Arbitres nucléaires ONU infectés par les guerriers USA-Israël vs l’Iran
Par Pierre Jasmin, prof honoraire UQAM, membre exécutif Pugwash Canada 2007-2019

1- Quelques jalons historiques
Le Manifeste Einstein-Russell 1955 : « Nous en appelons en tant qu’êtres humains aux êtres humains [y compris les physiciens nucléaires que Pugwash et Josef Rotblat allaient regrouper en 1957 pour avertir le monde de sa possible annihilation via le danger nucléaire]: souvenez-vous de votre humanité, et oubliez le reste. Si vous le pouvez, la voie est ouverte vers un nouveau Paradis ; sinon, vous faites face au risque d’une mort universelle. »
John F. Kennedy 1962 : « notre nation a la volonté et la foi pour briser la résistance au désarmement et à la non-prolifération nucléaire et nous persévérerons en vue de la victoire, jusqu’à ce que la règle de la loi remplace le toujours périlleux usage de la force. »
Philippe Kirsch 1998-2003 : Adopté par cent-vingt Nations unies dans la nuit du 17 au 18 juillet 1998, malgré l’abstention de vingt-et-un pays et l’opposition de sept dont hélas la Chine, les États-Unis, l’Inde et Israël, les premiers mots dramatiques du Statut de Rome semblent adaptés à nos temps de discours guerriers et d’ONU bafouée : Conscients que tous les peuples sont unis par des liens étroits et que leurs cultures forment un patrimoine commun, et soucieux du fait que cette mosaïque délicate puisse être brisée à tout moment, ayant à l’esprit qu’au cours de ce siècle, des millions d’enfants, de femmes et d’hommes ont été victimes d’atrocités qui défient l’imagination et heurtent profondément la conscience humaine… En remerciement, l’UQAM a accordé un doctorat honorifique à son auteur.
Mary-Ellen Francoeur 2012 : alors présidente de Pax Christi, cette religieuse catholique membre de notre Réseau Pancanadien pour la Justice et la Paix (CWJPN) écrivait notre opposition d’alors (et d’aujourd’hui !) à une guerre américaine contre l’Iran [i].
Septembre 2017 : l’affiche sur la photo (ci-haut) a été signée par Elizabeth May et Thomas Mulcair, chefs respectifs des partis Vert et NPD, lors d’une cérémonie coprésidée par Pierre Jasmin et Murray Thomson devant le Parlement d’Ottawa. L’ambassadrice du Costa Rica Elayne Whyte-Gomez, au centre de la photo avec P. J., Debbie Grisdale et Steven Staples, présente son Traité sur l’Interdiction de l’Arme Nucléaire, endossé le 7 juillet à l’ONU par 122 pays. Chrystia Freeland, endossée par l’OTAN et ses trente pays membres, refuse même de la rencontrer, ce qui représente un dramatique point tournant international du refus de l’ONU par l’OTAN. Moins de trois mois plus tard, comme Josef Rotblat en 1995 avec Pugwash, l’Hibakusha canadienne Setsuko Thurlow reçoit avec ICAN.org le Prix Nobel de la Paix.
2020: Fin de la 1ère présidence de Trump. Déjà les médias sociaux des GAFAM remplacent nos programmes de TV et nos journaux couvrant les sérieux sommets de l’ONU sur la justice climatique et le désarmement souhaitable, par des reportages sur la mode arborée lors des réunions du G7, de Davos, en vantant les cris de l’OTAN contre les ennemis des pays capitalistes, devenant membres du BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghaï.
3 février 2021 : les AplP dénoncent l’irrespect du Canada face à neuf politiques onusiennes (GIEC, UNIDIR, la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones …) [ii].
23 juillet 2023 : les AplP invités au ministère des Affaires étrangères du Canada constatent puis dénoncent son choix pour l’OTAN contre Pugwash et les ONG coopératives de la société civile canadienne présents, qui défendent tous un monde régi par l’ONU [iii].
