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Le nucléaire ne ménera pas à l’énergie carbo-neutre

tchernobyl

Tchernobyl, le 26 avril 1986

L’organisme Scientists4Future International, basé en Allemagne, livrait cette semaine son évaluation périodique sur l’état de la structure énergétique mondiale et son impact sur l’avenir de la lutte aux changements climatiques.

Plus la crise climatique s’accélère, plus on parle du nucléaire comme une possible solution pour une énergie carbo-neutre. Le nucléaire représente environ 10% de la production mondiale d’énergie. Plusieurs pays, organisations internationales, entreprises privées et scientifiques s’accordent pour donner au nucléaire une rôle à jouer dans la transition vers une énergie carbo-neutre et la fin des carburants fossiles. Même le GIEC fait une place au nucléaire dans ses scénarios.

Mais l’expérience acquise au cours des sept dernières décénnies met en lumière les risques techniques, économiques et sociaux reliés au nucléaire commercial. Le rapport de Scientists4Future passe en revue les différents arguments du pour et du contre le nucléaire.

Les risques technologiques

Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima : trois accidents majeurs qui illustrent bien les risques toujours présents reliés au nucléaire. C’est sans compter les innombrables incidents survenus chaque fois qu’on a implanté le nucléaire depuis 1945. On ne s’attend pas à une meilleure sécurité avec les réacteurs miniatures SMR qui sont à l’étude en ce moment. Les modèles mathématiques de projection par probabilités en vigueur ne reflètent pas certains aspects importants comme la sécurité déficiente ou les catastrophes naturelles.

Ajoutons à cela le risque de prolifération de l’uranium et du plutonium de calibre militaire. Les barres de combustible usagées sont souvent entreposées dans des installation à faible surveillance. L’entreposage sécuritaire des déchets radioactifs devrait pourtant être en tête de liste des priorités, car on parle d’isotopes dont la demi-vie dépasse le million d’année.

Enjeux économiques

Dans les années 50, le nucléaire fut implanté commercialement comme un produit dérivé des programmes militaires. Mais ce n’était pas, à l’époque, et ce n’est toujours pas une source d’énergie compétitive et rentable. L’exploitation des centrales actuelles n’est pas rentable et les futurs investissements prévus dans les réacteurs de troisième génération se chiffrent en milliards. Le développement des réacteurs SMR laisse entrevoir une escalade des coûts inévitable.

Il faut aussi tenir compte des coûts, difficiles à évaluer, reliés à la fermeture des centrales caduques et à l’entreposage des déchets nucléaires. D’autre part, les centrales nucléaires n’étant pas assurables commercialement, toute dépense associée au risque doit être assumée par la société – pensons aux coûts de nettoyage à Fukushima. On constate aussi que les énergies renouvelables – éoliennes, solaires, etc. – sont moins onéreuses à l’investissement et à l’usage.

Le facteur temps

Face au deadline imposé par la lutte aux changements climatiques – environ vingt ans – on se rend compte que le nucléaire n’est pas une option viable à cause du potentiel d’innovation limité sur cette période de temps : aucune super-solution ne verra le jour à temps. On constate aussi une diminution des constructions de nouvelles centrales (sauf en Chine), et ce depuis 1976. En ce moment, on ne compte que 52 centrales en chantier. Les grands producteurs comme Westinghouse et Framatome éprouvent des difficultés financières et ne pourront lancer de grands projets dans un futur proche. La Russie et la Chine seraient peut-être en mesure de répondre à une demande accrue pour l’énergie nucléaire, mais serait-ce politiquement et socialement viable ?

L’évolution socio-écologique

Le plus difficile, dans cette transition énergétique, est d’en donner le coup d’envoi. Il s’agit de surmonter l’effet de stagnation engendré par la structure énergétique fossile et les intérëts financiers qui y sont reliés. Le nucléaire n’aide pas, car les sommes colossales investies en recherche et développement ne seront pas consacrées aux énergies renouvelables. Les producteurs d’énergie nucléaire n’investissent pas ou peu dans les énergies renouvelables, n’ayant aucune bonne raison économique de le faire.

En Allemagne, la fin de l’ère nucléaire est proche : les six dernières centrales fermeront en 2021 et 2022. Mais il reste beaucoup de travail, en particulier trouver des solutions à l’entreposage sécuritaire des déchets nucléaires.

En guise de conclusion

Cette analyse passe en revue les principaux arguments cités dans les publications scientifiques récentes. Elle vient confirmer le précédent rapport Climate-friendly energy supply for Germany – 16 points of orien­tation, publié le 22 avril 2021 par Scientists4Future. Le nucléaire ne peut pas contribuer de façon substantielle à une structure énergétique climato-neutre, faute de temps avant que la planète ne se réchauffe. Le nucléaire est trop cher, trop dangereux et trop long à déployer. De plus, il représente un obstacle dans la transition socio-écologique sans laquelle les objectifs climatiques ambitieux des gouvernements sont irréalisables.

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