordeaux et se retrouver en milieu carcéral où, avec le concours des détenus, il parvenait à créer une série d’émissions radiophoniques communautaires qui font encore aujourd’hui de leurs auditeurs de vrais captifs.

Le 11 novembre 1990, Michel Mongeau, président des Gens de la radio, lui rendait hommage en lui remettant le Prix de la meilleure réalisation de l’année pour son émission radiophonique Souverains anonymes et pour « l’initiative qu’il a prise d’explorer l’univers carcéral dans un traitement radiophonique remarquable par la qualité des témoignages, la chaleur des musiques et le dynamisme des montages ». Durant les vingt-trois premières années, Souverains anonymes a fait le tour des radios communautaires du Québec. Quelques radios associatives et étudiantes, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et même en France.

Sa « réussite en prison », Mohamed Lotfi la doit à son expérience du milieu des marginaux, source d’inspiration pour ses nombreux reportages, en particulier chez les sans-abri, les poètes maudits, les « assis entre deux chaises », les pro-Palestiniens, les psychiatrisés, enfin… les gens sans voix.

Grâce à quelques adeptes de la réinsertion sociale de l’administration de Bordeaux, Mohamed se voyait autorisé à recevoir des « gens bien » du monde artistique, politique, syndical et médiatique qui viendraient échanger hebdomadairement avec des « présumés bons à rien », détenus qui, grâce à cette heureuse initiative, prendraient désormais conscience de leur identité propre en reliant le réel à l’idéal et en s’élevant au-dessus de leurs problèmes particuliers et de leurs frustrations personnelles pour voguer sur les ondes de l’entendement humains.

Cesser de maux… dire. Et avoir son mot à dire.

C’est la formule que propose Mohamed Lotfi lorsqu’il enseigne à ses frères détenus à mettre leurs instincts d’agression au service de leurs instincts de vie, par l’entremise radiophonique du cri primal. Bravo !

C’est de l’art en barre ! »

Et surtout lire l’article que Mohamed a complété avant de faire ses valises pour le Maroc dans notre hebdomadaire préféré :

https://www.lautjournal.info/20260420/moins-de-lectures-plus-de-clotures