Grammy 2026, Billie Eilish et autres artistes pour la paix
Par Pierre Jasmin, Artiste pour la Paix, 2 février (merci à Ariane Émond et Philippe Renaud)
Arborant une épinglette ICE out,
Billie Eilish a fait la déclaration
la plus éloquente de la soirée,
par sa concision percutante :
« Personne n’est illégal
sur des terres volées »,
faisant bien sûr référence
au fait historique oublié par tous,
sauf par les valeureux wokes,
que toute l’Amérique
du Sud, Centrale et du Nord
a été volée aux autochtones,
par les invasions violentes
de colons
français, anglais,
portugais et espagnols.
Un mythe entretenu par des vieux voulant garder leur place au pouvoir décrit la jeunesse comme ayant perdu tout idéal. On lira toute notre opposition à ce mythe dans un article écrit il y a cinq ans [i] où, tout en reconnaissant sa vision très sombre du monde, je louais la vision de celle qui a gagné hier le Grammy de la meilleure chanson (titre qu’elle avait ravi aussi à Taylor Swift il y a deux ans!) de jeune de vingt ans, démocrate affirmée malgré son nihilisme et participante à Paris d’une soirée pour la paix de l’ONU devant une foule en délire.
Dans le film du réalisateur R.J. Cutler de deux heures vingt, on est témoin de sa réaction d’incompréhension quand une de ses chansons Bad guy (I’m the bad guy) devient numéro un dans trente-sept pays du monde et qu’on lui apprend au saut du lit qu’elle-même sera en nomination pour de multiples Grammy awards; peu réjouie, elle ne s’anime qu’à la mention que son frère, co-compositeur de ses chansons, est en nomination comme producteur de l’année! Il remportera le trophée et elle, pas moins de cinq autres trophées majeurs, tandis que Justin Bieber, son idole d’enfance, lui écrira sur son portable qu’elle allume en arrière-scène de la cérémonie : “ I’m so impressed by your aura, your presence, I’ll catch you if you fall”. Il était présent hier soir avec plusieurs nominations mais aucune victoire.
“I’m in love with my future” s’exclamait-elle sans trop y croire. Celle qui explorait l’intimité si sombre de la jeunesse américaine fut quand même assez responsable (et intelligente, mais ça, on n’en doutait pas) pour donner un concert à la convention démocrate pour aider à écarter le maléfique et fasciste Donald Trump à l’élection 2020.
D’autres artistes attelés à notre combat contre le racisme
D’autres artistes se sont prononcés pour la paix dans les rues de Minneapolis le 1er février 2026. Pour la première fois de son histoire de 68 ans, le Grammy du meilleur album était remis à un album en langue espagnole : l’artiste portoricain Bad Bunny qu’on reverra et réentendra à la mi-temps du Superbowl dimanche prochain a donc marqué l’histoire en remportant le prix de l’album de l’année pour Debí Tirar Más Fotos et en dénonçant ICE [ii].
Quant à l’animateur de la soirée, il a été félicité par Trump lui-même, ce dont nous informe Dose of democracy.com: “You can always tell how truly incensed Donald is by how quickly he threatens to sue, and last night was no different, with the credibly accused sex predator thumb-smashing on Truth Social:
“Noah, a total loser, better get his facts straight, and get them straight fast.
It looks like I’ll be sending my lawyers to sue this poor, pathetic, talentless, dope of an M.C., and suing him for plenty$.”
Someone really should take granddad’s phone away after 8pm ».
Hors Grammy, pour mieux comprendre ce que les artistes du monde entier dénoncent, mais qu’Éric Duhaime et Bernard Drainville encouragent peut-être, voyez la vidéo édifiante par l’auteur-interprète de Born in USA, Bruce Springsteen en appui aux immigrants persécutés :
https://youtu.be/GDaPdpwA4Iw?list=RDGDaPdpwA4Iw
Enfin, le Washington Post posait de travers la question du « pouvoir odieux » (sic) d’une photo le 23 janvier dernier (ci-dessous). Où était sa mise en lumière du talent du photographe Ali Daniels de l’Associated Press? Sa non-remise en question du « caractère odieux » d’une telle arrestation saute aux yeux avec la victoire judiciaire DIX JOURS PLUS TARD qui a réuni l’enfant exilé au Texas par ICE avec sa famille du Minnesota. P.J. (quelque chose m’échappe?)
