Brèche étudiante dans la désinformation

Par Pierre Jasmin, professeur honoraire de l’UQAM et secrétaire APLP, 10 août 2026

 Trois étudiantes Abraar Alsilwadi, Nour Salhi et Eve Aboualy de l’Université MacEwan d’Edmonton (Alberta) punies pour leur solidarité palestinienne. Photo David Slater.

1- Censure médiatique des jeunes enquêteurs de The Breach

https://breachmedia.ca/canadian-universities-set-up-a-secret-network-to-crack-down-on-student-palestine-demonstrators/

On comprend nos médias d’être jaloux du travail courageux de deux jeunes journalistes Euan Thomson & David Slater qui ont répondu très humblement à mes compliments motivés. Car leur enquête peu médiatisée a révélé qu’« en 2024, les hauts responsables de l’Université de l’Alberta avaient délibéré sur la manière de gérer un campement étudiant — l’un des nombreux qui voyaient le jour à travers le pays pour protester contre le génocide perpétré par Israël à Gaza. Après avoir bouclé les bâtiments du campus, ils ont communiqué des informations à un réseau d’autres universités envisageant des mesures similaires, à une condition, que cela reste « absolument secret ». La raison en était évidente : en Alberta, cette opération coordonnée dans l’ombre — qui allait déboucher sur des interventions policières musclées dans plusieurs universités — impliquait non seulement les forces de l’ordre, mais aussi un représentant du gouvernement conservateur uni de Danielle Smith. L’enquête menée par The Breach révèle comment les universités de Calgary et de l’Alberta, ainsi que de nombreux autres établissements du pays, ont agi de concert pour réprimer le militantisme de leurs étudiants. Les documents obtenus grâce à des demandes d’accès à l’information, souvent recueillis au prix de retards, d’obstruction et même de la destruction de dossiers par des responsables universitaires, offrent l’aperçu le plus complet à ce jour des agissements de ces universités.

Les responsables de la gestion des urgences universitaires ont exploité deux réseaux clandestins parallèles — l’un à l’échelle nationale et l’autre en Alberta — regroupant des établissements d’enseignement, des représentants du gouvernement provincial et les forces de l’ordre. Par l’intermédiaire de ces réseaux, ils échangeaient des informations afin de surveiller et de réprimer des activités politiques protégées par la Charte au sein de leurs campus. Des documents révèlent qu’un représentant du gouvernement albertain (issu du Parti conservateur uni) a assisté à une réunion d’urgence secrète de ce réseau une semaine seulement avant les violences policières (voir photo 2) survenues à l’Université de Calgary et à l’Université de l’Alberta. Loin de se contenter d’un rôle d’observateur passif, il a pris une part active aux échanges en demandant personnellement comment les établissements d’enseignement postsecondaire tiendraient son ministère de l’Enseignement supérieur « informé » à l’avenir, établissant ainsi ce canal de communication avant même l’installation du moindre campement.

 Campement étudiant albertain attaqué par la police – mai 2024 @university4palestine.yeg/

L’Université de l’Alberta a exigé que les mises à jour concernant sa stratégie de communication restent « strictement confidentielles », une pratique qui s’est généralisée au sein des réseaux concernés. Lorsque le média The Breach a déposé plus d’une douzaine de demandes d’accès à l’information pour obtenir des documents relatifs à leurs activités, les universités ont systématiquement détruit, dissimulé ou dénaturé les preuves de leur coordination secrète. Elles n’ont communiqué leurs documents qu’au terme de longues procédures de recours et de contestations juridiques. Dans certains cas, l’examen officiel du dossier par le Commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Alberta a nécessité plusieurs mois. Même alors, les documents obtenus étaient souvent largement caviardés. Pendant plus d’un an, deux journalistes de The Breach ont croisé les informations : ils ont comparé les déclarations faites par une institution à celles transmises à un autre organisme public, ainsi que les documents reçus par l’un des journalistes avec ceux qui avaient été refusés à l’autre. Cette méthode a mis en lumière des contradictions que les universités n’avaient pas anticipées. (…) »

« Tous les Albertains devraient vivement s’inquiéter des interventions d’un gouvernement provincial d’extrême droite dans la gestion et les affaires d’une université », a déclaré Michael Litwack, professeur à l’Université de l’Alberta ayant participé au campement organisé au sein de cet établissement.

