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Je suis APLP parce que…

"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
Camille Pelletier Antaya, membre du CA des APLP
"Parce que la paix est toujours à faire, en nous comme avec les autres, et que c’est par l’art que c’est le plus merveilleux de la promouvoir, de la défendre, de la fêter !"
domlebo, auteur-compositeur-interprète
"La paix est sacrée. C’est pour ça qu’on dit : Sacré-moi la paix !"
Yvon Deschamps, humoriste retraité
"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
Pierre Jasmin, pianiste, membre de l'exécutif de Pugwash Canada
"ChacunE, quel que soit son milieu d’appar-tenance et ses talents, peut et doit apporter sa petite pierre à la construction de la Paix (qui est tellement plus que l’absence de guerre ou de conflit armé)."
Dominique Boisvert, écrivain d'essais
"La paix est loin d’être acquise. Avec l’explosion de l’industrie militaire dans le monde, on aura besoin de nos mots, notre musique, nos films, de notre art pour faire contrepoids. La culture est arme de construction massive."
Guylaine Maroist, cinéaste documentaire

BDS: Artistes pour la Paix avec Margaret Atwood et PEN

Margaret Atwood

Margaret Atwood

Il faut se réjouir avec les Palestiniens du succès des campagnes de Boycott, Désinvestissement et Sanctions commerciales contre Israël, ce BDS qu’il faut appuyer tant que ce dernier pays exercera un véritable apartheid contre les Palestiniens : on en voit encore les effets avec le dernier épisode où ils ont empêché des humanistes internationaux à venir construire une école en Palestine, quitte à emprisonner une Québécoise de dix-neuf ans, Charlotte Gaudreau-Majeau.

Par Pierre Jasmin, vice-président

Avec Margaret Atwood et PEN Club international, les Artistes pour la Paix sont toutefois d’avis que le boycott culturel contre les artistes israéliens peut être contreproductif, vu que l’artiste est par essence subversif (l’art est facteur de pacification!). Quant aux artistes qui choisissent de boycotter Israël, on les appuie, sans toutefois condamner ceux ou celles qui optent pour  le dialogue.

Car nous avions été choqués des accusations injurieuses contre Patrice Bruel par l’humoriste Dieudonné ou de celles contre le chanteur Leonard Cohen par le BDS, alors que ses chansons ne peuvent à nos yeux qu’ouvrir ceux qui manquent d’humanité (on lira les traductions de Michel Garneau de ce poète). Nous réitérons notre appui entier à Music in ME (music in Middle-East de Franz Wolfkamp), à Musique-Espérance (du pianiste uruguayo-argentin Miguel Angel Estrella) et au chef d’orchestre israélo-palestinien Daniel Barenboim qui ont tous trois formé des orchestres avec des musiciens palestiniens et israéliens et qui luttent tous trois pour la paix en Israël et pour la justice envers les Palestiniens. Par cette énumération, il est bien clair qu’il ne s’agit pas de former une liste d’exceptions au boycott, mais bien de lancer des réserves face au boycott des idées, des intellectuels ou des artistes en général, dont l’intransigeance peut parfois nuire à la cause complexe de la paix.

Nous comprenons très bien que cette intransigeance puisse être hélas nourrie par le mépris de certains alliés autoproclamés d’Israël et de son gouvernement d’extrême-droite. Constatons comment le gouvernement Harper n’a pas hésité à démolir dans le dernier budget fédéral le Centre Droits et Démocraties. Nous avions manifesté devant ses bureaux rue Maisonneuve en 2010 suite à la mort troublante de Rémy Beauregard, accusé par les sbires nommés au C.A. par les Conservateurs d’être trop partial face aux Palestiniens dont il n’encourageait pourtant que l’expression démocratique par les urnes. Paix à son âme.

Appuyé par le C.A. des Artistes pour la Paix (décembre 2009), j’avais précisé quelques points dans un article envoyé à la revue Relations en octobre 2010. Des contraintes d’espace y avaient raccourci l’article que je rétablis dans sa forme originale ci-dessous, y compris avec son introduction en italiques.