14 juin 2025 : nous dénonçons [iv] l’attaque illégale et contreproductive d’Israël sur l’Iran débutée le 1er juin 2025 par une mise en garde de l’AIEA contre l’Iran; l’expert de Pugwash Tarik Rauf avait émis de sérieux doutes sur l’objectivité de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) présentant un rapport déclarant l’Iran non conforme à ses obligations de non-prolifération. Pourtant, il y a 20 ans, une décision similaire avait incité le Conseil de sécurité des Nations Unies à imposer sans vérification des sanctions contre la République islamique appliquées par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et le Canada. Le rapport de juin par l’AIEA va plus loin en qualifiant les expériences d’enrichissement d’uranium par l’Iran de « risque majeur de prolifération » et le directeur général de l’AIEA, Rafael Mariano Grossi, avertit à plusieurs reprises que l’Iran possède suffisamment d’uranium hautement enrichi pour créer plusieurs armes nucléaires! Comment agiter un chiffon rouge plus provoquant devant un taureau fou comme Nétanyahou? Ulcéré par des prêches d’Ayatollahs extrémistes de « rayer l’État sioniste de la carte du monde », sa fuite en avant représente sa seule façon d’éviter la prison israélienne pour ses crimes avérés de corruption et la prison de La Haye vers laquelle la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats pour ses crimes génocidaires. Néanmoins, nos télévisions présentent complaisamment ses faux arguments guerriers et continuent à censurer les apôtres d’une paix onusienne, avec pour résultat l’issue guerrière ci-dessous :

3 février 2026 : le Canada a quadruplé son budget militaire et Trump créé son Board of Peace, reléguant dans l’ombre les 80 ans de l’ONU, amputée de centaines de milliards de $ que les pays « civilisés » sacrifient au massacre prioritaire d’enfants (par Nétanyahou à Gaza) et à la prise d’otages mue par sa haine de ses concitoyens russophones du Donbass (par Zelensky et par l’odieuse présence aujourd’hui même du Secrétaire général de l’OTAN en visite à Kiyv), tandis que les otages du Venezuela, le président légitime Maduro et sa femme Florès, croupissent en prison à Brooklyn, enlevés par les sbires de Trump.
Ces faits tels que nous les relatons ici sont déformés par les GAFAM détenus par des milliardaires au-dessus des lois. Hélas, nos médias n’ont pas le choix de tenir compte des réseaux sociaux délirants véhiculés par les GAFAM, puisque leur mission reste de refléter toutes les tendances du moment. Ceci ne se fait-il pas au détriment de la vérité objective de la paix, telle que vue par l’ONU et les groupes de paix ?

2- Comprendre l’origine nucléaire de la guerre Israël-USA contre l’Iran
Monsieur le Premier ministre Mark Carney,
Nous vous communiquons d’abord l’appel urgent adopté hier soir à l’unanimité par les représentants de 55 organismes canadiens de Victoria à Terre-Neuve regroupés dans le Réseau pancanadien pour la paix et la justice. La chanson de Bob Dylan The times they are a-changin’ dénonçait déjà l’impérialisme US anti-Vietnam. Contre celui d’aujourd’hui représenté par une armada en route vers l’Iran, « nous vous prions de:
1) surtout éviter toute complicité avec toute intervention militaire US-Israël en Iran ;
2) rétablir les relations diplomatiques avec Téhéran, rompues par le Premier ministre Harper en 2012 ; on peut toujours éviter la guerre par des tractations diplomatiques ;
3) restaurer l’ambassade et les biens culturels de l’Iran au Canada, dont les propriétés ont été saisies par le gouvernement Trudeau en 2019 ;
4) mettre fin à toutes les mesures économiques coercitives du Canada contre l’Iran et ses citoyens ;
5) retirer la République islamique d’Iran de la liste des terroristes du Canada (son soutien de la cause palestinienne et sa lutte contre l’État Islamiste sont du contre-terrorisme !) ;
6) développer une politique étrangère indépendante en quittant l’OTAN afin d’observer un ordre fondé sur les règles de l’ONU interdisant l’ingérence dans les affaires intérieures et les menaces de violence contre tout État membre de l’ONU. »
Ceci ne serait-il pas conforme à votre discours à Davos diagnostiquant avec raison la rupture de l’ordre global, hélas sans aller au bout de votre raisonnement ?