2- Le délire étudiant préféré par nos médias pro-israéliens

Délire no 1 : un gradué de McGill en droit (!), qui ne sait même pas qu’il est haineux, décide d’accuser son université de ne pas l’avoir assez protégé contre les manifestations propalestiniennes « aux propos haineux »! Au lieu de l’envoyer chez un psychiatre qui l’aurait conseillé de changer de métier pour s’épargner d’autres « traumatismes rhétoriques », on entretien son délire! Seule circonstance atténuante, il vit dans l’unique lieu au monde, l’Amérique du Nord anglophone, isolé par une censure hermétique contre la réalité du génocide infligé par Nétanyahou, tel que l’ONU le clame universellement par la bouche de tous ses représentants successifs de l’UNRWA et en premier lieu, Francesca Albanese qui a écrit Quand le monde dort aux Mémoires d’encrier.

Le jeune McGillois aurait pu s’immuniser contre la propagande médiatique auprès de notre gouverneure générale Louise Arbour qui a, avec raison, qualifié de génocide le massacre de 8000 hommes à Srebrenica par l’armée serbo-bosniaque en 1995. En comparaison, pourrait-il nier le « génocide » face à 62 000 Gazaouis massacrés, majoritairement civils, femmes et enfants (chiffres actuels selon l’ONU), alors qu’en Bosnie, les génocidaires avaient épargné les femmes et la plupart des enfants sauf quelques adolescents ? Non, ce professionnel du droit croit en Nétanyahou et en notre gouvernement qui vend très cher des armes entretenant le génocide.

Délire no 2 : la juge Dominique Poulin de la Cour supérieure du Québec estime que les faits allégués dans la poursuite du petit chou « suscitent suffisamment d’inquiétudes » pour être entendus devant les tribunaux : on suspend notre jugement qui qualifie la cause de « délire » jusqu’à ce que la juge nous révèle des faits qui nous auraient échappé. Mais le tit chou « reproche à son université de ne pas avoir pris de mesures disciplinaires concrètes et rapides à l’encontre des manifestants (revoir photo 2) afin de protéger les étudiants juifs » et demande à l’université une indemnisation de 5 millions de dollars en dommages punitifs, qui serait reversée à l’ensemble des étudiants juifs inscrits à l’Université McGill depuis le 8 octobre 2023, soit environ 4000 étudiants. Il exige également un remboursement d’un tiers des droits de scolarité pour ces étudiants, au motif que l’Université aurait manqué à son obligation de les protéger contre la discrimination!!! Quel faked délire!

Délire no 3 : B’nai Brith surenchérit en appuyant la cause du tit chou, cet organisme prétendant continuer ainsi à pourfendre aveuglément les ennemis d’Israël. Aveuglément, car il refuse de voir les écrits du professeur uqamien Abraham Weizfeld, du professeur émérite (juif) de l’Université de Montréal Yakov Rabkin [1] ou du Rabbin David Feldman dont je traduis le discours [ii] : « Le judaïsme est une religion, tandis que le sionisme est un mouvement politique. Amalgamer l’identité juive et la religion juive est une tentative de propagande visant à donner l’impression que condamner le sionisme ou l’État d’Israël est antisémite » La circonstance atténuante de B’nai Brith? À part l’Aut’Journal, aucun journal main stream ne publie les articles APLP, apparemment sans ressentir aucune honte de justifier ainsi le fanatisme génocidaire antipalestinien poursuivi par Nétanyahou.

Délire no 4 : Radio-Canada, Le Devoir et La Presse (et sans doute bien d’autres médias que je ne lis pas) publient les 6 et 7 août ces trois délires in extenso, sans aucune critique et sans rigoler!

