Les arbres de Fahdel (merci à Josée Lambert)

Les Artistes pour la Paix, 23 Juillet 2026

Il y a dans cette image quelque chose de plus douloureux encore que la destruction. Les arbres qui bordaient les routes de Bint Jbeil, au Sud-Liban, ne sont pas tombés sous la violence d’une tempête. Ils ont été brisés un à un par des soldats israéliens, comme s’ils avaient voulu effacer jusqu’à l’idée même d’un avenir. Bint Jbeil avait déjà perdu ses maisons, ses rues, ses places, ses écoles. Les murs étaient devenus poussière, les quartiers un paysage de pierres et de silence. Pourtant, cela ne semblait pas suffire. Il fallait encore s’en prendre à ce qui, par nature, refuse de désespérer : les arbres.

Un arbre est une promesse. Il ne pousse pas pour celui qui le plante, mais pour celui qui passera demain sous son ombre. Le déraciner, le mutiler, c’est tenter de rompre le lien entre les générations, de transformer une terre habitée en territoire sans mémoire. Mais ceux qui connaissent le Sud-Liban savent que les arbres et les habitants partagent le même destin. Les oliviers repoussent des souches que l’on croyait mortes. Les villages renaissent des ruines. Les hommes et les femmes reviennent là où tout semblait perdu, portant dans leurs mains quelques outils, quelques graines et cette obstination tranquille qui défie les calculs de l’ennemi.

On peut abattre un arbre, mais on ne peut pas empêcher un autre de repousser à sa place. On peut réduire une ville en gravats, mais on ne peut pas empêcher le désir d’y revenir. Un jour, les routes de Bint Jbeil retrouveront leurs alignements d’arbres. Les enfants marcheront de nouveau sous leur feuillage sans savoir que d’autres, avant eux, avaient voulu leur voler cette ombre. Ce sera peut-être la plus belle des réponses: planter là où l’ennemi avait arraché, faire grandir là où il avait voulu stériliser la vie. Car la véritable force n’appartient pas à celui qui détruit. Elle appartient à celui qui replante.

Merci, Abbas, quel texte inspirant pour les Artistes pour la Paix qui dénoncent les armées dévastatrices de Netanyahu! Votre éloge des arbres rejoint la sensibilité de notre plus éminent membre hélas disparu, Frédéric Back. Merci aussi à Josée Lambert qui fut notre APLP1999, alors qu’elle venait de risquer sa vie à photographier dans le Sud-Liban une prison tenue par des geôliers israéliens. Ses photos ont-elles inspiré Denis Villeneuve quand il a tourné Incendies onze ans plus tard? Ce chef d’œuvre cinématographique a joui du scénario particulièrement marquant de notre APLP2007, Wajdi Mouawad. Peut-être la réponse à ma question se trouve-t-elle dans le film de notre APLP2013, Anaïs Barbeau-Lavalette, sur le making of d’Incendies tourné en 2019 et intitulé Se souvenir des cendres? P.J.

Wikipedia nous dit :

Abbas Fahdel (en arabe : عباس فاضل) est un réalisateurscénariste et critique de cinéma francoirakien, né à Hilla, en Irak. Installé en France depuis l’âge de 18 ans, Abbas Fahdel y étudie le cinéma en suivant notamment les cours d’Éric RohmerJean Rouch et Serge Daney, jusqu’à obtenir un doctorat de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. En janvier 2002, muni d’un passeport français, il tourne en Irak  Retour à Babylone, un documentaire dans lequel il s’interroge : « Que sont devenus mes amis d’enfance ? Qu’est-ce que la vie d’ici a fait d’eux ? Qu’est-ce que la vie d’ici aurait pu faire de moi, si je n’avais pas choisi de suivre ailleurs le cours de ma destinée ? » En filigrane de cette quête-enquête dans la terre natale transparaît la situation dramatique d’un pays meurtri par les années de guerre et de dictature.

Un an plus tard, en février 2003, devant l’imminence d’une nouvelle guerre, il retourne de nouveau en Irak et entreprend de filmer les siens. Rentré en France quand l’invasion américaine de l’Irak commence, il n’a plus de nouvelles de ses proches. Il revient en Irak deux mois plus tard et découvre un pays secoué par la violence, qui semble n’avoir échappé au cauchemar de la dictature que pour tomber dans le chaos, un pays où pourtant tout demeure possible, le meilleur comme le pire. Ce moment historique constitue la matière de son second documentaire, intitulé Nous les Irakiens.

En 2008, il termine son premier long métrage de fiction, L’Aube du monde, tourné en Égypte et interprété par Hafsia Herzi et Hiam Abbass.

En 2015, il revient au cinéma documentaire avec Homeland : Irak année zéro, long métrage d’une durée de cinq heures et demie.

En 2018, son nouveau long métrage de fiction, Yara, tourné au Liban, est sélectionné dans la compétition internationale du Festival international de Locarno. Il y retourne en compétition en 2025 avec son documentaire Tales of the Wounded Land pour lequel il obtient le prix de la meilleure réalisation.