Aucun journal n’a voulu publier l’appel du 3 juin [2010] rédigé par le président des Artistes pour la Paix (APLP) pourtant signé par onze personnalités dont Martin Duckworth, Margaret Atwood, Georges Leroux, Pascale Montpetit, Alice Munro, Louise Warren et Yvon Rivard. À l’instar de l’éditorial signé Jean-Claude Ravet à peu près au même moment, l’appel dénonçait l’inacceptable, c’est à dire l’arraisonnement de la flottille humanitaire et le blocus de la bande de Gaza. Il plaidait aussi la nécessité de faire face à une situation géopolitique complexe où il importe de comprendre aussi bien les souffrances des Palestiniens que la peur légitime des Israéliens. La situation d’un pays isolé comme Israël, armé de bombes nucléaires (sujet bien connu par le mouvement international Pugwash dont Pierre est membre), est au moins aussi menaçante pour la sécurité mondiale que la situation de l’Iran, dirigée par Ahmadinejab, un extrémiste qui a peur, donc également capable de gestes violents irréfléchis. Or les médias nord-américains biaisés ne reflètent pas cette double terreur : au moins une centaine de bombes nucléaires en Israël, contre aucune, présentement, en Iran. Les APLP sont en accord avec la résolution finale le 28 mai dernier du Traité de non-prolifération nucléaire appuyée par 189 pays d’exiger une conférence en 2012 sur un Moyen-Orient libre d’armes de destruction massive (et cela doit inclure l’Iran mais aussi Israël). Nos préoccupations communes avec l’écrivain Amitav Ghosh pour qui « il est impossible d’imaginer un futur paisible et non catastrophique pour le Moyen-Orient sans sincèrement accepter la légitimité de l’existence d’Israël» furent aussi illustrées par l’essai courageux de Margaret Atwood The seventh future, paru en août dans Haaretz (Israël) et dans le Globe & Mail (Canada).

Le cinéaste Martin Duckworth et le pianiste Pierre Jasmin s’affrontent ici amicalement sur les réserves à accorder ou non à la campagne palestinienne BDS (boycott, désinvestissement et sanctions pour faire pression sur Israël) qu’ils appuient tous deux.

 

Martin Duckworth

Le 29 mars dernier, je transmettais à l’écrivaine Margaret Atwood mon étonnement que si informée et irréprochable fût-elle dans ses convictions sociales, elle ait l’intention d’accepter à l’Université de Tel-Aviv le prix Dan David. Même si ce prix non gouvernemental était accordé par un comité agissant pour un homme d’affaires israélien, il me semblait que la situation de la bande de Gaza si empoisonnée aurait dû l’empêcher d’accepter un tel prix. En vue de la faire fléchir, je lui ai alors fait parvenir par ton intermédiaire une touchante démarche par l’association étudiante de la bande de Gaza lui demandant de se solidariser avec les souffrances de la société civile palestinienne en refusant le prix.

Atwood connaissant ma mère[i], une correspondance amicale s’engagea entre nous, malgré sa décision d’accepter le prix Dan David à Tel Aviv.  Le 3 juin, notre appel commun au premier ministre canadien exprima d’abord notre révolte face au blocus de Gaza et face à l’arraisonnement sanglant par des soldats de la Marine israélienne du bateau principal turc de la Flottille de paix désarmée et voguant en eaux internationales: le « crime » des neuf humanitaires tués consistait en leur volonté d’acheminer vivres, fournitures médicales et scolaires ainsi que matériaux de construction à la bande de Gaza.

Je suis toujours partisan de ce que les APLP ont exprimé sur leur site le 22 décembre dernier : boycott total des marchandises et des partisans israéliens de la colonisation des territoires occupés, campagne de désinvestissement massif et sanctions économiques face à Israël (BDS), mais je crois, contrairement à toi, en les vertus du boycott culturel. J’écrivais au début mai qu’il y a des exceptions à chaque règle, bien sûr, et que Margaret Atwood, avec son impeccable feuille de route comme défenderesse des droits humains a mérité le droit d’être une telle exception. La correspondance que j’ai entretenue avec elle m’a rassuré sur le fait qu’elle se rendrait à Tel Aviv les yeux et les oreilles ouvertes et qu’une issue favorable à cette remise de prix était envisageable. En juin, je me suis exclamé : « Je crois que son article publié par Haaretz [The Shadow over Israel] constitue cette issue favorable, avec ses avertissements de l’imminence d’un état policier en Israël et de la généralisation de cette sinistre ombre (Shadow), à moins que la Palestine obtienne un état légitime.»

