Monsieur le Premier ministre – lettre contre la guerre, 28 janvier 2026

Par les Artistes pour la Paix dans un article en partie bilingue – P.J.

Photo tirée du film-symbole iranien de 2011 la Séparation

Monsieur le Premier ministre Mark Carney

nous vous communiquons d’abord l’appel urgent adopté hier soir à l’unanimité par les représentants de 55 organismes canadiens de Victoria à Terre-Neuve regroupés dans le Réseau pancanadien pour la paix et la justice. La chanson de Bob Dylan The times they are a-changin’ dénonçait déjà l’impérialisme US anti-Vietnam. Contre celui d’aujourd’hui représenté par une armada vers l’Iran, nous vous prions de:

1) surtout éviter toute complicité avec toute intervention militaire US-Israël en Iran ;

2) rétablir les relations diplomatiques avec Téhéran, rompues par le Premier ministre Harper en 2012 ; vous pourriez éviter la guerre par des tractations diplomatiques ;

3) restaurer l’ambassade et les biens culturels de l’Iran au Canada, dont les propriétés ont été saisies par le gouvernement Trudeau en 2019 ;

4) mettre fin à toutes les mesures économiques coercitives du Canada contre l’Iran et ses citoyens ;

5) retirer la République islamique d’Iran de la liste des terroristes du Canada (son soutien de la cause palestinienne et sa lutte contre l’État Islamiste sont du contre-terrorisme !) ;

6) développer une politique étrangère indépendante en quittant l’OTAN afin d’observer un ordre fondé sur les règles de l’ONU interdisant l’ingérence dans les affaires intérieures et les menaces de violence contre tout État membre de l’ONU.

Si les États-Unis et Israël interviennent militairement à nouveau – nous avions condamné leur attaque dangereuse en juin dernier, nous appellerons les Canadiens et Québécois à descendre dans la rue pour s’y opposer, comme nous avons orchestré des webinaires contre l’ingérence de Trump au Venezuela.

Dernière recommandation urgente à nos membres : aidez la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran, une organisation humanitaire non gouvernementale, pour traiter les manifestants iraniens blessés.

Une information biaisée heureusement rectifiée par des amis de la paix

  • Radio-Canada reproduit aujourd’hui une statistique produite et financée par les États-Unis dont « M. Carney a dénoncé que plus grand-chose de normal ne vient de là » : Human Rights Activists’ News Agency avance sans preuve plus de 6100 morts causées par la répression iranienne. Nous en dénonçons le timing plus que le chiffre.

  • Amnistie internationale écrit que « depuis la fin décembre 2025, l’Iran est secoué par des manifestations massives et continues dans plusieurs provinces et grandes villes » qu’elle estime être « contre l’autoritarisme, la dégradation rapide des conditions de vie — inflation, prix des biens de première nécessité et crise économique, contre la mauvaise gestion économique et la répression des libertés fondamentales. Ces mobilisations se sont transformées en une contestation du système politique en place ». Ne faudrait-il pas au moins ajouter qu’elles ont suivi les agressions militaires de Trump et Nétanyahou de juin [i] et l’application de sanctions économiques sévères par les pays de l’OTAN?

  • Mohamed Lotfi répond dans l’Aut’Journal [ii] que « l’Iran est sous sanctions économiques depuis 1979. Les démocraties occidentales qui s’indignent aujourd’hui de la précarité des conditions de vie des Iraniens sont précisément celles qui asphyxient le pays depuis plus de quarante ans à coups de sanctions économiques et diplomatiques et qui provoquent l’inflation à Téhéran, l’effondrement de sa monnaie, la pénurie de ses médicaments et son étranglement. Le pompier pyromane, figure classique de la littérature politique, et l’Occident, avec à sa tête les États-Unis, en ont fait un art : on allume l’incendie, puis on s’indigne des flammes. On fabrique la crise, puis on se scandalise de ses conséquences. (…) L’Iran des mollahs a commis l’erreur suprême de rompre tout lien avec l’entité sioniste et de soutenir sans réserve la cause palestinienne. On ne leur a jamais pardonné d’avoir fait tomber le Shah qui noua des relations avec Israël, le premier de la région. »

  • Amir Khadir, iranien et ex-cochef de Québec Solidaire, déplore de « cette analyse campiste qu’elle se distancie de l’internationalisme en refusant la solidarité avec les luttes concrètes pour la démocratie, les droits des femmes, les droits sociaux et la justice. Offre-t-elle un “chèque en blanc” aux régimes autoritaires sous prétexte qu’ils sont dans le “bon camp”? Une approche alternative serait celle fondée sur la solidarité entre les peuples, un choix qui part des luttes d’en bas; elle inverserait la perspective campiste en partant des luttes sociales concrètes, des mouvements d’émancipation et en tenant compte prioritairement des souffrances des populations. Le principe de base de cette approche : la solidarité ne se donne pas à des États, des drapeaux ou des “camps”, mais aux peuples en lutte pour leur émancipation. Cela implique un soutien critique mais inconditionnel aux mouvements sociaux, quelles que soient les frontières. Appliqué à l’Iran, cela revient à soutenir inconditionnellement le soulèvement populaire, en particulier le mouvement 2022 par les femmes contre l’oppression patriarcale d’État [en voir une application américaineiii] et la dénonciation claire de la répression brutale du régime, de son caractère théocratique et autoritaire. Et cela n’empêche en rien de souligner notre opposition ferme et simultanée à toute intervention militaire ou ingérence impérialiste américaine, ajoute Amir!