Permettez-moi de rire un peu. Il y a cinquante-six ans, des McGillois, s’ils avaient été immoraux et égocentriques comme tant de leurs contemporains, auraient pu m’accuser de troubler leur paix coloniale par mes activités politiques en faveur de mon héros René Lévesque pendant mes études à McGill : j’étais alors responsable de Ville Mont-Royal – c’est pas un cadeau, avait rigolé Lévesque – pour la première campagne électorale du jeune PQ qui m’amena à foxer mes cours en mars et en ce fameux avril d’élection 1970. Je m’étais amusé à inquiéter le doyen teuton de la Faculté de Musique en lui demandant pour mon récital final d’enlever l’immense portrait de la reine, salle Redpath, susceptible de déplaire à mes amis politiques : il choisit plutôt de le faire garder par une polizei engagée aux frais de McGill!

Heureux antidote sympathique à ces escarmouches-enfantillages, j’étais très aimé en particulier des professeurs (juifs pour la plupart) Alexander Brott, Rose Goldblatt, Dorothy Morton, Charles Rainer, Bruce Mather + deux compositeurs juifs américains, réfugiés des États-Unis alors en pleine guerre du Vietnam : ils m’ont octroyé à ma grande surprise la médaille d’or du ministre de l’Éducation en mai de cette même année! Et pan dans les gencives…

3- Appels de mai 2024 en faveur des manifestants propalestiniens, fructueux auprès du recteur UQAM, vains à McGill

a) De : INFO DIRECTION mercredi 15 mai 2024 16:55

Chères et chers collègues, membres de la communauté de l’UQAM,

Depuis dimanche après-midi, un campement s’est installé dans les jardins du Complexe des sciences Pierre-Dansereau. Le groupe Solidarité pour les droits humains des Palestiniennes et Palestiniens réclame le retrait par l’Université McGill de l’injonction introduite en Cour supérieure, la fermeture par le gouvernement du Québec du Bureau du Québec à Tel-Aviv et l’abandon par l’UQAM de ses liens économiques et académiques avec Israël.

L’UQAM n’est pas la bonne interlocutrice pour les deux premières demandes. Il s’avère que pour la troisième, nous pouvons démontrer sans difficulté que nous n’avons pas d’investissement en lien avec l’armement ou la guerre qui fait rage. Ceci nous est confirmé par la Fondation de l’UQAM et son gestionnaire de placements. La Fondation s’est dotée il y a déjà de nombreuses années d’une politique d’investissement responsable. L’Université n’a pas en ce moment de liens académiques institutionnels avec des universités israéliennes. Je suis convaincu que si nous en avions, nous devrions les maintenir, parce qu’affaiblir les universités revient souvent à renforcer ceux qui ne souhaitent pas d’opposition à la guerre. Cela dit, cette double demande qui est la seule sous le contrôle de l’UQAM est donc déjà satisfaite. L’UQAM n’est dans les faits pas la bonne cible.

Comme recteur de l’UQAM, je dois assurer un dialogue avec les personnes présentes dans le campement, et faire en sorte que l’UQAM reste un lieu sécuritaire, un lieu de paix et de débat respectueux. Je dois aussi garantir à notre communauté et aux partenaires qui fréquentent notre université et participent à nos événements un libre accès à nos campus, et veiller à leur sécurité ainsi qu’à celle des personnes dans le campement.

Le dialogue avec ces dernières est établi depuis dimanche et les échanges ont lieu de façon continue. Toutefois, des accès à nos bâtiments sont encore barricadés, en dépit de nos demandes répétées. Ainsi, la Chaufferie du Cœur des sciences est présentement inutilisable. Il est de toute première importance pour moi que l’accès et la sécurité, la libre circulation des personnes et la salubrité des lieux soient garantis.

Je me préoccupe aussi du fait qu’aucun des échanges avec les représentantes et représentants du campement ne porte sur les revendications qu’ils ont eux-mêmes publiquement exprimées. Ils semblent se concentrer sur des aspects matériels, comme si, quoi que nous fassions, leur intention était de s’installer à long terme. Ils ne semblent pas accorder une grande importance à leurs propres revendications.

