Solidarité amérindienne, oui à Ban Ki-moon & Coderre, non au pipeline.

Par Pierre Jasmin, vice-président (pacifisme) des APLP et membre de l’exécutif de Pugwash Canada. Crédits photo : Denis Labine (Ville de Montréal) et Jacques Dupont.

Lors d’une cérémonie le 15 février célébrant trois artistes pour la paix, Samian, Michel Rivard et feue Hélène Monette, cérémonie que TVA a choisie comme « la bonne nouvelle du jour », trois grands messages de paix se sont distingués. Car les artistes peuvent changer le monde, nous en sommes absolument convaincus ! L’art et la culture sont des armes de construction massive. C’est pourquoi Les Artistes pour la Paix existent. Et c’est pourquoi, chaque année, depuis 28 ans, les APLP décernent des prix à des artistes pour souligner leur engagement pour notre idéal commun : la paix.

Photo de groupe, Prix APLP 2015

De droite à gauche, Monique Vallée, Jim Beis et le Maire de Montréal Denis Coderre, puis Lili Monette, fille d’Hélène, Michel Rivard, SAMIAN, Guylaine Maroist, Judi Richards et Pierre J.

1Le premier message d’amour, envers les autochtones, auprès de qui nos ancêtres furent d’abord des réfugiés dépendants, se solidifie aux APLP depuis la présence dans les années 80 des cinéastes Alanis Obomsawin et Arthur Lamothe sur leur Conseil d’administration.

Samian dédie le Prix APLP au policier tué

Hier, Samian et sa mère nous arrivaient d’Abitibi. Il nous avoua, de même qu’à   http://www.985fm.ca/em/montreal-maintenant-389.html dans une chronique de Thérèse Parisien, que pour lui, qui terminait une tournée avec des messages de paix et de réconciliation entre blancs et autochtones dans les écoles, l’assassinat d’un policier aimé de tous dans la communauté du Lac Simon fut un dur coup. Il a profité de la tribune qui lui était offerte pour dédier son prix à ce jeune policier tué, et même au malheureux Algonquin assez troublé pour tragiquement tourner son arme vers celui qui n’avait pour projet que lui venir en aide. Il a promis de travailler avec les APLP à poursuivre une œuvre de Vérité et de Réconciliation, selon le nom de la Commission à laquelle le premier ministre Trudeau a promis sa collaboration entière, rompant avec dix années de négligence conservatrice.

Pierre Jasmin, Pierre-Karl Péladeau et Yvon Deschamps

De droite à gauche, Yvon Deschamps, le chef de l’Opposition officielle Pierre-Karl Péladeau & Pierre J.

Pour la première fois en 28 ans, la cérémonie de la remise des prix APLP de l’année se tenait dans le magnifique hall d’entrée de la mairie, grâce à la généreuse invitation du Maire de Montréal, Denis Coderre. L’œcuménisme de cette cérémonie fut souligné par le maire lui-même, serrant la main du chef de l’Opposition officielle de l’Assemblée Nationale, Pierre-Karl Péladeau, en se disant heureux de le voir appuyer la paix qui réussit à rassembler des opposants politiques !

Samian s’est d’abord fait remarquer en participant au Wapikoni mobile de Manon Barbeau en 2004 mais c’est par sa chanson La Paix des braves qu’il se fait connaître par le public québécois. Depuis ses débuts, ce jeune artiste est présent sur toutes les tribunes : en 2007, il est porte-parole pour le Forum Social Québécois avec Paul Piché et Raôul Duguay.

En 2010, il signe, avec 500 artistes, une campagne internationale contre la politique d’apartheid du gouvernement israélien. En avril 2015, il publie son premier recueil de textes, Plume d’aigle, aux Éditions Mémoire d’encrier. Il est également membre d’un jury présidé par Louise Arbour, célébrant l’engagement de 40 personnes dans le cadre du 40e anniversaire de la Charte des droits et libertés de la personne.

