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Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

Le poète Garneau ne quittera jamais qui l’aime

Avec Pierre Jasmin

garneau

Né à Montréal en 1939, Michel Garneau fait ses premiers pas dans l’univers radiophonique à 15 ans à titre d’annonceur à Radio-Canada, alors qu’il a quitté la vie familiale d’Outremont, devenue pas du tout confortable suite au suicide de son frère aîné. « Il était engagé dans la folle entreprise de la lucidité. C’était sa phrase clé », confie le réalisateur Robert Blondin. Rien d’étonnant à ce qu’il fût arrêté et emprisonné en octobre 1970 pendant la rafle des « mesures de guerre » du gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau, approuvée par le Premier ministre Robert Bourassa et le maire Jean Drapeau.

LE POÈTE

par JF Garneau

On ne peut pas dire que Michel Garneau nous a quittés, un poète ne quitte jamais qui l’aime. On peut dire les faits comme il aimait les citer pour en tirer une poésie de tous les jours, l’étincelle que perçoit au fond de tout celui qui se sait poussière d’étoiles : « Le poète Michel Garneau est décédé le 13 septembre à l’hôpital de Magog. »

Nous sommes cousins distants, mais une étroite fraternité nous lie. Quand j’avais trois ans, Michel a enregistré une chanson de son frère Sylvain, poète avant lui, qui venait de mourir à 23 ans. L’enregistrement venait d’une cabine qui offrait pour quelques pièces deux minutes de captation et un petit disque pressé sur place. Michel chantait a cappella d’une voix chaude et juste. Ce petit disque faisait partie de ce que j’écoutais tout petit, parmi ceux de Charles Trenet, Georges Brassens, Félix Leclerc et La Bolduc. Il reste gravé en moi, et la voix de Michel y chante encore « ma mie, je te donne le printemps, ma vie, et toutes les fleurs des champs. Le soleil, qui brille sur le trottoir, c’est mon cœur qui s’émerveille de te voir, de te revoir. »

Porteur d’une poésie fraternelle, d’une parole à la fois tendre, perçante et humaniste, Michel Garneau les a fait entendre, jouer sur scène et manifester sur la place publique. À la Nuit de la poésie en 1970, il lit avec Michelle Rossignol et Michèle Lalonde le poème Panneaux-réclame, que la poétesse destinait à trois voix. Décrivant une mise en scène imaginaire, le texte théâtralise à mesure sa dénonciation d’une oppression collective tout en la personnalisant : « je m’appelle Michel, je m’appelle Michèle, je m’appelle Michelle, et je me souviens. »

Michel Garneau a longtemps arrimé théâtre et poésie, enseignant vingt ans à l’École nationale de théâtre, propulsant des dizaines pièces insolites (dont Quatre à quatre, 1973; Émilie ne sera plus jamais cueillie par l’anémone, 1981*; Mademoiselle Rouge, 1989) sur les scènes locales et internationales, animant avec bonhommie diverses équipes de la Ligue nationale d’improvisation, et se faisant passeur pour Shakespeare** et Leonard Cohen***. Ses poèmes inventifs nous trouvent patiemment dans les recueils (dont La plus belle île, 1975, 1988; Les petits chevals amoureux, 1977) qu’il a éparpillés de 1956 à 2011.

Le 20 août, regrettant la mort d’un ami, Michel a livré un texte savoureux qui finissait ainsi : « asteur il faut que je me console de ce qu’il n’y aura plus de rencontres avec ce merveilleux grand chat mais son sourire je le garde en mémoire jusqu’à mon dernier ». On peut faire de même en pensant à lui, Michel Garneau, qui même à l’hôpital le 8 septembre pensait beaucoup à nous :

« Je fais cette chanson à notre seul désir

en artisan content de son geste d’abord.

Elle porte discrètement la chaleur d’un sourire

d’un cadeau proféré pour la Noël de nous »


*Émilie ne sera plus jamais cueillie par l’anémone, portrait très personnel de la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886), où Garneau mêle théâtre et poésie, avait pour interprètes les regrettées Monique Mercure et Michelle Rossignol et fut créée à Montréal en octobre 1981, jouée au Festival d’Avignon en juillet 1983 et montée à Paris la même année. Paris doit beaucoup aux passeurs Québécois-Américains, ayant récompensé il y a un an du prix Renaudot  Les villes de papier de Dominique Fortier!

** Ses « tradaptations » de quatre pièces de Shakespeare, dont Macbeth (1978), repris par Angela Konrad en 2015, et Coriolan (1989), monté par Robert Lepage trente ans plus tard, sont en « langue populaire québécoise » – proche de la parlure poétique des pêcheurs de marsouins de l’île aux Coudres dans les films de Pierre Perreault (avec qui Michel Garneau collabore dans La Grande Allure, 1985).