Mais je demeure entièrement acquis au légitime appel au boycott culturel par PACBI[ii], un organisme non-gouvernemental. Il s’agit d’une organisation bénévole formée des principales sociétés civiles palestiniennes opérant en Cisjordanie, dans les territoires occupés, dans les camps de réfugiés et en Israël, appelant à boycotter l’état d’Israël, et non son peuple. Beaucoup d’artistes appuient PACBI : des musiciens rock tels Elvis Costello, Gil Scott Heron, Robert Del Najale, Carlos Santana, Roger Waters and the Pixies et des écrivains tels Naomi Klein, John Berger and Arundhat Roy.

La cause s’inspire des actions menées contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 80. Même si ce sont les boycotts des gouvernements et des corporations qui ont peut-être forcé la fin de l’apartheid, c’est la pression populaire qui avait contraint ces derniers à agir, en particulier celle des artistes. Frank Sinatra a peut-être parlé hors scène de libertés civiles lors de sa tournée à Sun City en 1981, mais le travail contre l’apartheid a davantage progressé par les protestations contre son voyage en Afrique du Sud par des artistes comme Marlon Brando, Bob Dylan, Bruce Springsteen, Miles Davis et U2.

C’est le travail des artistes et des intellectuels dans leurs sociétés respectives qui peut desserrer le collet d’oppression par Israël contre la Palestine. À Manchester, l’union des professeurs de collèges et universités britanniques (120 000 personnes) a voté pour un boycott académique et culturel des institutions d’Israël, comme l’ont fait la Fédération Nationale des Enseignants du Québec (FNEEQ) représentant 27 000 professeurs au CEGEP et à l’université, l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ) y représentant 42 000 étudiants.  Car les universités israéliennes sont en tant que bras de l’état israélien très impliquées dans la militarisation du pays et donc dans l’oppression des Palestiniens.

Je rappelle que le but du boycott culturel est principalement de sensibiliser nos concitoyens aux injustices subies par les Palestiniens et de réussir une pression populaire contre les corporations et gouvernements qui aident Israël à perpétrer ses injustices. Par exemple, les gouvernements canadien et québécois donnent des exonérations fiscales à des compagnies comme General Electric et Northrup Grunman qui fabriquent des composantes pour les bombardiers F-16 Falcon qui ont dévasté Gaza l’an dernier.

           Pour répondre à des arguments que le boycott culturel pourrait désavantager les Palestiniens, je cite son porte-parole Omar Barghouti[iii] :

Restez libres de vous opposer à nous et de défendre les droits de nos oppresseurs de maintenir leur apartheid, ou répondez que vous n’en avez rien à cirer, mais ne nous « patronisez » pas. Nous n’avons pas besoin de libéraux blancs pour prêcher à nous autochtones bruns ce qui est dans notre meilleur intérêt – cela pue l’arrogance coloniale. Nous réalisons le prix à payer pour TOUTE résistance, comme nos camarades d’Afrique du Sud l’ont fait, mais une énorme majorité de la société civile palestinienne a endossé notre campagne et a compris et pleinement accepté le prix que nous devons payer pour obtenir liberté et justice.

 

Réponse de Pierre Jasmin

Le 22 décembre 2009, les APLP soutenaient la campagne BDS, tout en se déclarant opposés à son volet culturel. Le 15 avril dernier, le C.A. des APLP affirmait son soutien à PEN international et à Margaret Atwood, sa vice-présidente, ainsi qu’à Noam Chomsky et Amitav Ghosh opposés aux boycottages culturels contre les idées ou les individus, assimilés à de la censure. Le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud avait choisi d’exclure livres et écrivains. De même, le choix des artistes et écrivains progressistes de boycotter ou non Israël doit rester personnel.