Outre le traditionnel parchemin avec les mots inspirés de Richard Séguin et de Raymond Lévesque, un autre cadeau APLP fut offert à Samian : une œuvre photographique de Vero Allaire représentant Mina, jeune inuïte connue aussi sous le nom de Carol Eiyatuk, émue de se retrouver sur la scène remerciée par Samian lui-même pour son travail auprès des jeunes autochtones de la rue, qu’elle connaît bien pour avoir jadis été l’une d’entre elles.

Pierre Jasmin, Guylaine Maroist, Samian, Vero Allaire et Mina-Carol Eyaituk

De droite à gauche, Mina, Vero Allaire, Samian qui cache Judi, Guylaine Maroist et Pierre J.

Pierre Jasmin, Ghislain Picard et Samian

De droite à gauche : Samian, Vero Allaire, le grand chef Ghislain Picard et Pierre J.

Nathalie Gressin était présente, veuve d’Arthur Lamothe à qui nous avions rendu un hommage posthume en 2014 et dont les nombreux films ont fait connaître les Innus et même les arts amérindiens de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique dans L’écho des songes, film auquel participèrent les APLP, notamment Florent Vollant APLP1994. Et non loin d’elle, en personne, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador depuis 1992, Ghislain Picard, était aussi venu féliciter Samian.

Jean-Daniel Lafond, Stanley Péan et Pierre Jasmin

Jean-Daniel Lafond et Pierre Jasmin encadrent l’écrivain et animateur Stanley Péan qui a livré un magnifique témoignage en mémoire de son amie écrivaine Hélène Monette (1960-2015)

Au premier rang, se trouvait, avec son adjointe administrative d’Ottawa Alice Mutezintare, un de nos membres les plus illustres très impliqué non seulement à Paris auprès de son épouse Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie, mais aussi dans le soutien aux artistes autochtones. Jean-Daniel Lafond (voir galerie des portraits de notre site), directeur-général de la Fondation Michaëlle-Jean dont le slogan est «le pouvoir des arts contre la violence et en aide aux jeunes autochtones » est lui-même cinéaste, ami proche de feu Pierre Perreault.

L’artiste André Michel, fondateur à Saint-Hilaire de la Maison Amérindienne, seul musée amérindien non attaché à une réserve, ce qui le rend hélas non éligible à des subventions gouvernementales [1], était aussi dans la salle pour appuyer la remise du prix à Samian.

La Maison amérindienne à Saint-Hilaire

La Maison amérindienne à Saint-Hilaire

Soulignons la présence constante dans nos réunions de C.A. de Lilya Prim-Chorney (M’esko Wahwashkeshii Kwe, de son nom Ojibway, Red deer woman, du clan du loup), arrivée de Toronto à temps pour notre cérémonie. Cette vibrante activiste autochtone a maintes fois visité des prisons à cause de sa participation à des manifestations qui avaient pour but de briser le cycle de la répression des autochtones : on connaît le pourcentage effarant d’autochtones en prison au Canada, en particulier au Manitoba. Et notre artiste pour la paix 2004 Myra Cree n’hésitait pas à en parler à sa tribune radio-canadienne.

[1] Heureusement, la générosité de Jean-Paul Riopelle l’a doté d’une collection magnifique de toiles du génial artiste inspirées par l’artisanat amérindien (raquettes, canot, gibier à plumes…).

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Samian, Guylaine Maroist et le Maire de Montréal, Denis Coderre

 

2Notre cérémonie s’est déroulée dans la foulée du passage remarqué à Montréal du Secrétaire général des Nations-Unies, M. Ban Ki-moon.

Un souper au Marché Bonsecours le 12 février animé par la jeune actrice Sophie Nélisse et agrémenté d’une remarquable prestation de Gregory Charles avec une de ses protégées de l’émission Virtuose, avait donné lieu à la remise à M. Ban Ki-moon d’un certificat de citoyen d’honneur de la Ville de Montréal par le Maire Denis Coderre. Cet honneur était décerné devant Jean Chrétien, Roméo Dallaire, le premier ministre Philippe Couillard, le chef de l’Opposition Pierre-Karl Péladeau, la ministre du Patrimoine Mélanie Joly, la ministre de la Culture Hélène David, ainsi que trois cents invités dont les APLP Michel Rivard, domlebo, Pierre Jasmin, Guylaine Maroist et Éric Ruel. Le maire de Montréal a par ailleurs invité le lendemain son invité prestigieux à une visite du Centre de prévention de la radicalisation de Montréal (nom préférable au terme fictif de la déradicalisation).