Ces personnes cachent leur visage, et le campement lui-même, enclavé entre nos bâtiments, a des allures de château fort, avec d’importantes palissades et une totale absence de transparence. Ceci ne m’inspire pas confiance sur les véritables intentions derrière cette installation dans notre université. Le campement à l’UQAM est par de multiples aspects très différent des campements à l’Université de Sherbrooke et à McGill.

Comme individu, je suis profondément touché par la tragédie qui se déroule sous nos yeux en Palestine et en Israël. La guerre et l’humanité sont difficilement compatibles. Je comprends la colère, l’indignation, le désespoir, le deuil des Palestiniens et des Israéliens. Ce conflit semble sans issue et terriblement meurtrier. La guerre polarise la société. Je ne souhaite pas qu’elle divise notre communauté. Nous sommes les garants de la liberté académique, essentielle pour le fonctionnement de la démocratie. L’Université est un lieu d’ouverture et de dialogue dans le respect. Gardons ce cap, quoi qu’il arrive.

Avec mes amitiés,

Le recteur,

Stéphane Pallage

b) De : Jasmin, Pierre

Envoyé : mercredi 15 mai 2024 18:29

Cc : Nassib El-Husseini; Sauvé, Lucie; Vandelac, Louise; Breton, André; Hervieux, Geneviève, présidente du Syndicat des profs.

Monsieur le recteur,

plusieurs de vos préoccupations sont aussi les nôtres, aux Artistes pour la Paix. Lorsque vous écrivez “Je suis convaincu que si nous en avions (des relations avec des universités israéliennes), nous devrions les maintenir, parce qu’affaiblir les universités revient souvent à renforcer ceux qui ne souhaitent pas d’opposition à la guerre. ” Vous avez raison en principe, comme nous avions en principe raison en 2010 en accordant notre appui à Margaret Atwood de PEN international.

Mais depuis ce temps, les États-Unis ont accentué leur agressivité militariste, imités par le Canada dont les journaux mainstream (Le Devoir, La Presse) nous censurent, depuis le début de la guerre OTAN-Russie sur le dos des malheureux Ukrainiens.

Quant au recteur de McGill, il est à nouveau débouté dans sa tentative judiciaire qu’il a prise d’appeler la police, malgré ma lettre qu’il a reçue samedi matin.

Vous avez raison d’être inquiets des manifestants masqués sur notre campus, mais tant que nos médias appliqueront une censure sévère contre l’ONU et l’UNRWA, heureusement suspendue un soir par le 24/60 à Radio-Canada où la rapporteuse spéciale de l’ONU à Gaza a été interviewée (un mois et quelques jours après que nous lui ayons consacré sur notre site un article complet!), les Artistes pour la Paix ne pourront jamais appuyer les tentatives de réprimer la voix de la jeunesse, indignée du génocide (est-il possible de trouver une autre expression?). Et je suis certain que mon très cher ami membre des APLP jusqu’à sa mort, Pierre Dansereau, aurait été de notre côté.

Ouvert au dialogue, je serai présent demain au DR-200 à la présentation d’ÈRE/UQAM.CA de notre professeure émérite Lucie Sauvé, avant de rejoindre à la Maison Symphonique ma vieille amie Hélène Mercier-Arnault avec qui j’ai aussi échangé sur la question à titre de professeur honoraire de l’UQAM.

Solidarité, même si je n’ai pas consulté les personnes en cc, je suis rassuré par la conclusion inspirée de votre lettre : “L’Université est un lieu d’ouverture et de dialogue dans le respect. Gardons ce cap, quoi qu’il arrive.” 

Professeur honoraire, co-fondateur du Centre Pierre-Péladeau, secrétaire général des Artistes pour la Paix

c) Notre autre lettre du 20 mai 2024 au recteur Pallage

Monsieur le recteur,

vos efforts pour régler la crise semblent ne s’adresser qu’à ce que vous considérez comme l’irritant majeur, les occupants du campement à l’UQAM. Ne croyez-vous pas que quelques mots d’une autorité comme vous, en sympathie avec les 25 000 femmes et enfants assassinés par Tsahal, montreraient un visage plus humain capable d’obtenir plus de résultats ?