 

Les APLP reconnaissent volontiers l’autorité morale de PACBI d’édicter des consignes de boycottage. Nous les appuierons contre les « industries culturelles » ou contre les outils institutionnels de propagande utilisés par Israël[iv] à la manière de l’Union Soviétique autrefois. Permets-moi de te rappeler, Martin, notre collaboration au film Nos derniers jours à Moscou en 1987. Lors de mes études au Conservatoire de Moscou en 1978, j’avais pu constater, étant proche de la famille de Boris Pasternak,  les effets d’un comité soviétique ayant décrété, des années auparavant, que le docteur Jivago était une œuvre anti-communiste : le gouvernement avait empêché son auteur de quérir son prix Nobel en le gardant en résidence à Peredelkino. Ce comité avait ainsi bloqué la diffusion en URSS d’un roman permettant de comprendre les enjeux complexes humains de la révolution, de sa militarisation et de la misère du peuple apportée par la terrible contre-révolution des armées blanches honteusement financée par l’Occident. Par conséquent, seule une lecture occidentale du roman avait prévalu : malgré ses qualités admirables récompensées par plusieurs Oscars et appréciées par la famille Pasternak, le film de David Lean empruntait, à côté de scènes intimes, révolutionnaires ou pacifistes réussies, un ton anti-communiste primaire, pourtant absent du livre. Ne peut-on pas déduire, à partir de cet exemple, que les ostracismes culturels sont contreproductifs, voire nocifs pour les causes, peu importe laquelle – la tombée du système soviétique rigide l’ayant a posteriori démontré?

 

Il n’est pas exclu que les Soviétiques en aient eu contre l’attitude morale du héros du livre, comme le Hamas profite du BDS pour censurer les intellectuelles israéliennes : il s’agit toujours du combat de Thanatos contre Éros, puisque les vrais artistes sont par essence subversifs et antimilitaristes. Les censurer sous prétexte qu’ils sont d’une nationalité ou d’une autre me semble contraire aux objectifs universels de paix. Cela nuit au travail pacifiste essentiel d’idées féministes qui contreviennent directement aux dogmes des partis religieux fondamentalistes, tant le Hamas qui tente actuellement par des assassinats de saboter les négociations de paix que les Juifs ultrareligieux revendiquant à la Knesset un grand Israël messianique qui occupe, pille et détruit certaines communautés palestiniennes. Relations ouvert aux artistes me semble, quoique « magazine religieux », en parfait accord avec la pensée de Nancy Huston dans l’espèce fabulatrice (Actes Sud 2008) dénonçant les ravages exercés par ceux qui ne se réfèrent qu’à un livre unique : Bible, Coran, petit livre rouge de Mao ou Mein Kampf…

 

L’artiste Daniel Barenboïm, qui a demandé et obtenu la citoyenneté palestinienne, dénonce les violences israéliennes : « Ils pensent que si l’on est fort, on obtient la paix. Pas du tout ! Nous l’obtiendrons si nous sommes justes ». Il déplore aussi que « le pire, c’est qu’il y a de plus en plus de gens qui s’habituent à vivre sans solution, y compris les modérés, les gens intelligents des deux camps. Ils acceptent le désespoir. C’est très dangereux. » Or, contre lui et la tournée en Arabie de son orchestre West-Divan formé de musiciens juifs et palestiniens, le PACBI a prononcé une fort laide dénonciation en règle contre laquelle la veuve de son meilleur ami Edward Saïd s’est indignée avec raison. Tu te souviendras que lors de notre rencontre commune en juillet (je t’en remercie encore), j’ai soulevé ce cas devant M. Gaby Baramki, président de l’Université Bir-Zeit qui n’a d’ailleurs pas nié le tort causé par le zèle de PACBI dans cette affaire.

