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"C'est la paix et la justice pour tous que chacun d'entre nous souhaite et recherche. Contribuons à construire un monde meilleur, avec notre talent, quel qu'il soit !"
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"Les mots de Louise Warren sur le dessaisissement et sur l’intensité préalable à la création me conduisent à Mozart et à Beethoven, à ma fille et à mon fils : je leur souhaite la paix… et travaille tous les jours à ce que ce vœu se réalise !"
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Conte : Noël sans un arbre

sapins

Quelques semaines avant Noël, après le repas du dimanche midi, mon père me lança : que dirais-tu de m’accompagner ? Nous irons chercher un arbre de Noël. Je trépignais de joie, car j’attendais ce moment depuis plusieurs jours déjà. Je devais avoir six ou sept ans. Je connaissais déjà le rituel; chaque année, il fallait marcher dans l’érablière pour aller chercher l’arbre tant attendu. Je te promets de trouver le sapin le plus extraordinaire de toute la forêt, dit-il avant de quitter la maison.

Il m’amena d’abord à la cabane à sucre et il alluma un feu pour réchauffer l’intérieur. Il faisait froid et le vent se montrait un peu agressif. Malgré tout, nous avons chaussé des raquettes et nous sommes partis même s’il y avait fort peu de sapins dans ce boisé.

Je marchais dans les pas de mon père avec confiance. Il connaissait bien ce monde enchanté alors que pour moi, tout m’y semblait mystérieux. De vieux érables géants harcelés par les bourrasques et la poudrerie craquaient comme pour se plaindre; je craignais d’en voir un s’affaler sur nous, car ils se balançaient avec un rythme régulier en agitant leurs longues branches comme des bras démesurés cherchant un équilibre dans une folle farandole. Une peur mystérieuse m’habitait devant cette armée de monstres fantastiques dignes des lubies de Don Quichotte dont j’avais bien ri quand ma mère m’avait lu ses histoires fantastiques. Heureusement, à côté de mon père, rien ne m’empêchait d’affronter bravement les monstres cachés de la forêt.

Mon père, lui, marchait d’un bon pas, sûr de lui, comme si le danger n’existait pas… Je devais être dans un rêve. Je ne le lâchais pas d’une semelle, d’une raquette, devrais-je dire. Il observait, écoutait et s’arrêtait de temps à autre. Homme de peu de mots, il m’étonnait chaque fois qu’il m’expliquait la vie de la forêt : tu vois le gros tronc au sol, là-bas… La semaine dernière, c’était un vieil arbre superbe qui narguait les érables du haut de sa stature imposante. Aujourd’hui, il a été terrassé par le vent. Il a peut-être vécu pendant un siècle pour nourrir les oiseaux, les ours, les écureuils et pour tenir compagnie à ses amis les érables; il faut en prendre soin comme d’un ami. Son cœur était malade, à moitié pourri. Regarde les trous noirs sur son écorce! Ce sont les traces des griffes d’un ours qui, chaque automne, grimpait le long du tronc pour aller manger les faînes de ce magnifique hêtre. Un pic-bois avait creusé son corps pour se nourrir d’insectes et cette cavité a servi de nid à une chouette ou à une buse pour protéger les oisillons. Maintenant, il repose en paix. Même mort, il reste toujours lié à la vie et son bois va nourrir le sol, les champignons et d’autres arbres. Mon héros parlait et parlait maintenant sans arrêt et il semblait avoir oublié le but de notre mission. Et moi je ne l’écoutais plus; je n’avais qu’une idée en tête, dénicher le fameux arbre, sinon la fête de Noël sera gâchée.

Dans un tel moment privilégié, papa me faisait ainsi découvrir la magie de la forêt et rien d’autre ne semblait l’intéresser. Tout bougeait. Tout vivait dans ce monde riche de mystères.