On aimerait donc vous voir porter davantage d’efforts vers les médias insensibles à l’atroce condition des Gazaouis et gênés de reproduire les efforts de la Cour pénale internationale et la Cour Internationale de Justice de l’ONU vers une solution qui criminalise les fauteurs de guerres, Haniyé [l’instigateur de l’attaque du 7 octobre 2022] et Nétanyahou, ainsi que leurs sbires.

La radicalisation des occupants que vous signalez à juste titre et qui nous préoccupe aussi n’est-elle pas le reflet de nos médias et gouvernements sourds au bon sens ?

Ma première lettre n’ayant, semble-t-il, obtenu aucune réponse, les Artistes pour la Paix espèrent recevoir votre réaction cette fois-ci ?

Pierre Jasmin

jasmin.pierre@uqam.ca

PS Médias insensibles : pourquoi a-t-il fallu attendre jusqu’à ce matin 23 mai le reportage sensible et vrai sur les occupations universitaires par Sophie Langlois à Radio-Canada?

d) Un message sympathique du recteur de l’UQAM le 22 mai et notre réponse

Bonjour Monsieur Jasmin,

J’apprécie vos messages et vos conseils. L’arbitrage que mon rôle exige entre assurer la sécurité des personnes et prendre position au nom de l’UQAM est complexe. J’aimerais vous rencontrer pour en discuter.

Meilleures salutations,

Stéphane Pallage

Recteur

Université du Québec à Montréal

Après deux semaines de démarches et de contacts avec les occupants propalestiniens, nous avons répondu à ce message sympathique du recteur de l’UQAM, M. Pallage, avec plusieurs personnes en cc, le 22 mai au soir :

Avec plaisir, monsieur le recteur,

même si je crains que l’idéalisme des Artistes pour la Paix soit peu apte à résoudre à court terme le radicalisme d’un campement reflétant une situation politique si tendue. Je mettrais davantage d’espoir dans les paroles hier de notre Premier ministre qui annonçait, “au moment opportun”, une recommandation canadienne de faire admettre à l’ONU à part entière la Palestine, mettant ainsi fin à un ostracisme en partie responsable de la catastrophe à Gaza actuelle.

Il m’a semblé hier que la déclaration conjointe de l’Irlande, et surtout de pays co-fondateurs comme le Canada de l’OTAN en 1949, le Portugal et la Norvège, représentait un tel moment opportun.

Espérons que M. Trudeau se ressaisira, puisque notre ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, semble plus ouverte à une telle reconnaissance (tous deux en cc, ils ne réagiront pas).

Merci à vous, pour votre ouverture que les Artistes pour la Paix saluent.

Le secrétaire général des Artistes pour la Paix

de Magog où je réside à temps plein depuis ma retraite de l’UQAM il y a dix ans.

e) Messages au recteur de McGill avec la photo ci-dessous

 Photo 2003 en la Salle des Boiseries de l’Université du Québec à Montréal : Philippe Kirsch, auteur du Statut de Rome, 1er juge de la Cour internationale, avec deux amis du collège Stanislas (feu le comédien Luis de Cespédes), reçoit un doctorat honorifique de l’université.

Monsieur le recteur Deep Saini,

n’ayant reçu aucune réponse au mot plus long que je vous avais envoyé le 11 mai au nom des Artistes pour la Paix (disponible à nouveau sur demande), me voici décontenancé par votre immobilisme, caché sous des paroles bien intentionnées mais surenchéri par bientôt trois appels à la police, que la justice du Québec n’a heureusement pas approuvés, jusqu’à aujourd’hui.

Comme gradué de McGill (et de cinq autres institutions hors pays), je ne peux que réitérer le souhait de voir la crise qui secoue mon université se régler. Il me semble que reconnaître la légitimité des accusations portées par des procureurs de la Cour Pénale internationale contre Netanyahu et son ministre de la guerre (ainsi que contre le Hamas), aiderait à dénouer l’impasse, en montrant une sympathie envers les sentiments de vos manifestants, qui reflètent ceux d’une grande partie de la population censurée par nos médias.

