pompeo_saudi

Le secrétaire d’État Mike Popeo (cravate vert fluo) débarque à Jeddah, accueilli par le ministre des Affaires étrangères saoudien Ibrahim Al Assaf.

Le 17 septembre 2019 est jour d’élection en Israël. Étant donné que le hasard semble faire bien les choses. À quelques jours de l’élection, une attaque contre des installations pétrolières en Arabie Saoudite permet de tourner le regard vers l’Iran et de faire oublier les exactions du candidat principal à la tête du pays : occupation violente de la Palestine, renforcement de la colonisation illégale des territoires occupés, répression et contrôle de la population palestinienne, etc. Avant même que les enquêtes soient terminées, les États-Unis, Israël et son allié stratégique, l’Arabie Saoudite, mettent en cause l’Iran parce que, clament-ils, les drones de fabrication iranienne auraient été utilisés pour perpétrer l’attaque. Mais un flou et un doute sérieux persistent. Le Devoir rapporte que les drones qui auraient été utilisés pourraient être de fabrication iranienne; ceux en possession des Houthis, l’organisation qui revendique l’attentat aurait une portée de 150 kilomètres : « la portée de ces appareils est limitée à 150 kilomètres avec une charge de 45 kilos. Ce qui est bien moins que les 1000 kilomètres qui séparent le territoire contrôlé par les Houthis dans le nord-ouest du Yémen et la région d’Abqaiq, où les frappes ont eu lieu. [1]»

Pendant que les enquêtes se poursuivent, la propagande se glisse dans les anfractuosités des médias internationaux; avant que soit déterminé s’il s’agit d’un coup fumant (c’est le cas de le dire…) des services secrets d’un pays qui aurait intérêt à déclencher une guerre, l’Iran; jugé et condamné à l’avance, ce pays se trouve à nouveau dans la mire des missiles américains. Cette attaque en terrain saoudien relance les perspectives de guerre tout en favorisant le candidat au poste de premier ministre, Benjamin Netanyahou; ce dernier se définit comme le héros de la lutte contre l’Iran, classé ennemi en raison de son soutien à la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. Cet incident majeur lui a permis d’ajouter un argument à sa batterie de justification de ses politiques régressives.

La guerre idéologique et politique contre l’Iran est déjà en marche depuis longtemps. Pour bien en comprendre les dessous, il faut revoir l’histoire des relations troubles des États-Unis et d’Israël avec ce pays depuis la chute du chah, marionnette des Américains, ce qui ne fait pas l’objet de notre propos. Ces derniers n’ont jamais accepté un régime conservateur certes sur le plan politique, mais surtout jaloux de son autonomie et du contrôle de ses ressources pétrolières. Et que dire du fait que l’Iran a tenté de rejoindre le club sélectif des détenteurs d’armes nucléaires dont fait partie Israël.

Depuis plusieurs mois, les pressions sur l’Iran s’intensifient. Fidèles à leurs vieilles stratégies perfides lorsqu’ils veulent étouffer un peuple et le punir s’il assume le contrôle de ses ressources naturelles, les Américains ont mis en place un système de sanctions économiques sophistiquées. Depuis des mois, le Pentagone fait circuler la menace contre l’Iran. Comme avant chaque guerre, on cherche des motifs pour construire l’ennemi et nourrir l’opinion publique avec le virus de l’insécurité. Le 5 mai dernier, par exemple, le président Trump mettait déjà en garde l’Iran contre les États-Unis et se disait prêt à défendre les intérêts américains dans la région : « nous sommes totalement préparés à répondre à une attaque… »  Le Monde Diplomatique estime « qu’on ne peut désormais exclure la possibilité d’un affrontement armé opposant les États-Unis, leurs alliés du Golfe et Israël à l’Iran. [2]»

L’enjeu central de ce projet de guerre tourne autour du pétrole et du soutien à Israël. Quant au pétrole, en mai dernier, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, alliés de Washington, accusaient l’Iran d’avoir saboté des bateaux pétroliers dans le détroit d’Ormouz et de soutenir la rébellion au Yémen, pays où l’Arabie Saoudite mène une guerre atroce pour la population. Quant au soutien à Israël, il suffit de dire que l’Iran le menace pour que ses alliés traditionnels se lèvent pour crier : haro sur le baudet ! L’Iran est l’ennemi à abattre tout désigné, peu importe que les arguments évoqués soient vrais ou faux.


[1] Deglise, Fabien. La menace terroriste par le drone in Le Devoir, 17 septembre 2019.

[2] Kharief, Akram. Téhéran pourrait-il résister à une attaque américaine? In Le Monde Diplomatique, juin 2019, p. 8.