Le maire Denis Coderre et le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, le 13 février.

Le maire Denis Coderre et le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, le 13 février.

«Comme vous le savez bien, nous vivons dans un monde de périls en raison de l’expansion du radicalisme, de l’extrémisme et du terrorisme. C’est une priorité pour les Nations unies qui travaillent de concert avec les États, notamment le Canada, de traiter les causes profondes de ce fléau», a déclaré le Secrétaire général. Il a vanté le «leadership» de Denis Coderre qui « travaille étroitement avec les Nations unies dans nos efforts d’empêcher la radicalisation et l’extrémisme», a-t-il déclaré en français. La veille à McGill, le diplomate avait improvisé une réponse à des journalistes, déclarant être de retour à Montréal « parce que le Canada est de retour ». Les diplomates et les conservateurs ont sourcillé…

Les Artistes pour la Paix appuient cet effort de prévention par leurs conférences et événements artistiques engagés. L’animateur de la cérémonie du 15, domlebo, dès son discours d’introduction, fit d’abord savoir que le rapprochement des APLP avec le maire de Montréal s’est effectué dès que le maire d’Hiroshima l’intronisa en août 2014 membre honoraire de l’organisme les Maires pour la Paix, maintenant fort de près de sept mille membres. La nomination de monsieur Coderre était pour eux aussi un bienfait puisque notre maire allait bientôt présider Métropolis, l’Association mondiale des métropoles du monde entier. La mission primordiale des Maires pour la Paix et du Secrétaire général de l’ONU est la même que celle des APLP : tenter d’éradiquer les près de seize mille armes nucléaires dressées dans neuf pays (et quelques autres contaminés par l’OTAN) à un coût de plus de cent milliards de $ annuels, sans compter le risque permanent dénoncé par la Croix-Rouge internationale.

Chez les APLP, le sort des réfugiés syriens et des communautés kurdes de Syrie et de Turquie est un autre sujet majeur de préoccupation, comme en faisait foi l’hommage impromptu que le vice-président des APLP rendit à Michel Rivard :

« Sachez que c’est aujourd’hui l’exact 17e anniversaire de l’emprisonnement du leader kurde, Abdullah Oçalan. Notre ancien vice-président, Dimitri Roussopoulos, qui a rédigé en partie la Charte des droits de la personne de la Ville de Montréal, est présentement en Turquie au péril de sa vie, membre d’une mission qui tente de réconcilier le président Erdogan avec le plus célèbre prisonnier politique de la terre.

Quel « timing », au moment où Russes, Américains, Français, Britanniques et Turcs s’accusent mutuellement de bombarder les Syriens, ALORS QU’ILS LE FONT EUX-MÊMES. Et pendant ce temps, nos médias dopés par les industries militaires accusent unanimement notre premier ministre Justin Trudeau d’avoir une politique faible, parce qu’il a SAGEMENT CHOISI de retirer dès le 22 février les chasseurs-bombardiers canadiens F-18 !!!

Cher Michel, vendredi soir, à cette merveilleuse soirée que monsieur le maire nous a offerte en hommage à l’homme de paix, apôtre des Nations-Unies, M. Ban Ki-moon, tu m’exprimais ton syndrome de l’imposteur à recevoir notre hommage, ce à quoi je t’avais répondu que le justifiait amplement l’engagement humaniste de ta poésie. Car qui peut savoir dans quelle petite mesure l’accueil généreux des Québécois envers plus de six mille réfugiés Syriens, Arméniens et Kurdes est redevable de tes sketches d’humour subtil présentés à la télé, avec ton personnage inspiré par Sol (de notre membre, feu Marc Favreau), d’immigrant naïf et sympathique jonglant avec une touchante maladresse avec sa nouvelle langue française? »