The abhorrent power of the photograph of a 5-year-old held by ICE

(Photo Ali Daniels/AP)
An image like this could once change history. Can one still?
Grammy 2026 : quelques mentions chauvines mais méritées
Lors de la cérémonie de dimanche après-midi, le compositeur et producteur d’Halifax Henry Walter, plus connu sous le nom de Cirkut, a remporté les trophées du producteur de l’année et du meilleur enregistrement dance pop pour la chanson Abracadabra de Lady Gaga. De son côté, le Torontois Justin Gray a reçu le Grammy du meilleur album audio immersif pour son opus Immersed.
Une troisième artiste canadienne a été récompensée lors de cette première cérémonie, soit l’auteure-compositrice-interprète Joni Mitchell, âgée de 82 ans, pour son coffret regroupant des enregistrements inédits issus de ses archives personnelles Joni Mitchell Archives – Volume 4 : The Asylum Years. Arborant elle aussi un badge « ICE out », elle a accepté son 11e Grammy en carrière, celui de meilleur album historique. Tous les spectateurs se souviennent du récital mémorable de chansons de Joni Mitchell donné par Marianne Trudel et notre Artiste pour la Paix 2004 Karen Young au Centre d’Arts d’Orford en juillet dernier devant une salle comble conquise!
Yannick Nézet-Séguin était en lice pour deux Grammys lors du premier gala présenté par la Recording Academy, prélude à la 68e édition du grand gala télévisé. Le premier, celui de la Meilleure performance orchestrale, a été remporté par son confrère Andris Nelsons, dirigeant avec le Boston Symphony Orchestra la Messiaen : Turangalîla-Symphonie chez Deutsche Grammophon, la même étiquette où Yannick avait endisqué avec le Philadelphia Orchestra, des œuvres des compositeurs afro-américains William Grant Still et Margaret Bonds, éditées en août 2025. Dans la catégorie du Meilleur enregistrement d’opéra, il fut devancé par le chef torontois Kwamé Ryan et le Houston Grand Opera pour leur interprétation d’Intelligence, du compositeur américain Jake Heggie.
Quant à Kaytranada, sa chanson « Space Invaders » était en lice pour le Grammy du Meilleur enregistrement dance/électronique, remporté par Tame Impala pour « End of Summer », tiré de son récent album Deadbeat. Le Grammy du Meilleur enregistrement remixé que convoitait le Montréalais pour sa relecture du vieux succès « Don’t Forget About Us » de Mariah Carey a été décerné au Français Gesaffelstein pour son remix du tube « Abracadabra » de Lady Gaga.
Deux autres Québécois étaient nommés aux Grammys. La compositrice et pianiste Mary Dawood Catlin, de la région de la Capitale, a échappé le Grammy dans la catégorie du Meilleur solo instrumental classique. Puis le compositeur Chase Worrell, originaire de Brossard, était nommé dans la catégorie de la Meilleure chanson R&B à titre de coauteur d’« Overqualified », succès de Durand Bernarr ; le prix fut remporté par la chanteuse Kehlani et ses collaborateurs pour « Folded ».
La famille Wainwright était là pour assurer une présence québécoise, car Martha est montée sur le podium applaudir sa collègue compositrice Carla Patullo, récompensée du Grammy du Meilleur album new age ou ambient pour Nomadica, sur lequel chante la Montréalaise. Puis à la toute fin, son frère Rufus a offert les remerciements des récipiendaires du Grammy du Meilleur livre audio, auquel il a prêté sa voix : Meditations: Reflections of His Holiness the Dalai Lama.
Le compositeur suédois Ludwig Göransson a pris de l’avance sur la cérémonie des Oscars du 15 mars prochain en remportant dimanche deux Grammys, grâce à l’exceptionnel travail accompli pour Sinners du réalisateur Ryan Coogler, soit celui du Meilleur album d’une musique de film et Meilleure bande sonore pour média visuel, catégorie remportée l’an dernier par Yannick Nézet-Séguin pour son travail sur Maestro: Music by Leonard Bernstein de Bradley Cooper.
ii[] Izabella l’avait fait il y a deux semaines https://www.artistespourlapaix.org/jessica-valenti/
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