FAMINE, DÉSINFORMATION ET MILITARISATION

Par Pierre Jasmin des Artistes pour la Paix, 26 août 2025

Les patrons de Radio-Canada, La Presse et Le Devoir ont pris la décision monstrueuse de la désinformation, en mettant côte à côte la famine instrumentée dénoncée par l’ONU et le mensonge négationniste de Nétanyahou. Je me sens dans la peau de mon oncle Guy qui en 1940 était le seul, dans son journal Le Canada, à dénoncer les fascistes admirés par les Duplessis, Drapeau, Trudeau et…Le Devoir. Non pas seul, car notre C.A. des Artistes pour la Paix appuie Valerie Zink, artiste-photographe de Régina (voir https://www.facebook.com/pierre.jasmin.98 ).

« L’ONU déclare la famine à Gaza, le gouvernement Nétanyahou conteste. »

Le 23 août, c’est par un article, non même pas un article, un communiqué de presse de France – en page 9! – coiffé de ce titre manipulé par pseudo-objectivité, que Le Devoir réagit, au lieu de remettre en question leur abjecte couverture biaisée sur Gaza et la Palestine de la dernière année et trois quarts. Les éditorialistes du Devoir se sont tant déconsidérés, que leur parution des deux derniers samedis est restée totalement muette, au lieu de reconnaître leurs graves mensonges.

Que devons-nous ajouter à nos propres rapports sur le génocide ? Faut-il encore les rendre plus crédibles en répétant ce que la plupart des infos taisent, qu’il s’agit maintenant du grade 5 de la famine, annonçant froidement par ce chiffre que la famine est en voie de tuer des dizaines de personnes par jour et d’hypothéquer à vie la santé des enfants de moins de dix ans? Nos bulletins de télé préfèrent montrer la tronche et la cravate de ce criminel de guerre proche de l’OTAN, Nétanyahou, comme on trouvait Hitler en train de se justifier aux nouvelles américaines jusqu’en 1942…

Au moins, Azeb Wolde-Georghis à Radio-Can puis Laura-Julie Perreault de La Presse rachète l’éditorial insipide et neutre de ses patrons par les écrits déchirants suivants auxquels j’ajoute des parenthèses : « C’est avec le cœur en berne que j’entame cette chronique. La 48e que je consacre à la bande de Gaza en 22 mois. Et la 10e où il est question de la faim qui y rôde. D’abord sur la pointe des pieds et maintenant comme un loup aux dents acérées.

Je n’ai jamais manqué de mots, mais aujourd’hui, j’hésite. Quoi vous dire en premier ? Sur quoi devrais-je insister ? Commençons par les experts de la sécurité alimentaire qui suivent la situation dans l’enclave palestinienne depuis des années et qui viennent de laisser tomber une bombe. Ils concluent aujourd’hui pour la première fois que la famine frappe la ville de Gaza et ses alentours, ce qui veut dire que 641 000 personnes sont confrontées à « des conditions catastrophiques caractérisées par la faim, l’indigence et la mort [i]  », (…) alors que ça fait des mois que les Gazaouis, les organisations humanitaires sur le terrain, les journalistes (qui restent après que Tsahal en ait tué deux centaines) et les Nations unies (Francesca Albanese expulsée et accusée par Trump) demandent à Israël de laisser entrer les milliers de camions d’aide qui attendent à la frontière ou font l’objet de distributions militarisées des vivres : au moins 1350 personnes ont perdu la vie en essayant de mettre la main sur une boîte de denrées humanitaires qui devait sauver cette même vie, selon un récent rapport du bureau humanitaire des Nations unies. (…)

Cette famine artificielle est le résultat ultime et inévitable de l’utilisation de la famine comme arme de guerre par le gouvernement israélien. Il n’y a pas un leader dans le monde qui ne savait pas que ça s’en venait. Le même gouvernement qui a imposé un embargo total à Gaza sur la nourriture, l’eau, l’essence et les médicaments pendant 10 semaines à partir du mois de mars et qui, depuis, laisse entrer l’aide au compte-gouttes, ouvrant et fermant les vannes selon son bon vouloir, oui, ce gouvernement-là dit que le rapport qui conclut à la famine est une « fabrication ». (…) Benyamin Nétanyahou, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, pousse l’audace jusqu’à dire qu’Israël n’a pas de politique pour affamer les gens, mais bien une politique pour « prévenir » la faim. (…)

Et tant pis si on voit des images en direct de la bande de Gaza qui nous montrent des corps émaciés et des enfants qui pleurent en tendant des casseroles vides.

Et tant pis si on vient d’apprendre par une enquête menée par The Guardian, le site israélo-palestinien +972 Magazine et le média Local Call, en hébreu (bénis soient ces Juifs justes), qu’une base de données de l’armée israélienne indiquait en mai que 83 % des 53 000 victimes des opérations militaires israéliennes à Gaza sont des civils. Pas des combattants.

(…) Israël vient d’annoncer une grande opération militaire dans la ville de Gaza, celle-là même où 641 000 personnes sont en train de mourir de faim. Là où on vient de prononcer le mot commençant par f. Moi, il me vient beaucoup d’autres « mots commençant par f » pour traduire mon état d’esprit. Je m’arrêterai sur le plus poli. Furie.

MILITARISATION

Nos médias savent-ils qu’ils se rendent ainsi complices du génocide, ce qui est passible de sanctions, comme notre gouvernement qui ne rappelle ni son ambassadeur, ni ses livraisons d’armes? Le militariste Carney va en Ukraine et en Pologne leur proposer des armes canadiennes, en maudissant certainement les Artistes pour la Paix pour avoir arrêté la fabrication de mines anti-personnel en ciblant SNC et en convainquant Jean Chrétien de déclarer ces armes qui tuent sans discrimination, illégales par la Convention d’Ottawa 1997 : la campagne de terreur orchestrée par l’OTAN contre la Russie a persuadé la Pologne de faire de nouvelles victimes innocentes (les mines tuent autant ses utilisateurs que les ennemis visés) et Carney compte l’aider. Ignoble. Et l’achat de douze sous-marins, pourquoi pas 24?? On comprend mieux pourquoi les médias ont refusé de publier notre hommage à notre coprésidente d’honneur en février dernier, Tonine [ii], qui contenait le paragraphe suivant :

« Elle a œuvré pour la démilitarisation du Canada conformément aux désirs de l’UNIDIR – ONU, en acceptant en 1988 de succéder à Jean-Louis Roux comme présidente des AplP. En 1989, elle avait, élément principal de notre engagement collectif, mené la lutte victorieuse jusqu’en deux réceptions de la Gouverneure générale Jeanne Sauvé auprès du Premier ministre Brian Mulroney, contre l’achat onéreux et polluant de sous-marins nucléaires voulus par le Secrétaire général de l’OTAN, Manfred Wörner, à moins d’un an de la chute du mur de Berlin. Nul doute qu’elle se serait opposée aux augmentations insensées du budget de la Défense réclamées par le premier ministre Carney et hélas acceptées par les partis d’opposition de la Chambre des Communes.

i[] Integrated Food Security Phase Classification (IPC), outil mis sur pied par une vingtaine d’organisations humanitaires et agences des Nations unies lors de la famine en Somalie (2004). L’IPC sert à évaluer le plus objectivement possible la gravité d’une crise humanitaire liée à la faim.

https://www.artistespourlapaix.org/eloge-funerailles-antonine-maillet/