Vous trouverez aussi un addendum datant d’il y a vingt-et-un ans, cinq années après que le Traité de Rome a été signé par l’ONU, l’institution internationale idéale pour régler les conflits mondiaux (et peut-être locaux ?😉).

Rédigé principalement par Maître Philippe Kirsch, à qui l’UQAM décerna un doctorat honorifique, son préambule retranscrit a nourri l’expression de mon indignation face aux exactions de Tsahal dans Gaza, partagée lors de mes deux visites en appui aux jeunes campeurs de McGill, à deux reprises sous la pluie, ce qui montre leur attachement à la cause revendiquée.

Veuillez agréer encore une fois l’expression de mes sentiments distingués, avec l’espoir naïf qu’ils vous aideront à dénouer l’impasse,

Addendum : Petite histoire des origines de la Cour Pénale Internationale telle qu’elle sera relatée dans mon prochain enregistrement Beethoven.

La Sonate en ut majeur opus 53 fut choisie par mon ami Philippe Kirsch, pour la cérémonie qui lui décerna le 6 mai 2003 à l’UQAM un doctorat honorifique offert en hommage à son travail acharné pour faire adopter par l’ONU le Statut de Rome. Le futur vice-recteur de l’UQAM René Côté avait souligné dans son discours les qualités de négociateur de M. Kirsch, pour beaucoup dans le succès de ces pourparlers, une réussite obtenue en dépit de multiples tentatives de mises en échec par les États-Unis. Sans Philippe Kirsch, il n’y aurait pas eu de Traité de Rome, avait-il conclu. Adopté par cent-vingt Nations Unies dont le Canada, dans la nuit du 17 au 18 juillet 1998, malgré l’abstention de vingt-et-un pays et l’opposition de sept dont hélas la Chine, les États-Unis, l’Inde et Israël, en voici les premiers mots dramatiques et hélas bien adaptés à nos temps de discours guerriers et d’ONU bafouée :

Conscients que tous les peuples sont unis par des liens étroits

et que leurs cultures forment un patrimoine commun,

et soucieux du fait que cette mosaïque délicate puisse être brisée à tout moment

ayant à l’esprit qu’au cours de ce siècle, des millions d’enfants,

de femmes et d’hommes ont été victimes d’atrocités

qui défient l’imagination et heurtent profondément la conscience humaine…

i : Pierre Jasmin sur le site APLP 24 mai 2024

Comment exprimer toute notre admiration aux jeunes campeurs protestataires dans nos universités ? Au moment où certains profs de sciences politiques glosent savamment des 2% du P.I.B. exigés au Canada militarisé par l’OTAN et par des sénateurs américains dont le compte de dépenses électorales est gonflé des « dons » de compagnies militaires, contrairement à ce qu’exige UNIDIR, c’est-à-dire la diminution draconienne des dépenses militaires pour sauver la planète d’un réchauffement climatique qui s’emballe, disons tous bravo aux étudiantEs qui obtiennent, deux heures après la parution de notre article, une confirmation éclatante de la valeur de leur lutte [en accord] avec l’ordre de la Cour Internationale de Justice à Israël de cesser ses opérations militaires génocidaires à Rafah. Que fait le congrès américain? Il invite le criminel de guerre Nétanyahou.

ii- Pierre Jasmin sur le site, 30 mai 2024

Le campement propalestinien de l’UQAM sera démantelé au cours des prochains jours, selon une de ses porte-paroles, les étudiants jugeant que l’université a répondu à leurs demandes. Ce fut fait par un vote unanime de son conseil d’administration, mercredi soir. « Après plusieurs rencontres et discussions, franchement, on considère qu’on peut se féliciter, nous au campement, par rapport aux résultats et on considère d’ailleurs que ça répond à nos demandes minimales pour vraiment atteindre les objectifs du campement. »

Les manifestants, chapeautés par le groupe Solidarité pour les droits humains des Palestiniens et Palestiniennes (SDHPP) exigeaient que la direction de l’université abroge toute entente interétatique ou interinstitutionnelle avec Israël, en plus de s’opposer à la judiciarisation de la lutte pour la Palestine. Ils demandaient aussi au gouvernement québécois de faire marche arrière en ce qui concerne l’ouverture du Bureau du Québec à Tel-Aviv par la ministre Biron.

