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W76-2, l’avenir de l’humanité

La National Nuclear Security Administration, anciennement Atomic Energy Commission, était toute fière, le mois dernier, d’annoncer la mise en production des premiers exemplaires de la nouvelle ogive nucléaire W76-2. Ces ogives offrent la particularité d’être beaucoup plus petites, en terme de puissance destructrice, que les énormes thermo-bombes qui sont montées sur les missiles balistiques Trident. Ces missiles, lancés à partir de sous-marins, ont une portée de 10,000 kilomètres.

W76-usine

L’ogive W76-2, fabriquée à la main dans la pure tradition des artisans atomistes…

Par plus petite, on entend une force destructrice comparable à non plus 100 kilotonnes de TNT comme pour les ogives thermonucléaires actuelles, mais plutôt à cinq kilotonnes. Selon Stephen Young de la Union of Concerned Scientists, cela représente un tiers de la puissance explosive de la bombe du 6 août 1945 sur Hiroshima. C’est précisément cette réduction de puissance qui fait de l’ogive W76-2 la plus dangereuse jamais fabriquée. Contrairement aux ogives classiques, elle n’a pas été conçue comme moyen de dissuasion, mais comme arme offensive. Avec cette arme, l’impensable devient envisageable.

Les armes nucléaire à potentiel de destruction “limité” ne sont pas chose neuve : il y en a eu dans les bombes aéroportées, missiles de croisière et autres obus à longue portée. Mais elles ont quasiment toutes été éliminées par les traités de désarmement des années 90. Elles seront de retour à bord des sous-marins américains dès le mois de septembre, la nouvelle ogive W76-2 étant rétro-compatible avec les missiles Trident en service.

Le problème est évidement celui de l’escalade : peut-on imaginer qu’un pays va rester sans réagir à une attaque nucléaire “réduite” ? D’ailleurs, peut-on vraiment imaginer qu’une telle attaque serait limitée à un seul missile W76-2 ? Si on se fie aux dernières attaques par missiles sur la Syrie, les États-Unis ont tendance à mettre le paquet. Il est donc inévitable que la riposte surviendrait quasi-simultanément, suivie de la contre-riposte avec des missiles plus gros, On imagine la conclusion.

Sinon, on peut craindre que les États-Unis soient tentés de se servir de ces ogives contre des cibles qui ne peuvent riposter, notamment les pays qui ne possèdent pas d’armes nucléaires. Dans un cas comme dans l’autre, le concept de la dissuasion nucléaire vient de disparaître : l’idée d’une guerre nucléaire “limitée” était jusqu’ici considérée comme de la fiction avec la prétention que personne n’est assez cinglé pour déclencher un conflit à l’issue trop prévisible. Il semble hélas que ce ne soit plus le cas…

Pour citer George Shultz, Secrétaire d’État sous Reagan lors des négociations de désarmement à la fin de la Guerre froide : “Une arme nucléaire est une arme nucléaire. On en utilise une petite, puis on passe à une plus grosse. Ça doit s’arrêter ici”.

La société civile contre-attaque

En 2017, la Union of Concerned Scientists, s’allia aux Physicians for Social Responsibility pour fonder le mouvement Back from the Brink, destiné à faire changer les mentalités et l’approche génocidaire de la politique nucléaire américaine. Le mouvement compte maintenant des organisations de la société civile, des municipalités, des groupes religieux ainsi qu’académiques et scientifiques.

Dans ce contexte où les États-Unis et la Russie se retirent du traité INF Intermediate Range Nuclear Force ou Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire – et n’oublions pas que NewSTART expire dans deux ans, Back from the Brink exprime ces cinq demandes :

  • Non au premier usage des armes nucléaires : le No First Use Act a été présenté au Congrès pour empêcher Trump ou tout futur président d’être le premier à lancer une attaque nucléaire.
  • La fin des pouvoirs discrétionnaires du président.
  • Non aux gachettes nucléaires faciles (nuclear hair trigger).
  • Non au remplacement et au renouvellement sans fin de l’arsenal nucléaire.
  • Oui à un accord de désarmenent de tous les pays nucléarisés.

 

Ces demandes visent en partie le court-terme et certaines relèvent de la pensée magique. Il demeure que le danger des ogives W76-2 est bien réel : une attaque nucléaire “limitée” sera très bientôt du domaine du possible.


Complément d’information : voir notre article sur les traités nucléaires en cliquant ici.

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