Monique Vallée, Guylaine Maroist, Pierre J., Judi Richards et Jim Beis entourent Michel Rivard

Monique Vallée, Guylaine Maroist, Pierre J., Judi Richards et Jim Beis entourent Michel Rivard

Les APLP sont en contact étroit avec la communauté kurde de Montréal : voir http://www.artistespourlapaix.org/?p=9670. Pierre Jasmin était présent à l’Université McGill vendredi le 12 en après-midi pour assister à une conférence menée par les très jeunes Jean-Philippe Bombay et Melis Çaǧa avec leur vidéo tournée à Kobané, émouvante parce qu’elle révèle la foi en les arts muraux de la communauté kurde. Interpellé par Ceasefire.ca (l’Institut Rideau) à juste titre préoccupé par un rapport d’Amnesty international USA accusant les Kurdes de nettoyage ethnique dans les villages qu’ils ont reconquis des griffes de l’Armée Islamiste, Dimitri Roussopoulos répond que sa compagne de mission, militante américaine bien connue pour sa défense des droits de l’homme, Janet Biehl, déplore que le rapport USA ait été préparé par une Arabe aux sentiments anti-kurdes hélas notoires.

 

3Message d’appui au maire de Montréal pour sa prise de position avec 81 maires de la région métropolitaine contre le pipeline Énergie-Est

Bien sûr, cette position affirmée par domlebo a été aussi véhiculée par Judi Richards en un courriel acheminé au maire dès sa célèbre conférence de presse qui avait soulevé un concert de protestations dans l’ouest : lire aussi de Pierre Jasmin l’article http://www.artistespourlapaix.org/?p=9451. Notre parti-pris écologique est enraciné dans la définition même de notre organisme : « les APLP soutiennent l’idéal d’une paix durable par le désarmement, la justice sociale, le féminisme et le respect de la nature, qu’ils défendent aux côtés des Amérindiens et des écologistes ».

On se souviendra enfin de la position de notre APLP 2011, l’auteur et metteur en scène Dominic Champagne, dont le film sur Anticosti révélait avec d’éclairants propos de l’écologiste de l’UQAM Marc Durand (voir http://www.artistespourlapaix.org/?p=5339), les multiples raisons pour lesquelles le Premier ministre Philippe Couillard aurait dû allumer plus tôt dans sa dénonciation tardive et néanmoins bienvenue de ce projet mort-né de Pétrolia. Signalons que les APLP reçoivent les conseils avisés d’écologistes de l’UQAM tels Louise Vandelac, Lucie Sauvé, Corinne Gendron, Marie Saint-Arnaud, Normand Brunet et René Audet, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement.


 

Post-scriptum du vice-président

Plusieurs « supporters » des Artistes pour la Paix qui ne manquent pas de s’étonner de l’appui inconditionnel que nous accordons à M. Ban Ki-moon et à l’Organisation des Nations-Unies se voient rappeler que notre appui n’englobe évidemment pas les cinq nations permanentes du Conseil de sécurité. Elles possèdent 98% des bombes nucléaires que M. Ban Ki-moon a toujours pourfendues avec courage et résilience.

Rappelons aussi notre opposition viscérale, depuis la chute du pacte de Varsovie, à l’OTAN, un organisme militaire qui reçoit cent fois plus d’argent que l’ONU et qui mène depuis toujours une politique hostile à la Russie, par exemple en entreposant des bombes nucléaires en Turquie. L’OTAN est en grande partie responsable de la tension de guerre qui règne en ce moment car elle pousse, par son surarmement agressif, la Chine et la Russie à s’armer davantage, au détriment de la sécurité de notre planète.

De même, notre admiration réelle envers le maire Coderre ne nous empêche pas d’être sensibles aux critiques sur sa gestion des conventions collectives syndicales de l’administration municipale. Mais il restera toujours un ami des APLP pour sa célébration désintéressée de Ban Ki-moon, pour son alliance avec les Maires pour la Paix, pour son amitié avec tous les artistes et pour sa répudiation publique du pipeline TransCanada.