*** Insatisfait des traductions françaises qu’il trouve saugrenues aux oreilles québécoises, Cohen lui confie la traduction de ses poèmes sans nul besoin de les voir, lui écrit-il, car il lui fait totalement confiance. Naîtra le Livre du constant désir.

L’artiste engagé pour la paix

P.J.

guerriersSa pièce Les Guerriers, un chef d’œuvre créé au théâtre en avril 1989, est adaptée en 2004 pour un téléfilm réalisé par Micheline Lanctôt : deux publicitaires, excellents [non-]acteurs Patrick Huard et Dan Bigras s’enferment – et s’affrontent – pendant plusieurs jours afin de pondre un nouveau slogan pour l’armée canadienne. L’enjeu très lucratif : trouver mieux que Si la vie vous intéresse. Ils trouveront Nous sommes dans les Pages Jaunes peu avant que cette tradition ne disparaisse, présage ?

Il y a quelque temps (donc, pardonnez-lui, elle a sûrement changé d’idée depuis, on ne veut vraiment pas lui coûter le financement de son prochain film !), j’écrivais deux courriels à cette grande dame du cinéma, après avoir commis une critique d’un de ses derniers films. Prenant soin de vanter LES GUERRIERS, je recevais de sa part les réponses suivantes :

Un grand merci pour ces fleurs que vous me jetez. LES GUERRIERS, très beau texte de Garneau, et magnifique interprétation des deux gars, a été négligé par Radio-Canada, qui ne voulait pas commercialiser le DVD et l’a présenté en soirée à 11:00 sans promo…. Il a fallu aller voir France Film. C’est malheureusement un film qui a été boudé, encore une fois. J’en suis très fier. Merci d’avoir souligné sa présence.

Puis ces deux phrases qui inciteront peut-être la révolte d’un bureaucrate radio-canadien qui le reprogrammera durant les élections où deux partis va-t-en guerre s’affrontent en têtes des sondages :

Cela m’étonnerait fort que Radio-Canada re-présente LES GUERRIERS. Ils avaient refusé d’en produire un DVD malgré la réputation des deux acteurs et de Michel Garneau. J’aime cette œuvre d’une grande ironie, que j’ai essayé de vendre pendant 15 ans, pour finalement la produire moi-même. Amitiés, Micheline LANCTÔT.

1 Commentaire

  1. Pierre Jasmin Pierre Jasmin
    6 octobre 2021    

    Dans l’Aut’Journal, deux hommages par Robin Philpot à Michel Garneau et à Michèle Lalonde dont un poème fut mis en musique symphonique par un membre décédé, André Prévost.
    Deux grands poètes à la parole révolutionnaire disparus 51 ans après Octobre 70 nous ont quittés: Michèle Lalonde, le 22 juillet et Michel Garneau, le 13 septembre.
    Tous deux ont participé à la Nuit de la poésie du 27 mars 1970. Leurs paroles et leur engagement expriment magnifiquement l’esprit de l’Octobre d’espérance.
    Michel Garneau a été jeté en prison sous les mesures de guerre en octobre 1970. Pendant son séjour, il a écrit deux poèmes:
    Chanson de petit matin à Parthenais.
    AG (Aile Gauche).
    Michèle Lalonde a présenté magistralement Speak White à la Nuit de la poésie. Mais elle a écrit un autre poème important intitulé ÉVÉNEMENT D’OCTOBRE, mais coiffé de la phrase: Les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Ils n’ont que des événements… dont voici un extrait:
    le peuple hurlait son innocence
    il n’aurait pas su dire comment ni quand le geste avait été posé
    mais parce qu’il savait pourquoi,
    il se sentait aussi coupable que s’il en avait donné l’ordre pris lui-même en flagrant délit
    ce fut l’automne de la peur de la mémoire en chien battu

    EXTRAIT DU POÈME AG (Aile gauche)de Michel Garneau
    Quand nous sortirons d’ici et que nous reprendrons pied sur terre
    parmi le vrai malheur, parmi la vraie douleur
    et parmi la vraie force et la vraie détresse
    et la vraie tendresse et la vraie puissance de nos frères,
    nous reprendrons souffle aux lèvres de nos amours
    et nous continuerons d’inventer un pays
    qui soit digne de la force de nos rêves et de notre réalité.
    Nous partageons ici entre camarades un petit malheur
    inventé pour nous punir de penser tout seuls ensemble,
    on voudrait bien que nous n’existions pas;
    nos petits maîtres nous ont mis dans les limbes de leur société.
    Hé bien ! il n’y a rien dans les limbes,
    et il n’y a pas de paradis,
    et l’enfer c’est n’importe quel regard vide de chef
    et n’importe quel enfant peut vous nettoyer ça.
    Nous sommes ici dans le Québec de nos cœurs (…)
    Merci Robin (PJ)

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