 

Toi qui es APLP de l’année 2002 comprendras que notre charte réclame qu’on appuie la paix et non un peuple contre un autre. Le dramaturge Wajdi Mouawad a d’abord dénoncé l’horrible guerre au Liban en un texte d’une intensité frisant la folie (reproduit sur notre site), mais deux mois plus tard, celui qui allait être choisi APLP de l’année 2006 instituait un concours d’œuvres dramatiques ouvert aux auteurs libanais, palestiniens ET ISRAÉLIENS, récompensant les uns comme les autres, sans frontières.

 

Margaret, dont tu connais le mot pacifiste, pragmatique et humoristique selon son style inimitable «j’ai été élevée par une mère qui se moquait bien de qui était la faute : quand nous nous battions, nous étions tous les deux punis. Voilà ma vision des guerres. Elles détruisent et la destruction se transmet à des générations », vient de m’écrire en ce 1er septembre : « Plus j’y pense, plus je deviens convaincue que votre (notre) position est juste et bonne et que le boycottage culturel est bienvenu par les tenants israéliens de la ligne dure, qui profitent de l’absence en Israël d’artistes qui désapprouvent leurs politiques : ils ont alors beau jeu de prétendre que leurs opposants n’ont pas l’autorité pour se prononcer de l’extérieur. De même, empêcher les artistes israéliens d’exporter leur art les priverait de se confronter à des publics contestataires alimentant leurs réflexions. Le BDS gagnerait à exclure la culture de ses consignes de boycott et à encourager les artistes à visiter Israël et la Palestine et d’y proclamer leur appui à un boycott des institutions et marchandises israéliennes. »

 

Les APLP comprennent le désespoir des Palestiniens réclamant la solidarité de tout être épris de justice sociale. Avons-nous « patronisé » en appuyant le travail incessant au Québec et même en Palestine de PAJU (Palestinians and Jews united) et de la Coalition Justice et Paix en Palestine de Lorraine Guay? En manifestant dans la rue en face des bureaux de l’organisme canadien Droits et Démocratie, pour protester contre le noyautage conservateur et sioniste de son conseil d’administration? Nous avons écrit au NPD pour qu’il se retire du comité des Communes soi-disant opposé à l’antisémitisme mis sur pied par les Conservateurs et duquel les députés du Bloc ont choisi avec raison de se dissocier à cause de sa partialité. L’influence du gouvernement de droite israélien Nétanyahou sur nos deux principaux partis fédéraux et sur la politique américaine en général a été dénoncée par l’émission-télé Une heure sur terre du 9 avril à Radio-Canada.

 

Peut-on simplement mettre en garde le PACBI contre leurs condamnations d’artistes ou d’intellectuels transgressant avec d’excellentes raisons leurs consignes? On aimerait le voir dépenser plus d’énergie à s’unir derrière des objectifs communs concrets de paix, plutôt qu’à prononcer des fatwas contre divers opposants, car de tels faux-pas intolérants et fanatiques suscitent des opposants à la cause palestinienne qui en souffre.

 

Il est des boycottages culturels essentiels sur lesquels nous nous entendrons certainement, cher Martin ; appuyée par 350 universitaires, une douzaine de comédiens israéliens ont refusé de jouer au Centre Ariel situé en territoire palestinien occupé : Amos Oz, David Grossman, A.B. Yehoshua, Sami Michael et le sculpteur et architecte Dani Caravan ont signé à cet effet une pétition, au grand dépit du premier ministre Nétanyahou fulminant : “La dernière chose dont nous avons besoin en ce moment est de subir une telle attaque – je veux parler de cette tentative d’organiser un boycott – de l’intérieur ». Tilt! Espérons que cette nouvelle pression le portera à accepter des compromis dans ses négociations avec Mahmoud Abbas, en procédant résolument à la décolonisation des territoires palestiniens occupés illégalement, obstacle no 1 à la paix, comme le dit justement mon collègue de l’UQAM Rachad Antonius.

 



[i]  La grande pacifiste, Muriel Duckworth, venait de mourir à l’âge de cent ans

[ii] Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel

[iii]  Détenteur d’une maîtrise en génie électrique de l’université Columbia (New York) et en philosophie de l’université de Tel Aviv, Omar Barghouti vit à Ramallah, capitale de la Cisjordanie

[iv]  Plutôt que de boycotter de telles opérations officielles, des artistes particulièrement courageux et imaginatifs y ont mis en scène des protestations spectaculaires qui les sabotaient allègrement !

