APLP partagés au sujet de Louise Arbour

Par Pierre Jasmin, artiste pour la paix

 Le 16 avril dernier, les Rendez-vous Gérin-Lajoie remettaient à l’Institut d’Études Internationales de Montréal (IEIM) un prix à Louise Arbour, doctorat honoris causa UQAM. On reconnaît sur la photo le professeur humanitaire François Audet, Bernard Derome et la doyenne de la faculté des sciences juridiques et politiques de l’UQAM, Rachel Chagnon.

Allégeance monarchique?

Quelques jours plus tard, madame Arbour devenue la représentante du roi Charles III fait l’objet d’un article vitriolique de Robin Philpot dans l’Aut’Journal [i] et pas seulement pour son allégeance monarchique. Amis de la gouverneure générale Michaëlle Jean, malgré cet handicap, nous sommes ennemis des positions du chef de l’Opposition officielle, Pierre Poilievre, snobant la cérémonie à Calgary.

En fin d’article, les paroles d’une chanson de Jean-François Pauzé des Cowboys fringants qu’elle-même a tenu à programmer pour son installation du 8 juin à Rideau-Hall, chantée doucement par Sara Dufour, de Dolbeau-Mistassini, rare exemple à Ottawa d’auto-ironie de la part de nos êtres de pouvoir… et de culture québécoise! Cette dernière est malmenée par Carney qui, rappelé à l’ordre par un grognement de Donald Trump, a piteusement choisi de faire marche arrière sur Netflix et Amazon qu’il avait d’abord pénalisés pour donner des sous à notre culture en sérieux péril d’étouffement : merci au Bloc Québécois de le souligner aujourd’hui.

Proche de l’ONU, comme nous?

C’est plus compliqué que cela. À 70 ans à Manhattan, comme nous le rappelle un film d’Ole Gjerstad (2019) intitulé Louise Arbour et l’avenir de la migration, elle sort de sa retraite à l’appel du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, pour aborder en silo, ce que fait trop souvent hélas l’ONU, tel son imbuvable représentant François Crépeau qui théorise dans ce film de 2017 sur de 250 à 270 millions de migrants bon an mal an; a-t-il condamné les guerres principalement de l’OTAN qui en agressant la Libye, l’Érythrée, l’Afghanistan, la Syrie et l’Irak venait de causer cet afflux mieux monitoré par l’UNHCR? Les APLP soutiennent que le vote majoritaire du 7 juillet 2017 à l’ONU en faveur du Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires va déterminer l’OTAN armée (bombes américaines, anglaises, françaises + israéliennes) à attaquer dorénavant l’ONU sur tous les fronts, y compris celui de l’Ukraine qu’elle va instrumentaliser en suscitant la guerre contre la Russie.

Revenons au film qui condamne dès le début la déclaration de Donald Trump contre les pays de merde (« shithole countries ») africains, haïtiens et autres qui inondent de leurs « réfugiés drogués, violeurs et dégénérés, la vertueuse Amérique blanche, protégée » au Québec par la Storm Alliance et autres islamophobes-suprémacistes très bien couverts par nos médias, qui censurent nos dénonciations. Profondément marquée par un vote d’opposition des États-Unis aux côtés de la Hongrie, de la Pologne, de la République tchèque et évidemment Israël, amenant aussi des pays modérés comme l’Australie, l’Autriche, l’Italie et la Suisse à joindre le camp hostile de douze abstentions, la pourtant tenace Arbour avouera réalistement voir un échec se profiler pour son Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières adopté le 19 décembre 2018 par 152 pays de l’ONU, mais contesté par « des voyous au pouvoir », dénonce-t-elle avec tristesse, visant Trump.

D’autres voyous au pouvoir…

Fort capable de traiter des sujets guerriers, elle qui s’est rendue au Rwanda et en Bosnie-Herzégovine pour y dénoncer deux génocides au péril de sa vie, la procureure du Tribunal spécial sur la Yougoslavie lança un mandat d’arrêt contre le président serbe Milošević, comme complice des Serbo-Bosniaques lors du massacre de Srebrenica. Les APLP avaient appuyé cette dénonciation d’un génocide, qui menaçait aussi Sarajevo que notre membre Gérard Pelletier convainc le Canada de sauver du même sort [ii]. D’autre part, la féliciter d’avoir pourfendu ce génocide pose la difficile question à savoir pourquoi elle se tait, face à un génocide dix fois plus désastreux en termes d’hommes, femmes et enfants tués à Gaza par Israël !