Contre l’allégation par le président Bush et Tony Blair il y a plus de trente ans que l’Iran et l’Irak représentaient un « axe du mal », en raison de leur prétendue quête d’«armes de destruction massive », le directeur égyptien de l’AIEA d’alors, Mohamed ElBaradei, a assuré à plusieurs reprises au Conseil de sécurité de l’ONU qu’il ne trouvait aucune preuve que l’Irak développait une arme nucléaire ni d’armes biologiques, contrairement aux allégations de la CIA. ElBaradei et l’AEIA ont par conséquent reçu en 2005 le prix Nobel de la paix pour avoir dénoncé les mensonges de Bush, dit la vérité aux puissants et renforcé la non-prolifération nucléaire. Dans ses propres mémoires, The Age of Deception: Nuclear Diplomacy in Treacherous Times, ElBaradei a écrit que si l’Iran a fait des recherches préliminaires sur les armes nucléaires, elles ont probablement commencé pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, après que les États-Unis et leurs alliés ont aidé l’Irak à fabriquer des armes chimiques qui ont tué jusqu’à 100 000 Iraniens.
Les néoconservateurs qui dominent la politique étrangère américaine après la guerre froide ont considéré le lauréat du prix Nobel ElBaradei comme un obstacle à leurs ambitions de changements de régime dans le monde et ont mené une campagne secrète pour trouver un nouveau directeur général de l’AIEA plus docile, lorsque son mandat a expiré en 2009. Si leur trouvaille Rafael Grossi avait fait preuve de la même prudence, de la même impartialité et de la même sagesse que Mohamed ElBaradei, il est fort possible que les États-Unis et Israël ne seraient pas en guerre contre l’Iran aujourd’hui. Nous appelons Rafael Grossi à démissionner de son poste de directeur de l’AIEA et à également retirer sa candidature annoncée le 22 octobre au poste de secrétaire général de l’ONU. Mohamed ElBaradei a écrit dans un tweet le 17 juin 2025 : « S’appuyer sur la force et non sur les négociations est un moyen sûr de détruire le régime de non-prolifération nucléaire (aussi imparfait soit-il), et envoie un message clair à de nombreux pays « que leur « sécurité ultime » est de développer des armes nucléaires. Ce qui a porté Radio-Canada à interviewer le 4 février le professeur Jonathan Paquin en sciences politiques de l’Université Laval, refusant de déclarer criminel le conseil au Canada de se doter d’une bombe nucléaire par Wayne Eyre, chef d’état-major de la Défense de 2021 à 2024, à la retraite depuis moins de deux ans.
Les Artistes pour la Paix remercient Medea Benjamin, cofondatrice de Global Exchange et de CODEPINK : Femmes pour la paix. Elle est coautrice, avec Nicolas J.S. Davies, de « La guerre en Ukraine : comprendre un conflit insensé ». M. Davies pour sa part a écrit Blood on Our Hands: The American Invasion and Destruction of Iraq.
Appréciation par Jean-Daniel Lafond :
« Un travail exceptionnel digne des artistes pour la paix.
JDL
Envoyé de mon iPhone »
Reçu ce commentaire favorable d’un médecin engagé depuis longtemps dans la lutte antinucléaire pour IPPNW-Canada International Physicians for the Prevention of Nuclear War ou Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire
De : Richard Denton
Envoyé : 12 février 2026 08:00
À : Jasmin, Pierre
RE: Reaction by les Artistes pour la Paix to the Joint Statement on Expiration of New START
Merci Pierre. We need to get this information out to more people.
Richard Denton, MD Emeritus, IPPNW – C.