____________________

Montréal, 3 juin 2010

 

Le Très Honorable Stephen Harper

HarpeS@parl.gc.ca

Monsieur le premier ministre du Canada,

Nous portons d’abord les faits suivants qui nous préoccupent à votre attention

1- L’attaque le 31 mai dernier par Israël d’humanitaires rassemblés dans une flottille de paix désarmée, voguant en eaux internationales, porteuse de vivres, fournitures scolaires et médicales et de matériaux de construction, nous révolte.

2- Coupés du monde par le Tsahal et la volonté politique du premier ministre Benjamin Netanyahu, les civils de Gaza meurent par dizaines par manque de ressources médicales et de vivres et par conséquences des destructions de conduites d’eau potable et d’égouts lors de l’invasion de Gaza par Tsahal en janvier 2009. Le rapport Goldstone, auquel les Artistes pour la Paix ont apporté leur entier appui, y compris sa condamnation des tirs de roquettes palestiniennes aveugles contre la population civile israélienne, a détaillé d’autre part les crimes de guerre et contre l’humanité dont se serait alors rendu coupable Israël. Le sculpteur et vice-président des Artistes pour la Paix Daniel-Jean Primeau avait voulu en mai 2009 constater de ses yeux l’étendue des dommages et apporter son aide aux écoliers de Gaza, mais Tsahal l’en a empêché. Outre son témoignage, d’autres visiteurs d’Israël et de la Palestine nous ont informés du climat de répression régnant : l’écrivaine Margaret Atwood (cf son article The shadow publié cette semaine dans Ha’aretz) et le cinéaste Martin Duckworth, de retour d’Israël ce 3 juin.

3- Des documents signés en 1975 par Shimon Peres où Israël offrait des bombes nucléaires au régime criminel d’apartheid d’Afrique du Sud, prêt à s’en servir contre ses voisins, ont été déterrés. Le Sunday Times de Londres (30 mai) nous apprend que trois sous-marins israéliens équipés de missiles porteurs de charges nucléaires, appartenant à la flotte 7 et identifiés par les noms Dolphin, Tekuma et Leviathan, patrouillent au large de l’Iran et que chacun des colonels à la tête de leurs équipes d’une trentaine d’hommes pourrait y déclencher ces bombes. On vient de constater de la part de la marine israélienne un mépris total de la vie d’humanitaires pourtant animés par une compassion légitime non hostile à Israël. Mesure-t-on le danger de catastrophe sans précédent dans l’histoire de l’humanité auquel nous exposent ces militaires armés de bombes nucléaires, face à un pays gouverné par Ahmadinejab qui a déjà clamé sa volonté d’éradiquer Israël ?

Solution internationale en vue 

Nous appuyons sans restriction l’appel lancé de façon unanime par les 189 nations signataires de la résolution finale adoptée le 28 mai lors de la conclusion de la révision du Traité de non-prolifération nucléaire à New York (ONU). Le Canada s’est félicité de ce succès, sans dire un mot (cf communiqué de Lawrence Cannon, ministre des Affaires étrangères) sur la convocation en 2012 d’une conférence sur un Moyen-Orient libre d’armes nucléaires pourtant un élément clé de cette résolution. Le Canada doit jouer un rôle positif et favoriser cette conférence, en trouvant une façon d’assurer la sécurité d’Israël, sans besoin d’armes nucléaires qui aux mains de militaires à la mèche courte pourraient mener l’humanité entière à sa perte.