Après ce qui me parut une randonnée interminable, nous nous sommes arrêtés près d’un ruisseau à moitié gelé pour y boire et nous reposer assis sur une souche. J’aimais cet endroit. Le mouvement moderato de l’eau et le clapotis andante sous la neige me fascinaient tellement que j’ai oublié la menace des dragons de la forêt pendant un moment, mais pas l’arbre de Noël… J’étais perdu dans mes rêveries quand il me fit signe d’observer un bosquet d’épinettes et de sapins à cinquante mètres de notre siège (c’était les premiers résineux que j’apercevais depuis notre départ). Enfin, me suis-je dit, nous allons trouver le fameux sapin de Noël… Se penchant vers moi lentement, papa me dit : regarde bien l’îlot d’arbres ombragés pendant un bon moment! Je lui jetai un regard interrogateur, car je ne voyais rien d’autre qu’un sombre massif d’arbres, mais au bout de quelques minutes, je distinguai deux orignaux camouflés à travers les branches, immobiles comme des sculptures dans un parc. Ils ressemblaient à des ombres chinoises. Je faillis pousser un cri de joie… Il faut respecter leur cachette, me souffla-t-il à l’oreille. Nous ne pourrons pas couper un arbre là-bas, car nous allons les faire fuir. Nous avons rebroussé chemin afin de ne pas les troubler. Mais le sapin? lui ai-je demandé d’un air dépité. Il ne répondit pas. Il m’entraîna plutôt profondément dans la forêt sans suivre un sentier balisé. J’étais inquiet. Je nous croyais perdus, et pour ajouter à mes craintes, j’étais convaincu que nous allions rentrer à la maison sans un sapin… Il avançait à grands pas sans paraître soucieux. Et le sapin? lui ai-je demandé une nouvelle fois. Ne t’inquiète pas! Fut sa seule réponse. Et il me conduisit de nouveau à la cabane à sucre familiale. Nous étions de retour, comme par magie, au point de départ.

La chaleur du feu de bois de ce refuge me réconforta un peu. J’avais l’impression de me retrouver dans un univers à part, comme dans un igloo calme et rassurant. Bien que son chocolat chaud me réchauffât pendant que lui se berçait lentement en fumant sa pipe, je ruminais ma déception. Il contemplait sa forêt en silence à travers les carreaux d’une fenêtre enjolivée de dessins givrés. Le sablier semblait bloqué. La course au sapin de Noël me semblait bien terminée.

Après une bonne demi-heure de pause, il me lança soudain : viens avec moi! Il posa sa hache sur son épaule, m’amena au pied d’un gigantesque sapin très branchu trônant royalement à quelques centaines de mètres du camp et il se mit à en couper de très longues branches à hauteur d’homme. Je ne comprenais plus rien et il restait toujours silencieux. Dépité, je l’aidai à traîner les branches jusqu’au traîneau en me disant qu’il avait oublié le sapin de Noël. De retour à la maison, il empila les branches dans la cour. Et l’arbre de Noël, lui ai-je demandé à nouveau. Ne t’inquiète pas ! Fut sa seule réponse. Je me croyais dans Le rêve de mon père, de Taiyo Matsumoto. Je ne comprenais pas son attitude étrange.

Ce soir-là, en allant au lit, je fus habité d’une profonde tristesse, convaincu que nous n’aurions pas d’arbre de Noël cette année-là. Je m’endormis en cherchant un moyen d’en trouver un…

Le lendemain matin, il m’amena à la fenêtre. Un tipi géant, fait des longues branches de sapin, aussi conique qu’un vrai arbre de Noël, trônait devant la maison. Voici ton cadeau et je n’ai pas coupé un seul arbre, dit-il en s’esclaffant. Par magie, mon père l’avait érigé durant la nuit avec les longues branches remplies de lumières scintillantes. J’ai couru dehors et j’ai dansé autour de ce montage-refuge, car il avait laissé une ouverture pour que je puisse me glisser à l’intérieur. J’étais sous un magnifique arbre de Noël. Il avait tenu promesse.

André Jacob
Noël 2020

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