  • Les AplP furent émus par le film Un simple accident du réalisateur menacé d’emprisonnement Jafar Panahi (Festival de Cannes 2025). Notre critique appuya le film visionnaire d’Asghar FarhadiUne séparation [iv] montrant non seulement les dessous d’une séparation conjugale, mais aussi les divisions qui déchirent le peuple.

  • Philip Bossé, étudiant à la maîtrise en communication publique (Université Laval), conclut son article nuancé publié par La Presse [v] par: « les crises comme celle que connaît l’Iran sont trop complexes pour être essentialisées à un simple « bon » et « méchant ». La colère des Iraniens est réelle. Ce qui l’est tout autant, c’est l’hypocrisie de ceux qui prétendent soudainement la défendre. »

  • Le syndicat socialiste des travailleurs de Téhéran (autobus) écrivait le 15 janvier: “Popular protests and strikes in cities across the country have now entered their eleventh day. During this period, at least 174 locations in 60 cities across 25 provinces have witnessed protests, and hundreds of protesters have been arrested. Tragically, during this time at least 35 protesters – including children – have been killed (ce chiffre bas s’explique-t-il par la censure de l’internet par le régime, car il étonne par rapport à notre presse parlant de milliers de morts?). From Dey 1396 (January 2018) to Aban 1398 (November 2019) and Shahrivar 1401 (September 2022), the oppressed people of Iran have repeatedly taken to the streets. These movements have emerged not to restore the past but rather to build a future free from the domination of capital, a future grounded in freedom, equality, social justice, and human dignity. The Syndicate also strongly condemns any propaganda, justification or support for military intervention by foreign states, including the United States and Israel. Such interventions not only lead to the destruction of civil society and the killing of civilians but also provide yet another pretext for the continuation of violence and repression by those in power. Past experience has shown that dominant Western states place no value whatsoever on the freedom, livelihoods, or rights of the people of Iran. We demand the immediate and unconditional release of all detainees and emphasize the necessity of identifying and prosecuting those who ordered and carried out the killing of protesters.

  • In a recent article, David Vine (Counterpunch) states that “during the 2024 presidential campaign, Trump seemed to understand that waging war is both stupid and bad politics in our country where people are sick of endless wars and profoundly opposed to using the military offensively. In his inaugural address, he promised to “stop wars” rather than start them. (…) The best way to support protestors and avoid harming the United States, the region, and the world is through negotiations and diplomacy, not military force.

D’où notre appel au Premier ministre rédigé par les AplP, le Réseau pancanadien pour la paix et la justice et par Ken Stone de la Hamilton Coalition Stop the War :

« Nous nous opposons fermement aux dernières tentatives américaines et israéliennes de changement de régime en Iran, qui n’ont rien à voir avec le souci de la liberté et de la démocratie ni le souci du bien-être des Iraniens ordinaires. L’ingérence illégale des États-Unis et d’Israël dans les affaires intérieures de l’Iran a pour but de mettre au pouvoir le fils autocratique du méprisable Shah Mohammad Reza Pahlavi, installé par un coup d’État américain contre le dernier dirigeant démocratique légitime de l’Iran, Mohammed Mosaddegh, qui avait introduit une série de mesures socialistes (sécurité sociale, réformes agraires et impôts plus élevés). Son Front national a été renversé en 1953 par un coup d’État orchestré par le Royaume-Uni (MI6) et les États-Unis (CIA), puis empêché de participer aux élections 1954 (qu’il aurait sans doute gagnées). Voir NB. Le shah Reza Pahlavi a régné avec l’aide de la police secrète de la Savak, notoirement cruelle. Paradoxalement accusé de trahison, Mosaddegh a été emprisonné trois ans, puis assigné à résidence jusqu’à sa mort, avant d’être enterré dans sa maison afin d’éviter toute manifestation contre le Shah.

Un autre changement de régime, comme ceux utilisés en Afghanistan, Iraq, Libye, Syrie, au Venezuela et en d’autres pays tombés en défaveur de l’empire américain, se profile en Iran avec la diabolisation des dirigeants, l’écrasement par des sanctions économiques, le sabotage de la monnaie nationale, les assassinats et le relâchement dans la population de voyous qui commettent des meurtres odieux et des incendies criminels, que plusieurs médias occidentaux rejettent sur le gouvernement iranien afin de justifier une intervention militaire. Les États-Unis n’ont jamais pardonné au peuple iranien d’avoir renversé le Shah pro-israélien et pro-occidental en 1979 pour nationaliser l’industrie pétrolière et en utiliser les bénéfices pour financer des programmes sociaux et pour s’être allié avec Cuba, le Venezuela, la Chine et la Russie, entre autres (BRICS).

NB – En 2013, le gouvernement américain a officiellement reconnu son rôle dans le coup d’État comme faisant partie de ses initiatives de politique étrangère, notamment en payant des manifestants et en soudoyant des fonctionnaires afin que British Petroleum puisse reprendre sa production de pétrole iranien.