Carla Ponte prenant son relais a bâclé son plaidoyer contre la guerre du Kosovo provoquée par l’OTAN voulant en découdre par victimes interposées avec les Russes. Avant sa mort en détention au Tribunal de La Haye administré par la Cour internationale de Justice (CIJ), organe judiciaire des Nations Unies, Milošević aura le temps de dénoncer la Cour pénale par cette déchirante admonestation :

« Ce tribunal est un faux tribunal, cet acte d’accusation est un faux acte d’accusation. Ce tribunal est illégal parce qu’il n’a pas été désigné par l’Assemblée générale des Nations unies, je n’ai donc pas besoin de désigner un avocat pour un organe illégal.  L’objectif de ce procès est de produire une fausse justification pour les crimes de guerre commis par l’OTAN en Yougoslavie. » — Slobodan Milosevic.

La reine par Jean-François Pauzé

Un beau choix d’œuvre chanté pour son installation du 8 juin au Rideau-Hall

On n’avait jamais su de quel pays qu’a v’nait
Ni même l’âge qu’a l’avait ou comment qu’a s’appelait
Mais tout l’monde la surnommait la reine
Dans l’bout d’la rue Sainte-Catherine et d’la main’

A s’promenait dans l’quartier depuis au moins dix ans
Côtoyant les putains et les itinérants
Mais quand on entendait son accent
On s’doutait qu’a v’nait pas du lac Saint-Jean

Chaque soir elle prenait sous son aile
Les clochards et les junkies de fond de ruelle
Comme un ange-gardien venu du ciel
Qui serait atterri dans les poubelles

La nuit a’ec son pick-up elle faisait sa tournée
Distribuant des toasts et un peu de café
Pour donner un p’tit brin de chaleur
A ceux qui ont l’hiver dret’ dans le coeur

Pour les écorchés vifs elle inspirait la paix
Sa seule présence était comme un baume sur leurs plaies
Son regard était une lanterne
Pour les naufragés des sombres tavernes

Chaque soir elle prenait sous son aile
Les clochards et les junkies de fond de ruelle
Comme un ange-gardien venu du ciel
Qui serait atterri dans les poubelles

Selon c’que dit Paulo un chauffeur de taxi
Elle aurait fui la guerre pour immigrer ici
Y’a de c’la une couple de décennies
Quand y’ont tué son p’tit gars pis son mari

Et c’qu’elle aurait trouvé pour s’accrocher à vie
C’est d’s’occuper des pauvres et des plus démunis
Au lieu d’vivre triste éternellement
Elle avait maintenant des centaines d’enfants

Chaque soir elle prenait sous son aile
Les clochards et les junkies de fond de ruelle
Comme un ange-gardien venu du ciel
Qui serait atterri dans les poubelles

Ça s’est passé hier dans nuit du douze au treize
En sortant d’son pick-up a eu comme un malaise
Près d’chez elle au métro du collège
On l’a retrouvée morte dans un banc de neige

On n’aura jamais su de quel pays qu’a v’nait
Ni même l’âge qu’a l’avait ou comment qu’a s’appelait
Mais c’matin les gens pleuraient la reine
Dans l’bout d’la rue sainte-Catherine et d’la main’

Mais au moins elle a repris ses ailes
Pour partir vers un monde un peu moins cruel
Et même si elle croyait pas en dieu
C’est sûr qu’elle vole queq’part où l’ciel est bleu

ii[] La critique en octobre 1994 du Bild in Zeitung de Berlin « En Croatie, les sons de Bach et Beethoven ont remplacé le bruit des fusils et des canons » aura en partie contribué au retour des touristes rassurés sur la sécurité de leurs plages favorites. Le don d’un million de $ d’Ivo Pogorelich pour la reconstruction d’un hôpital bosniaque détruit par les Serbes sera évidemment critiqué par ces derniers, mais aussi par les Croates: être artiste pour la paix est mal vu par des patriotes trop étroits.