Résolution unanime du C.A. de l’UQAM : mercredi soir, le conseil d’administration de l’université a adopté à l’unanimité une résolution qui demande à la Fondation de l’UQAM de s’assurer de n’avoir aucun investissement direct dans des fonds ou compagnies qui profitent de l’armement et de divulguer chaque année la liste de ses investissements. En plus d’appeler à un cessez-le-feu immédiat entre Israël et le Hamas, la résolution condamne toute attaque contre des établissements d’enseignement supérieur en Palestine. La direction s’engage également à faciliter l’accueil d’universitaires palestiniennes et palestiniens, dont des personnes étudiantes, et à prévoir un budget à cette fin. Enfin, le document confie au recteur de l’UQAM, Stéphane Pallage, le soin de communiquer cette résolution aux rectrices et recteurs des universités israéliennes et palestiniennes. L’adoption de cette résolution au conseil d’administration de l’UQAM est survenue deux jours après une décision de la Cour supérieure pour la libre circulation du personnel et des étudiants dans le secteur du Complexe des sciences, occupé par des manifestants propalestiniens.

Les Artistes pour la Paix remercient le recteur et madame Hervieux, présidente du Syndicat des Professeur.es de l’UQAM, pour leurs interventions modérées, tandis qu’à l’inverse, le recteur de McGill publiait aujourd’hui 30 mai 2024 une autre intervention incendiaire de rejet des demandes étudiantes.

 

POST-SCRIPTUM DU 16 OCTOBRE 2025 PAR LE RECTEUR PALLAGE  :

« Hier, le professeur Bernard Duhaime, en tant que rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition, a pris position de façon très ferme sur l’accord de paix à Gaza. Selon lui, la paix n’est pas quelque chose que l’on impose, mais un processus dans lequel on s’engage. La paix exige notamment la justice, la dignité et la responsabilité. Quel mandat que celui de Bernard. Son courage est remarquable et très inspirant. »

SUIVI À LA FIN DE L’ANNÉE par notre courriel à Stéphane Pallage :

Après Àmour avec l’accent de l’UQAM il y a deux ans, SÀNTÉ l’an dernier, notre recteur a opté cette année pour PÀIX, « parce que rien n’est plus fragile en ce moment précis du 21e siècle ». Merci infiniment, monsieur le recteur, pour votre sagesse bien informée. Pierre Jasmin, secrétaire général des Artistes pour la Paix. Décembre 2025

POST-SCRIPTUM D’AOÛT 2026 :

1- Deep Saini dans notre ère de désinformation et de manipulations vient d’être réélu pour un autre mandat de cinq ans à McGill.

2- À propos haine : les trois derniers mois de l’année 2022 suivant l’attaque du 7 octobre par Haniyé auraient dû voir se terminer la guerre Hamas-Israël, si du côté israélien on avait mis fin au règne de Nétanyahou, haineux et corrompu, et si, en plus du bon docteur gazaoui Abuelaish opposant au Hamas [i], s’était levé un leader palestinien, tel René Lévesque à l’automne 70 opposé au FLQ : hélas ils étaient tous emprisonnés par Israël, tel Marwan Barghouti.

3- Aujourd’hui, sans surprise, Radio-Canada relaie complaisamment le discours haineux de Nétanyahou en sursis d’élections imminentes, rejetant du faked Peace Board de Trump toute paix avec le Hamas à Gaza et toute existence d’un état palestinien, alors que ses colons attaquent sans retenue la Cisjordanie.

4- Et nos médias préfèrent délirer avec leurs « solutions » militaires, plutôt que d’adopter la sagesse du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres et de ses Casques Bleus sabotés avant-hier par le PM Carney.