Nous prions donc votre gouvernement de

1- demander à l’ONU une enquête impartiale sur l’arraisonnement meurtrier de la flottille de paix par la marine israélienne

2-  exiger d’Israël la levée du blocus de la Bande de Gaza

3- de travailler dès maintenant aux côtés de l’ONU au succès de la conférence 2012 voulant assurer un Moyen-Orient sans armes nucléaires

Ont signé :

Pierre Jasmin, pianiste et président des Artistes pour la Paix

Margaret Atwood, écrivain et vice-présidente de PEN international

Robin Collins, écrivain

Martin Duckworth, cinéaste et Artiste pour la Paix 2002

Andrée Ferretti, écrivain

Graeme Gibson, écrivain

Georges Leroux, philosophe et vice-président de l’Académie des Lettres du Québec

Pascale Montpetit, comédienne

Alice Munro, écrivaine

Daniel-Jean Primeau, sculpteur et vice-président des Artistes pour la Paix

Yvon Rivard, écrivain
Louise Warren, poète
Claudio Zanchettin, philosophe

______________________

Montreal, June 3, 2010

The Right Honourable Stephen Harper
HarpeS@parl.gc.ca

Mr. Prime Minister of Canada

We bring the following to your attention:

1 – We protest the attack on May 31 by Israel against the flotilla of unarmed humanitarians who were sailing in international waters, carrying food, medical and school supplies and building materials.

2 – Gaza civilians, cut off from the world by Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and the Israeli Defence Forces (IDF), are reported to be dying from lack of medical resources and food, and as a consequence of the destruction of water mains and sewers in the invasion of Gaza by the IDF in January 2009. Artists for Peace have given their full support to the Goldstone Report. That report condemned both Palestinian indiscriminate rocket attacks against Israeli civilians and alleged war crimes and crimes against humanity by Israel. In May 2009 the sculptor and Vice-Chairman of Artists for Peace, Daniel-Jean Primeau, attempted to see the extent of damage with his own eyes and to provide assistance to school children in Gaza. He was denied this opportunity by the IDF. In addition to his testimony, other visitors to Israel and Palestine have informed us of the prevailing climate of repression: for example, the writer Margaret Atwood (see her article « The Shadow » published recently in Ha’aretz) and filmmaker Martin Duckworth, Artist for Peace of the Year 2002, who just returned from Israel on June 3.

3 – Documents signed by Shimon Peres in 1975 have recently been unearthed that show that Israel offered nuclear bombs to the apartheid regime in South Africa, which was ready to use them against their neighbours. The London Sunday Times revealed on May 30 that three Israeli submarines equipped with nuclear armed missiles, and identified by the names Dolphin, Tekuma and Leviathan, were patrolling off the coast of Iran. Each of the colonels at the head of their team of thirty men could launch these missiles. We have just seen that the Israeli navy shows a disregard for the lives of humanitarians motivated by a legitimate compassionate mission, not by hostility to Israel. Has your government considered the risk of an unprecedented historical catastrophe, when a short-fused Israeli navy armed with nuclear bombs is confronting a country governed by Ahmadinejab, someone who has already proclaimed his desire to eradicate Israel?
International solution in view

We fully support the unanimous call by 189 nations that signed the final resolution adopted on May 28 at the conclusion of the review conference of the United Nations Nuclear Non-Proliferation Treaty in New York. Canada welcomed this success, but without saying a word about a key resolution element pertaining to convening a conference in 2012 towards a Middle East free of nuclear weapons (see press release of Lawrence Cannon, Minister of Foreign Affairs). It is essential that Canada plays a positive role in promoting this particular conference. We must find a way to ensure Israel’s security without leaving nuclear weapons in the hands of a military that could lead humanity into disaster.

We therefore urge your government to
1 – Request that the UN convene an impartial investigation into the recent tragic events that killed nine members of a humanitarian flotilla
2 – Demand that Israel lift the blockade of the Gaza Strip
3 – Work with the UN for a successful 2012 conference, in order to secure a Middle East free of nuclear weapons

Signatories:

Margaret Atwood, writer and Vice-Chair of PEN International

Pierre Jasmin, pianist and president of Artists for Peace

Robin Collins, writer
Martin Duckworth, film-maker and Artist for Peace 2002

Andrée Ferretti, writer
Graeme Gibson, writer
Georges Leroux, philosopher and Vice-Chair of l’Académie des Lettres du Québec

Pascale Montpetit, actress
Alice Munro, writer
Daniel-Jean Primeau, sculptor and Vice-Chair of Artists for Peace

Yvon Rivard, writer

Louise Warren, poet
Claudio Zanchettin, philosopher

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