L’empathie de Florence Longpré gagne le Québec entier

Par Pierre Jasmin, artiste pour la paix

Photo Josie Desmarais – La Presse

Florence Longpré et Guillaume Lonergan co-créateurs d’Empathie

Le Premier ministre d’un Canada exportateur de munitions à Israël génocidaire serait scandalisé, s’il s’intéressait à la culture, d’apprendre que malgré la panique des producteurs du 41e gala des prix Gémeaux engageant la machine d’une musique promo pour couvrir ses paroles, on ait clairement entendu dans le dernier discours de celle qui est revenue six fois sur scène dimanche le 13 septembre : « Trop d’un an de Mark Carney et de ses hosties de calculs financiers… » avant de bifurquer stratégiquement sur un autre sujet, car elle a tant à dire.

Auparavant, celle qui aura gagné cette semaine quatorze prix Gémeaux en tout, dont celui le plus convoité de l’émission coup de cœur de l’année, seule récompense remise à la suite d’un vote du public, a déclaré : « Je nous souhaite que notre prochain gouvernement ait de l’empathie pour nous, de l’empathie pour ceux dont ils devront prendre soin, car le pouvoir ne consiste pas à dominer, mais à servir. Je nous souhaite qu’ils aient de l’empathie pour cette planète et cette terre, avec qui nous partageons cette étrange aventure qu’est la vie. Je nous souhaite qu’ils comprennent que la seule immigration qu’on ne contrôle pas, qui vole nos jobs et qui fait peur, c’est l’intelligence artificielle. Je nous souhaite qu’ils coupent tout contact avec ceux qui commettent des génocides et perpétuent la haine dans ce monde. La politique doit être un rempart contre l’horreur et pas un complice. Je nous souhaite aussi de s’amuser follement ce soir, comme un immense pied de nez à ce pessimisme ambiant, de célébrer ces drôles de métiers que nous faisons et la chance qu’on a de les faire. »

La série diffusée cet automne sur Noovo, après sa sortie sur Crave, annonce d’ores et déjà une deuxième saison en 2027.

Trois autres lauréats

Trois autres lauréats au moins ont emprunté un chemin semblable : Mani Soleymanlou a remercié Téléquébec de s’ouvrir depuis tant d’années aux générations d’enfants immigrants et d’aider à leur intégration réussie.

Émile Proulx-Cloutier (Avant le crash, série écrite par Éric Bruneau et Kim Lévesque-Lizotte) a déploré la quête de pouvoir et d’argent des personnages méchants (qu’il endosse avec plaisir comme acteur) en train de détruire la planète : « La quête effrénée du profit et du pouvoir, ça brise les gens et c’est en train de briser la planète sur laquelle on habite. Il faudrait qu’on parle de ces enjeux-là dans toutes les campagnes électorales du monde. Je suis convaincu que le monde sera ce que nous en ferons. »

Julie Le Breton récompensée pour le retour d’Anna Brodeur a prié la collectivité d’être sensible (empathique?) au sort des techniciens, artisans et acteurs au chômage, abandonnés par « la culture instrumentalisée » puis s’est adressé « à ceux qui ne comprennent que les chiffres : chaque $ investi dans la culture entraîne 1.70$ de dividendes ».

Tania Kontoyanni de l’Union des Artistes a dû s’en réjouir, mais le chef conservateur Éric Duhaime appelait ce matin à couper dans l’aide sociale et à réduire l’immigration non économique, y compris les réfugiés. Pourtant, à TOUT PEUT ARRIVER à Radio-Canada samedi, Joey Hanna, avocat au travail coupé au Haut-Commissariat des Réfugiés (ONU), décrivait comme l’avait fait le prof humanitaire à l’UQAM François Audet, les morts par centaines de milliers en Afrique et en Amérique du Sud qu’allaient provoquer les coupures aux vaccins et à l’aide à l’égalité des femmes vantée par Ruba Ghazal de Québec solidaire, coupures effectuées par Trump, Carney (Casques Bleus) et l’Occident militariste pro-OTAN et pro-guerre.

« Pognage de vécul »

Ces réactions unanimes montrent que l’empathie déclenchée envers un milieu hospitalier où psychiatres et intervenants hors normes interprété(e)s par Florence et Thomas Ngijol réagissent avec humanité en accompagnant leurs patients poqués incarnés entre autres par Benoît Brière et Brigitte Lafleur, ne correspond pas par sa maturité politique remarquable à la tendance observée à la radio peureuse : formée comme urgentologue au sortir d’une ferme de St-Fabien où ses parents avaient trimé dur aussi pour ses huit frères et sœurs, mon épouse utilise l’expression « pognage de vécul » (oups, faute d’orthographe?) pour déplorer qu’on favorise cette tendance en tassant l’analyse politique fine à faire des causes de la détérioration de nos systèmes d’éducation et de santé que les partis de droite veulent de plus en plus amener au privé. Trump n’est pas toujours à blâmer.

Nos écrivains québécois de génie ont la patience de laisser parler leur âme : C’était ça ou mourir, de l’écrivain haïtien et universel Thélyson Orélien, et Traumathys, de David Goudreault, avec son exploration sans barrières des thèmes de l’itinérance, de la maladie mentale et des surdoses mortelles des Big Pharmas.